mercredi, 17 avril 2013 16:19

Fait divers: un répétiteur pas du tout orthodoxe

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L’école nigérienne ne marche pas et les premiers à prendre la mesure de cette réalité sont les parents d’élèves eux qui, font face à des enfants qui ne peuvent même pas construire une phrase correcte et qui sont de surcroît toujours à la maison. Grève des enseignants, grève des élèves, les misères sont nombreuses qui minent notre école.

Et, les pauvres parents, désormais ayant pris conscience de cet état de fait s’activent tant bien que mal à assurer des cours supplémentaires à leurs enfants.

 

Autrefois l’apanage des gens nantis, les cours de maisons sont devenus presque une obligation pour tout parent d’élève. C’est ainsi que même des ouvriers ayant une maigre bourse, consentent d’énormes sacrifices pour trouver des répétiteurs à leurs enfants. Pauvres parents, que Dieu accompagne vos efforts de sa bénédiction pour que vous trouviez des répétiteurs sérieux et prêts à encadrer convenablement vos enfants. Si j’insiste sur le terme de « répétiteurs sérieux », c’est qu’il y en a qui ne pensent qu’à renflouer leurs poches sans pour autant fournir de grands efforts. Plus grave, il y en a dont la conduite frise d’indécence. C’est le cas de Kakpo, un jeune étudiant qui a eu la confiance de la famille Bouda pour encadrer une jeune fille de 17 ans, Fanta, qui prépare son BAC. En tout et pour tout, Bouda le vieil administrateur de l’administration publique n’a que 47 mille francs de salaire pour subvenir aux besoins d’une famille pléthorique de plus de 15 personnes. Quand la soeur de Bouba, la mère de Fanta est morte, Bouda a recueilli la jeune fille qui est venue grossir le nombre des personnes à charge. Et, Bouda, malgré son maigre salaire, a juré d’assurer à la fille de sa soeur une éducation exemplaire. Et c’est dans son maigre revenu qu’il a décidé de sacrifier 15 mille francs pour engager un répétiteur en philosophie et géographie pour sa nièce. Il est tombé sur le jeune Kakpo, un jeune étudiant qui a juré d’encadrer comme il faut la jeune fille.

Ce matin, au CES X, le vieux surveillant devait faire face à une situation inédite. La jeune Fanta vient de manquer de respect à un professeur, allant jusqu’à le traiter de lâche devant tous ses collègues. Le professeur a juré de ne plus accepter la jeune Fanta dans sa classe. Après plusieurs négociations, le surveillant a réussi à calmer les ardeurs de l’enseignant, avec la résolution toutefois que Fanta fasse venir un de ses parents à l’école. Il était huit heures quand le jeune Kakpo se présente au CES X, se présentant comme l’oncle de Fanta. Pour joindre l’utile à l’agréable, il administre une belle gifle à la jeune fille devant le staff administratif qui lui a relaté les faits. Incident clos, Fanta rejoint sa classe après avoir juré devant tous qu’elle ne répéterait jamais son indélicatesse.

Trois jours plus tard, faisant la ronde dans l’établissement, le vieux surveillant surprend le jeune Kakpo et « sa nièce Fanta » dans un coin de l’école, tous les deux assis sur une moto. Le surveillant renvoie le tonton indélicat sans trop se soucier du fait qu’il y a trois jours, Kakpo s’était présenté comme un parent à la jeune fille. Le même jour, un autre professeur de la classe, vient se plaindre de l’absence répétée de la jeune fille à son cours. Plus grave, le professeur affirme qu’à chaque fois que la fille sèche ses cours, il l’aperçoit à travers la fenêtre de l’autre côté, en compagnie du même jeune tonton dont le surveillant avait donné le signalement. Cette fois-ci, le vieux surveillant est dans tous ses états. Il rédige une convocation en bonne et due forme pour la jeune fille et lui intime de faire venir un de ses parents, un vrai parent qui n’est pas le zigoto de la dernière fois.

Le matin, le vieux planton Bouda se présente à l’établissement de sa jeune nièce Fanta. On lui relate les faits, cahier d’absence à l’appui, pour lui faire toucher du doigt les absences intempestives de sa nièce. Bouda est comme tombé du ciel car à son su, jamais Fanta n’est restée à la maison même pour une quelconque maladie. Après investigation, les amies de Fanta témoignent qu’à plusieurs reprises, le jeune répétiteur Kakpo s’est présenté à l’école pour emporter Fanta vers on ne sait quelle destination. Quand Bouda l’a obligé à se présenter à l’école pour se défendre, Kakpo a tout simplement répondu : « Cette fille est ma future femme ». En attendant que cela soit, je vous informe que le jeune Kakpo est entre les mains de la justice car la jeune Fanta traîne une grossesse de deux mois. A 17 ans, une orpheline, en année de BAC et sous la protection d’un vieux planton qui a décidé de sacrifier son maigre salaire de 47 mille pour lui assurer un avenir radieux. Quelle justice peut épargner à l’indélicat Kakpo une prison ferme ?

BIZO 

17 avril 2013
Publié le 15 avril 2013
Source : Canard Déchaîné