jeudi, 18 juillet 2013 22:16

Fait divers « On m’a poussé dans le dos »

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En prononçant ces mots, Garba savait très bien que personne ne le croirait parmi ceux qui l’écoutaient. Lui-même le savait, il l’avait dit au maître de la maison mais celui-ci l’avait forcé à se justifier pour son irruption fracassante dans son salon.

C’était il y a deux ans de cela. Abdou ayant décroché une bourse d’études, trouva son ami Garba et lui confia la garde de son foyer. Il l’accepta avec enthousiasme. Cela ne saurait être autrement entre les deux enseignants qui témoignent d’une grande amitié. Depuis leur tendre enfance, les deux amis avaient tout partagé. Joies et peines, le tout dans un climat de solidarité exemplaire. A chaque fois que l’un faisait face à une situation difficile, l’autre lui venait en aide sans calcul aucun. Une fois, Garba avait eu un baptême au moment où il se trouvait hors du pays pour une mission de plusieurs jours. C’était Abdou qui avait tout assuré, comme si c’était son enfant à lui. Au retour de Garba, il voulut restituer à Abdou ce qu’il avait investi dans la cérémonie. Abdou refusa, allant jusqu’à reprocher à son ami son manque de considération pour leur amitié.

C’était sous ce climat de confiance mutuelle qu’Abdou quitta son foyer pour deux années d’études dans une université française. Il était certain que derrière lui, rien de mal ne pouvait arriver à sa petite famille sous les soins de Garba son ami intime.

Et cela allait très certainement se passer ainsi sans cette intrusion immorale d’Issa, une autre collègue de Garba et d’Abdou. En effet, une nuit vers 22 heures, se rendant chez son ami pour une visite de routine, quand il aperçut la moto d’Issa garée à la porte de la maison de son ami. Garba se rapprocha tout doucement et s’introduit dans la maison sans s’annoncer. Tout était calme, ce qui inquiéta et souleva des soupçons chez Garba qui se mit à marcher sur la pointe des pieds jusqu’à atteindre une des fenêtres de la concession. Il hasarda un coup d’oeil ; ce qu’il découvrit le laissa pantois. Issa et la femme de son ami étaient seuls au salon, assis dans le grand canapé, les bras dessus dessous. Après un temps, ils se relevèrent et regagnèrent une chambre dans le fond.

Le lendemain, Garba envoya un coup de fil de très bonne heure à Miriam, la femme de son ami. Il lui annonça qu’il lui rendrait visite à minuit. Elle fut surprise et voulut savoir les raisons de ce rendez-vous de noctambule. Garba ne lui fournit aucune explication. Il attendit tard la nuit, prétexta une réunion de syndicat auprès de sa femme et rejoignit la femme de son ami. Il trouva les deux enfants endormis, ce qui lui facilita la tâche. Il prit place dans le canapé et Miriam lui servit un jus à boire. Il vida deux verres d’un trait et dit :

« J’étais passé ici hier vers 22 heures mais tu étais occupée avec Issa ». La femme sursauta, bredouilla des mots inaudibles et fondit en larmes. Elle se leva de là où elle était et rejoignit Garba dans le canapé. Elle dégageait des senteurs enivrantes des parfums les mieux choisis. Tout en pleurnichant, elle se rapprochait de Garba et finit même par s’asseoir sur ses jambes. Garba ne se déroba pas. Au contraire, il fut envahi par une vague indescriptible de désir. Ce qui devait arriver, arriva cette nuit-là. Et, depuis, Issa et Garba se relayaient allégrement chez la femme de leur ami.

Une nuit, Garba arriva en premier chez Miriam. Surprise ! Dans le salon, il entendait des voix, celle de Miriam et d’un homme. Il se rapprocha et colla l’oreille ; c’était la voix de Abdou son ami. Depuis quand était-il rentré ? Pourquoi ne l’avoir pas prévenu de son arrivée ? Ni lui ni sa femme. Garba était à cette réflexion quand il sentit une présence derrière lui. C’était Issa. Dans un élan fulgurant, Issa posa ses mains sur les fesses de Garba et le poussa de toutes ses forces. Il prit la fuite. Dans le salon, Garba était assis au milieu. Abdou et sa femme l’observaient comme s’il était tombé du ciel. Abdou s’en inquiéta : « qu’est ce qui ne va pas Garba ? ». Encore assis et les yeux écarquillés à démesure, Garba débita : « Tu ne me croiras pas mais… on, m’a poussé. »

BIZO 

18 juillet 2013
Publié le 15 juillet 2013
Source : Le Canard Déchaîné
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