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jeudi, 21 février 2013 10:13

Fait divers : dire la vérité, c’est mieux qu’une prière mal accomplie

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Quand madame la directrice a appris sa nomination à la tête de la société X, elle n’en revenait pas ! Eh oui, elle a fait cette demande sans trop de conviction. Un seul argument plaidait en sa faveur : cette rencontre fortuite à l’université d’Abidjan avec Bouba il y a de cela plus de 20 ans.

Une vingtaine d’années pendant lesquelles elle n’a plus revu son cavalier d’un moment. En effet, quand elle était arrivée à l’université pour la première année, lui Bouba en sortait, parachevant un cycle de plus de 4 ans. Bouba sortait avec sa maîtrise en gestion des entreprises quand elle, Binta entrait en première année à la même section. Ainsi, avant de quitter pour le pays, Bouba avait lié une amitié circonstancielle avec Binta. Un temps pendant lequel non seulement il lui a ouvert les yeux sur la ville mais aussi sur ses cours d’économie. Après, Bouba était rentré au pays, laissant Binta continuer ses études. Deux mois plus tard, Binta s’était sentie mal à l’aise. Elle avait de violents maux de tête et elle vomissait régulièrement. Une visite lui fit comprendre qu’elle était enceinte. Elle fit des pieds et des mains pour entrer en contact avec Bouba qui était rentré à Niamey. En vain. Le numéro de téléphone que Bouba lui avait donné était un faux. Alors, elle s’était décidée à saisir son destin avec force et courage. Neuf mois plus tard, elle accoucha d’une petite fille. Un véritable calvaire pour une étudiante abandonnée à son sort dans une ville des plus impitoyables : Abidjan. C’était ainsi que Binta s’était imposée un train de vie des plus austères. La fac et aussi le trottoir. Dans une de ses virées nocturnes, elle fit la rencontre de Garba, un riche commerçant nigérien qui passait pour une commande. Très vite, une aventure des plus heureuses s’offrit à Binta. Comme Garba descendait régulièrement à Abidjan, Binta devint sa maîtresse chez qui il passait son séjour. En retour, il prenait tout en charge : son loyer, ses frais d’études et tout. A un certain moment, l’idée d’un mariage entre Garba et Binta avait même effleuré leur esprit. Cependant, Garba avec ses trois femmes et Binta, jeune étudiante en économie, la distance entre les deux était très grande. Ils se résolurent à vivre leurs jours heureux, sans trop pousser loin leur vision. Binta mit 7 ans à parachever ses études. Elle obtint sa maîtrise au bout de 5 ans mais resta 2 ans pour se spécialiser dans la gestion des entreprises. En vérité, dans ce parcours, Binta avait découvert le circuit, comme on dit. Au lieu de se consacrer réellement aux études, elle a plutôt passé son temps à utilise le service des intermédiaires entre les professeurs et les étudiants. Elle ne partait jamais au cours, elle n’allait jamais en bibliothèque, mais elle avait toujours les meilleures notes. Sacré Abidjan. Binta rentra au pays.

 

Après ses deux années de service civique et trois années de contrat, la chance sourit à Binta : elle gagna un emploi dans une société de la place, comme secrétaire de direction. La tache lui fit très facile car le directeur s’était entiché d’elle. Il veillait sur elle, il faisait le travail à sa place.

Un jour, alors qu’elle suivait le journal télévisé, Binta remarqua une figure : Bouba. Elle le reconnu d’emblée et colla l’oreille et les yeux à la télévision. C’est ainsi qu’elle sut que M. Bouba est secrétaire général d’un grand ministère de la place. Le lendemain à 18 heures 30, juste l’heure de la descente, Bouba sortait de son bureau quand une femme l’arrêta. Il hésita à la reconnaître, mais très vite elle réussit à lui rafraîchir la mémoire : Binta, la jeune étudiante qu’il avait connue à Abidjan. Bouba renvoya son garde de corps et prit Binta dans sa voiture. Direction, un grand hôtel de la place. Là, tous les deux passèrent aux aveux, des souvenirs langoureux mais aussi sulfureux à travers lesquels Bouba appris qu’il a une fille nommée Ragayta. Il se versa dans mille et une excuses. Binta se montra compréhensive et Bouba prit des engagements.

Une semaine plus tard, Binta fut nommée directrice générale d’une importante société de la place. Ce matin, elle tient une réunion inédite avec son staff, son adjoint et ses deux secrétaires. Un seul point à l’ordre du jour : « Je ne sais absolument pas quoi faire ; vous devez serrer la ceinture et faire le travail à ma place ». Eh oui, dire la vérité, c’est mieux qu’une prière mal accomplie .Parole de Binta qui, toute sa vie, a mangé à la sueur de ses fesses.

BIZO 

21 février 2013
publié le 18 février 2013
Source : Canard Déchaîné

Dernière modification le jeudi, 21 février 2013 11:04