mercredi, 15 mai 2013 22:30

Fait divers : le Préfet, l’infirmier et l’assistante sociale

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Rassurez-vous, ce qui va suivre n’est point une chimère. Au besoin, les faits qui vont suivre vont vous plonger dans l’univers hautement mesquin des arrivistes et autres opportunistes véreux tombés, comme du ciel, dans le monde, lui-même pas tout à fait orthodoxe, de la politique politicienne.

Soyez en sûrs, très chers lecteurs, il n’ y a pas plus dangereux qu’un de ces troubadours qui atterrissent on ne sait plus comment dans la politique ; des gens façonnés par le cours et les intrusions hasardeuses de l’Histoire. Soit.

 

Garbati, mon propre neveu, vit à Guidanroumdji comme chef infirmier dans le CSI de la ville. Parmi son personnel qu’il gère, il y a une jeune assistante sociale incrédule et foncièrement tournée vers les choses du monde. Hajo a atterri dans le monde de la santé non pas par vocation, mais parce qu’elle a jugé que c’est un emploi juteux qui ferait d’elle très vite une femme riche. Et, riche, Hajo l’est en réalité. A côté de son salaire, elle mène une pléthore d’activités qui lui procurent pas mal d’argent. Cependant, l’activité phare de Hajo reste son lien avec un préfet d’une autre région du pays, un homme cocu qui n’hésite pas à parcourir plus de 200 kilomètres chaque jour, au fait chaque nuit, pour venir débaucher avec celle qu’il appelle naïvement sa dulcinée. Eh oui, naïvement car monsieur le préfet n’a jamais su qu’il n’est pas le seul inscrit sur la longue liste de mademoiselle Hajo. De plus, monsieur le préfet est un de ceux-là qui n’hésitent pas à prendre n’importe quel risque pour deux paires de fesses. Il ne rate aucune occasion pour témoigner son amour à Hajo et pour démontrer à qui le veut qu’entre lui et l’assistante sociale, il y a un lien infaillible, un amour à nul autre pareil. Drôle de personnalité qui, au lieu de jouer de discrétion et de retenue, exhibe au grand jour une pratique pas du tout morale. Chose effarante, c’est que dans la région, tout le monde est au courant de cette inconduite. Ceci a fini par faire monter des idées dans la tête de Hajo qui en fin de compte est devenue « la dame du préfet » pour les plus modestes et « la pute du patron » pour ceux qui ne mâchent pas leurs mots.

C’est dans cette ambiance que vit Garbati à Guidanroumji. Chaque jour que Dieu fait, il a une altercation avec Hajo qui ne rate aucune occasion pour lui montrer qu’elle est intouchable car elle bénéficie de la protection de monsieur le préfet. Un matin, ayant eu ras le bol des agissements de cette fonctionnaire qui ne vient au service que quand cela lui chante, Garbati a fini par adresser une correspondance à sa hiérarchie pour dénoncer ses manquements. C’était la chose à ne pas faire. Pas pour le commun averti des mortels, mais pour monsieur le préfet pour qui, toucher à Hajo revient à commettre un crime de lèse-majesté. Monsieur entre dans tous ses états. Il entre dans tous ses états et, dans sa fureur, il décroche son téléphone et se met à déverser tout un flot d’injures sur Garbati. Le pauvre, blessé dans son amour propre, se met à imaginer plusieurs issues pour recouvrer sa dignité vilipendée par cet effronté et arriviste de préfet. A certain moment, l’idée naît dans sa tête d’effectuer une descente des plus tapageuses chez l’autorité et de lui régler son compte de la plus belle des manières. Mais en homme cultivé, Garbati se retient il se fait vite la conviction que « si tu rends le coup d’un âne c’est que tu es plus âne que lui ». C’est ainsi que Garbati décide de passer par les justes choses pour demander réparation. Le lendemain de bonheur, il se présente chez le procureur et dépose une plainte en bonne et due forme. Dans la foulée, il fait un détour à sa compagnie de téléphonie pour recueillir l’enregistrement des insultes sur lui prononcées. C’est alors qu’on lui fait savoir qu’il est impossible d’avoir un tel document. Et, sans ces preuves, Garbati sait très bien que c’est peine perdue de sa plainte car, le mesquin préfet n’hésitera pas à nier les faits. Garbati change de stratégie et descend directement chez le préfet. Il le trouve à son service et lui parle en ces termes : « Je viens vous demander des explications sur les insultes que vous avez proférées sur moi ». Vous de rage et fort de son assise politique, monsieur le préfet tombe dans le coup : « imbécile ! Chien ! Si jamais encore tu oses écrire sur Hajo, je te fais emprisonner ». Entre temps, Garbati a pris le soin d’appuyer sur un bouton de son cellulaire ; il a tout enregistré.

Chez le procureur, un véritable remueménage ce matin. Assis autour du procureur, Garbati et monsieur le préfet attendent le début de leur audition. Le préfet est le premier à être écouté : « Monsieur le procureur, une autorité comme moi ne saurait se conduire comme vous l’a expliqué Garbati ; je lui ai juste fait une petite mise en garde. ». Garbati souriait en écoutait le mesquin se dédire. Quand vient son tour de parole, il appuie tout simplement sur le bouton de son téléphone qu’il met sur main libre. A l’heure où je vous parle, monsieur le préfet croupit quelque part dans une geôle de la région pour outrage sur un fonctionnaire dans l’exercice de sa fonction. Sa dulcinée Hajo s’est finalement mariée à un El Hadj de la place..

BIZO 

16 mai 2013
Publié le 13 mai 2013
Source : Canard Déchaîné

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Dernière modification le jeudi, 16 mai 2013 08:13