mercredi, 11 juin 2014 22:35

Fait divers L’égorgeur de poulets

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La coutume commande chez nous, après les cérémonies de célébration d’un mariage, que les amis intimes du jeune marié montent une fada qui siègera deux ou trois jours chez l’heureux élu. Il s’agit par cet acte pour les amis de mesurer le degré de la maîtrise de la cuisine de la jeune mariée. Au-delà, cet acte renforce davantage les liens entre les amis, histoire de prouver que le mariage ne casse pas les liens d’amitié.

Moussa est un jeune marié dans cette situation. Autour de lui, il a trois amis intimes, Adamou, Sani et Sanda. Après que Moussa ait accueilli sa dulcinée Fati, la fada que ces amis ont monté a aujourd’hui 5 jours ; 5 jours pendant lesquels les amis savourent quotidiennement l’art culinaire de Fati qui s’est révélée comme une excellente cuisinière. Des pâtes alimentaires au Kourba-kourba, Fati sait donner à chaque plat une saveur particulière qui fait tirer la langue. 5 jours durant, les amis se retrouvent et, remplis de victuailles, ils se hasardent dans des récits, des faits divers des plus époustouflants. Les choses allaient bon train.

Le samedi correspondait au 6ème jour du mariage de Moussa. Ce jour, très tôt, il a accueilli chez lui Tanda sa tante qui venait d’un village situé au bord du fleuve non loin de Niamey. Au fait, ce n’était pas les « mata orgo » de Tanda qui avaient réveillé Moussa mais les cris de pintade. Tiré de son lit, Moussa commençait à s’énerver à la vue de Tanda quand, subitement il changea d’humeur ; elle tenait dans ses mains quatre (4) pintades dodues qui criaillaient sans cesse. Il afficha un sourire épanouis et invita sa tante à entrer dans la concession. Fati l’accueillit à merveille et lui offrit plusieurs boissons rafraîchissantes. La vieille se lança dans d’interminables récits, rappelant à Moussa les liens de parenté qui unissaient leurs familles les lus éloignés. Moussa et Fati suivaient tous ces récits la mort dans l’âme car ils savaient très bien que tous ces cours d’histoire se termineraient par des doléances en bonne et due forme. Justement, à peine at- elle finit d’évoquer la très longue généalogie de leur famille, elle annonça : « C’est cette Amina, la cousine du père du grand frère du cousin de ton père qui se marie dans deux jours ». ça y est ; Moussa sait à présent le mobile de la visite de sa tante ; il en est habitué. Aussi, prépara-t-il un chèque de 75 mille qu’il remit à sa femme qui descendit à la banque. A son retour, Moussa donna les 60 mille francs à sa tante ; c’est sa contribution au mariage de Amina dont il a du mal à situer ce qu’elle représente concrètement pour lui. A 11 heures, la fada est montée sous le grand arbre de chez Moussa. Les quatre amis se tordaient de rires joyeux autour d’une table de belote. Seul Moussa manifestait de temps à autre des signes d’inquiétudes. Au fait, Moussa était plutôt accaparé par la présence des quatre pintades dans sa concession. Il avait intimé à sa femme de les éloigner, le plus loin de possible pour que leurs cris ne parviennent pas à la fada ; Moussa ne tenait pas à partager ces pintades avec ses amis. Il a fait de son mieux quand même ; 5 jours de prise en charge, c’est est trop.

Moussa avait demandé à sa femme de poser trois marmites ; la troisième devait être secrète car elle doit contenir deux des quatre pintades. Elle sera réservée pour le dîner, au moment où les amis auraient déserté les lieux. Elle devait donc attendre que les amis s’éloignent pour faire égorger les poulets. L’occasion est toute trouvée avec l’heure de la prière de 13H30 quand la fada se disperse pour la mosquée. Fati hèle un jeune garçon et lui confie les deux pintades pour les faire égorger par mallam Zakou, celui qui est reconnu dans le quartier comme l’égorgeur des bêtes et des volailles. Il est reconnu comme tel et personne ne lui conteste ce fait. Fati retourne à la cuisine pour vaquer à ses occupations. Entre temps, l’enfant traine à s’amuser avec les pintades avant de sortir de la maison. Quand il se décide à le faire, il tombe nez à nez sur Adamou qui a terminé le 1er sa prière. Adamou se renseigne et apprend que les pintades appartiennent à Moussa. Il s’en saisit et les égorgea. Moussa sort de la mosquée et tombe sur le spectacle. La colère lui empêche d’émettre le plus petit son. Comme pour remuer le couteau dans la plaie, Adamou renchérit : « Les amis, je crois aujourd’hui qu’on a une nuit blanche en perspective ».

NAMEWA 

12 juin 2014
Publié le 11 juin 2014
Source : Le Monde d'Aujourd'hui
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Dernière modification le jeudi, 12 juin 2014 00:47