mercredi, 27 février 2013 04:36

Fait divers : la marmite de parfum

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Si cette bonne dame n’avait pas exhibé dans son école ces petits objets d’arts d’une rare beauté, jamais ce fait divers ne me serait venu à l’esprit. Au fait, elle a fait ressurgir dans ma mémoire un souvenir vieux de plus de deux décennies sur les fameuses marmites du Damagaram. Suivez plutôt.

Si jamais vous allez à Zinder, la première chose qu’un enfant vous demandera est de lui acheter du « alkaki » ; si c’est une femme, elle va vous demander très certainement de lui ramener « une marmite de parfum ». Ainsi de Bouba qui, pour la première fois de sa vie est appelé à séjourner à Zinder. Bouba vient d’être admis à l’Ecole Normale de Zinder. Après s’être installé, il se met à la tâche avec abnégation. Il lui faut saisir cette chance et parachever ses études dans les meilleurs délais. Un mois après, Bouba reçoit une lettre de son jeune neveu de Tahoua qui fréquente le CM2. C’était difficile de déchiffrer cette lettre qui est une illustration parfaite de la baisse de niveau qui mine notre école. Fautes de grammaire, d’orthographe, de syntaxe, le tout couvert par une écriture à des endroits illisibles. Difficile, la lecture de cette lettre. Néanmoins, Bouba sut retenir une commission que la mère de son neveu, sa soeur lui demandait : « Lui ramener pendant les congés à venir une marmite de parfum ».

Bouba se mit à l’oeuvre. De parfum, il comprit rapidement qu’il s’agit de ce mélange de plantes dont seules les populations de l’Est du Niger ont le secret. De Zinder à Diffa, des femmes d’une rare adresse s’activent à rassembler des feuilles, des écorces et des racines de plantes choisies pour fabriquer un encens que les femmes utilisent pour enfumer leur chambre. Même si dans cet encens, il parait que ces mêmes femmes utilisent d’autres ingrédients de marabouts et charlatans pour davantage s’attacher les services de leurs maris et écarter toute menace de coépouse. Oh les femmes, qu’est-ce qu’elles ne feraient pas pour éviter une coépouse ? Pour Bouba, la chose semble très compliquée de réunir des encens qui rempliraient toute une marmite de parfum. Ainsi, depuis le jour où il a reçu la lettre de son neveu, Bouba s’est mis à la recherche des encens. Malgré sa maigre bourse de 20 mille francs, Bouba a su mobiliser trois femmes chargées de lui racheter des encens. Plus que deux semaines pour les congés. Bouba s’est dit qu’il ne peut pas transporter une marmite de parfum de Zinder à Tahoua. Cependant, il peut bien réunir la quantité qui remplirait une marmite dans un sac en jute pour ramener à sa soeur chérie Haoua. A la dernière semaine d’avant les congés, Bouba dit sa préoccupation à ses amis. Sa surprise fut grande quand la veille de son départ, il reçut plusieurs contributions de ses amis en termes de bouteilles d’encens. Il réussit à faire un demi sac d’encens qu’il attacha solidement. A son arrivée au village, Bouba fut bien accueilli. Il passa la journée à tourner dans le village pour rendre visite à ses proches. Finalement, ce n’est que tard dans la soirée que sa soeur Haoua se présenta à lui pour récupérer sa marmite de parfum. Bouba lui fit comprendre de rentrer la récupérer sur la table. Haoua entra dans la chambre puis ressortit. Elle lui fit comprendre qu’elle n’a rien trouvé. Il la suivit et tous les deux se retrouvèrent dans la chambre. Sur la table, Bouba lui montra un sac. Elle lui demanda : « qu’y a-t-il dans ce sac ? ». « Mais c’est ton parfum, les encens ; ». Elle émit un rire sarcastique et dit : « J’ai demandé les petites marmites en terre cuite dans lesquelles on brûle les encens. ». Elle rit encore avant d’ajouter : « à quelque chose malheur est bon ; je vais en vendre une partie ». Le lendemain, toute la maison parlait de « la marmite de parfum » de Bouba et de Haoua qui est devenue « la vendeuse d’encens »

 27 février 2013
publié le 25 février 2013
Source : Le Canard Déchainé