vendredi, 28 mars 2014 04:26

Fait divers : Têtu, il épouse une diablesse

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Ils ont raison nos grands parents quand ils exigent que l’on mène des investigations sur l’origine et la moralité des futurs conjoints avant que le mariage ne soit scellé. Comme pour dire que dans nos traditions, il n’y a pas que des moeurs désuètes auxquelles il faut radicalement tourner le dos. Nous avons des valeurs héritées de notre riche passé et il serait aberrant de les reléguer aux oubliettes au profit des emprunts le plus souvent de bas étage.

Adamou apprendra ce riche enseignement à ses dépens. Engagé tout récemment à la Fonction Publique, le jeune infirmier n’avait qu’une chose en tête ; réunir l’argent nécessaire pour contracter mariage avec sa dulcinée Safiya. Cet argent, il l’obtint quelques mois plus tard dans son rappel, un vrai pactole acquis à la faveur du fameux statut particulier dont les agents de santé ont bénéficié sur un plateau d’argent, grâce notamment aux bons auspices d’un de leurs collègues qu’ils mettront du temps à oublier. Taisons cette polémique et revenons au cas de notre ami Adamou qui, dès qu’il entra en possession de son rappel, courut chez ses parents en compagnie de sa dulcinée ; histoire de faire d’une pierre plusieurs coups. Tous les coups furent réussis, sauf un seul, le plus important pour Adamou. En effet, ses vieux parents de Karma refusèrent carrément l’idée de porter la dot chez Safiya avant toute investigation. Originaire de Say, Peuhle de sa mère et Gourmantché de son père, Safiya soulevait des interrogations dans la famille des Sonrai qui voulaient voir clair dans cette affaire avant de prendre tout engagement.

Tous les arguments déployés pour convaincre Adamou de retarder l’échéance du mariage, déjà fixée, échouèrent. Au fait, vous connaissez bien les songaiboray pour leur position têtue une fois qu’ils s’accrochent à une idée. Ainsi, les parents s’accrochèrent au refus de s’engager et Adamou quant à lui jura de conduire son mariage aux dates déjà fixées et annoncées à la famille de sa dulcinée. Avant tout, Adamou ne tenait pas à perdre la face vis-à-vis de sa belle famille dès les premiers actes qui consacrent son union même avec Safiya.

Il est juste nécessaire de rappeler ici qu’Adamou est un de ceux-là qui se disent suffisamment pénétrés de valeurs islamiques et qui n’ont foi qu’en ce qui est prescrit dans les livres religieux. Il a maintes fois eu maille à partir avec ses cousins qui lui reprochaient sa barbe étonnamment fournie ; au fait, Adamou est un « izala ». Il organisa son mariage conformément aux prescriptions de sa tendance : sans trop de tapages, sans aussi la présence des membres de sa famille qui ont juré ne mettre ni pied ni main dans ce mariage dont on ne connaît même pas la vraie origine de la mariée. Safiya regagna le domicile d’Adamou.

Une semaine plus tard, Adamou rendit visite à ses parents au village, histoire de leur présenter la nouvelle mariée. Dans le même temps, il profitera pour demander pardon à tous les siens qui n’ont pas apprécié sa conduite. Safiya aussi accepta sans hésiter de demander pardon à ses beaux parents. Adamou et Safiya arrivèrent au village un dimanche matin. La famille au grand complet était là, sauf le père d’Adamou parti pour une partie de pêche. La présence de la jeune mariée fut oubliée tout sentiment de haine. De plus, Safiya faisait preuve d’une conduite exemplaire, s’agenouillant même pour saluer les grandes personnes. Les excuses fusèrent de tous les côtés. L’ambiance était bon enfant quand Moussa le père d’Adamou rentra. A la vue de la jeune fille, il se figea. Malgré tout, il ne dit mot. Il rangea le filet aidé par Adamou. Après quoi, la jeune mariée le salua et lui apporta même de l’eau à boire dans une calebasse. Il était seul assis sous le seul arbre de la concession. Adamou le rejoignit et lui présenta ses excuses. Le père les accepta mais ne put s’empêcher de poser des questions qu’Adamou trouva bizarres sur les liens familiaux de Safiya. Il fut même surpris d’entendre son père lui parler du père de Safiya avec lequel il a travaillé comme maçon dans la construction d’un immeuble à Niamey. Après quoi, Moussa lui apprit que le père de Safiya est une mauvaise personne et toute sa famille avec lui : ce sont des sorciers jeteurs de sort. Adamou n’est pas revenu de son étonnement que son père récita une formule dans la paume de sa main puis cracha dans l’eau que Safiya lui a apportée ; l’eau devint toute rouge. Moussa dit : « Voilà la preuve ; si j’avais bu cette eau, je mourais dans les 24 heures ». Adamou lança un grand cri et se dirigea sur Safiya les poings fermés ; la jeune fille disparue sur le champ. Cette histoire se passa il y a juste un mois à Karma.

Nameywa 

28 mars 2014
publié le 26 mars 2014
Source : Le Monde d'Aujourd'hui
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