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mardi, 04 juin 2013 17:44

Fait divers : « Je suis très fâché aujourd’hui »

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Dans la configuration des relations sociales, les possibilités sont autant diverses et variées que les huit types de caractères. Le « tout est possible » est une assertion aussi vraie que « l’homme est une boule de nerfs soumise aux manifestations d’humeur qui sont par essence imprévisibles ». Craignez l’homme autant que Dieu, sinon ne craignez personne.

 

Goumour, un bouzou de Malléyara et Tchiwaké, un Maouri de Koré Maïroua sont deux amis inséparables depuis de longues dates. Dans son infinie bonté, Dieu a donné à Tchiwaké plus de moyens que Goumour. Ainsi, les deux cousins, bien que se déchirant logiquement de temps à autre, vivent en parfaite solidarité ; au fait, une solidarité où Tchiwaké est toujours celui qui pourvoit en toute chose. Une sortie, c’est Tchiwaké qui supporte les frais. Un problème quelconque, c’est encore et toujours lui qui étale sa générosité pour venir au secours de son ami. Plus, tous les deux étant mariés, les charges des deux foyers reposaient sur l’infatigable Tchiwaké qui ne s’est jamais plaint.

Au fait, tous les deux étaient au chômage quand Dieu a ouvert les portes du travail à Tchiwaké. Ils ont ensemble soumis leur dossier à une agence de gardiennage. Tchiwaké a été le plus chanceux alors que le dossier de son ami a été rejeté. C’est alors que Tchiwaké décide de tout prendre en main. « Mon ami, dit-il à Goumour, tu vas continuer à chercher un travail. Cependant, en attendant, dis-toi que tu ne chôme pas car je te promets de partager mon salaire avec toi ». C’est les larmes aux yeux que Goumour accueille la proposition de son ami. Ainsi, à chaque fin du mois, Tchiwaké se rend chez son ami et, comme il l’a promis, partage son salaire en deux et remet la moitié à Goumour. Au fait, une amitié à nulle autre pareille.

Un jour, ayant eu marre d’être toujours assisté par son ami, Goumour se décide de se lancer corps et âme dans la recherche d’un emploi, quelconque soit-il. Ainsi, après avoir épuisé ses forces à tourner dans la ville, le soir tombant, Goumour s’apprête à rentrer chez lui quand il aperçoit un Blanc debout à la devanture de la porte de sa villa. Goumour se rapproche de lui et : « bonzourméssié… je… je… ». Et, subitement, des larmes coulent sur les joues de Goumour. Et vous savez, ces larmes sont dues au fait que depuis le matin, Goumour n’a pas pu chiquer son tabac. En effet, l’accoutumance au tabac a fait que quand il est sous l’emprise de son excitant, Goumour ne peut ouvrir la bouche sans que des larmes sortent de ses yeux. Ainsi, ce ne sont ni des larmes de chagrin ni d’amertume, mais des larmes d’accoutumance qu’on ne saurait retenir. Et ce sont ces larmes (de crocodile ?) qui attirent l’attention du Blanc qui fait introduire Goumour chez lui avant de lui demander : « Tu as un problème sérieux apparemment ». Et Goumour de renchérir : « Wallaïhi patron, moi somère ». Habitué aux interférences linguistiques africaines, le Blanc comprend rapidement que Goumour pleure sa situation de chômeur. Il vole à son secours : « Je viens de m’installer dans le quartier et j’ai besoin de quelqu’un qui va garder ma maison. Je propose 120.000 Francs le mois ». Le double du salaire de Tchiwaké l’ami de Goumour. Ce dernier saisit l’occasion et dès le lendemain, il débute son travail. Pour davantage l’encourager, le Blanc lui propose une avance de trois mois, 300 mille avec lesquels Goumour utilise une partie pour s’acheter une moto. Au 2ème jour de son travail, Goumour n’a toujours pas informé son ami Tchiwaké. De plus, les deux amis ne se sont pas vus depuis trois jours. C’est alors que Tchiwaké se décide à se rendre chez son ami pour s’informer de ce qui se passe. Il le trouve à la porte de sa maison, près à démarrer sa moto. Il lui adresse le bonjour et demande : « tu as eu une moto ? Cela fait deux jours qu’on ne s’est pas vus ». Le visage serré, les yeux rouges de colère, Goumour recrache le tabac qu’il chique et lâche : « yagyaamaayallah !!! Je suis très fâché aujourd’hui !!! ».

BIZO 

04 juin 2013
Publié le 03 juin 2013
Source : Canard Déchaîné 

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Dernière modification le mercredi, 05 juin 2013 07:38