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Les points sur les I : Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda doivent probablement avoir leur propre grille de lecture de l’intégrité, de la sincérité et de la transparence

Les points sur les I :  Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda doivent probablement avoir leur propre grille de lecture de l’intégrité, de la sincérité et de la transparenceEt dire que les deux premiers responsables de la Ceni ont été choisis parmi des catégories de personnels crédités de préjugés favorables à cause de leurs profils. L’un est un magistrat ; l’autre, un avocat. Un tandem qui aurait pu inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire politique du Niger. Mais, hélas ! Magistrat et avocat de formation et de métier, Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda doivent probablement avoir leur propre grille de lecture de l’intégrité, de la sincérité et de la transparence. 18 mois après le hold-up électoral, les deux compères n’ont pas bougé d’un iota et continuent de marteler à qui veut les écouter que les scrutins de févriermars 2016 ont été des plus transparents et des plus crédibles. Une trompette qu’ils ont encore, une fois de plus, embouché à l’occasion d’une cérémonie qu’ils disent avoir dédiée à un document, certes, bien coloré portant l’inscription « Rapport général sur le processus électoral 2015-2017 » dans lequel Boubé Ibrahim écrit ceci : « Nous avons joué notre partition, et restons animés par le sentiment du travail bien fait ». Quoi de plus normal lorsque, en dépit de toute logique d’impartialité, l’homme a signé un arrêté portant vote par témoignage, un panier à crabes qu’attendaient avec une fébrilité visible les militants du Pnds et de ses alliés au pouvoir, et que défendaient becs et ongles Brigi Rafini et ses copains. Quoi de plus normal que Boubé Ibrahim parle de «partition jouée» et de «sentiment de travail bien fait» lorsque, contrairement à la Cour constitutionnelle, unique juridiction habilitée à connaître des questions électorales, Brigi Rafini recourt plutôt à l’arbitrage de la Cour d’État, compétente pour les questions administratives. Et même là, il a fallu pour Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda de forcer puisque la Cour d’Etat ne leur a pas donné une réponse formellement favorable à ce qui est attendu. Mais, qu’importe !

Tout magistrat et avocat qu’ils sont, les deux compères ne sont pas gênés pour passer outre que la Cour d’État n’a aucune compétence en matière électorale. Pourtant, Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda avaient plutôt demandé à Brigi Rafini de saisir la Cour constitutionnelle. Bref, la mention « Nous avons joué notre partition, et restons animés par le sentiment du travail bien fait » n’est ni adressée aux Nigériens ni aux partenaires techniques et financiers du Niger. Elle est destinée à ceux qui ont saisi la Cour d’État à la place de la Cour constitutionnelle et qui savent, mieux que quiconque, ce qu’il a fallu pour qu’un magistrat et un avocat puissent agir ainsi, au mépris royal de ce qu’on pourrait dire d’eux. Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda n’ont sans doute aucune fierté véritable. Autrement, ils auraient sans doute refusé de prendre un arrêté portant vote par témoignage alors que la Cour constitutionnelle, compétente sur la question, n’a pas été saisie sur la question comme demandée par la Ceni dans une correspondance adressée à Brigi Rafini. Pour leur leçon, ailleurs, au Kenya précisément, les juges de la Cour suprême ont annulé les résultats des élections, entre autres à cause de « L’authenticité douteuse » des procès-verbaux et « l’absence de marques d’authentification ou de signatures d’assesseurs sur de nombreux procèsverbaux finalement publiés par l’IEBC après la proclamation des résultats, le 11 août. « S’il s’agissait de faux, qui les a introduits dans le système ? Et s’ils étaient authentiques, pourquoi étaient-ils différents des autres ? », s’est interrogé le président de la Cour suprême, David Maraga.

En publiant des résultats qui portaient beaucoup de mentions douteuses, notamment les taux de participation, les signatures des délégués des bureaux de vote et les scores, Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda savaient de toute évidence qu’ils publiaient des procès-verbaux truqués qui n’ont aucun rapport avec la réalité. Mais ils avaient continué à le faire, sans état d’âme. Comment peut-on douter un instant qu’ils n’aient pas joué leur partition alors que la Ceni a proclamé des résultats de 99,65% de taux de participation à Aderbissinaat ; de 104,25% à Danet et 131,34% à Gougaram. ? Comment pourrait-on les accuser de n’avoir pas fait le travail attendu d’eux alors que des procès-verbaux ont été remplis sous des arbres, loin des bureaux de vote et des délégués des partis politiques de l’opposition ?

Avec ce lourd passif qu’ils portent sur leurs frêles épaules [ndlr : Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda] le magistrat a eu l’audace d’écrire qu’ils ont gagné un pari. Lequel ? C’est probablement un langage codé que seuls les initiés comprennent. Une HONTE simplement !

En fait de rapport, le document présenté par Boubé Ibrahim,est une vulgaire compilation de textes divers qui ne rend nullement compte, ni de la gestion du processus électoral, ni de la gestion financière des fonds mis à disposition par l’État. Une autre manche à laquelle il n’est pas souhaitable pour eux de faire face. En grattant un peu, on pourrait bien découvrir de vilaines choses. Leur «pari», ils l’ont peut-être gagné en mars 2016 et si personne ne connaît les retombées, tout le monde convient qu’il ne s’agit ni de fierté ni d’honneur, encore moins de reconnaissance populaire. Ils sont les seuls à comprendre ce fameux pari gagné. Au lieu de faire profil ou même de faire amende honorable en révélant tout ce qu’ils savent du hold-up électoral, notamment de ces procès-verbaux qui n’ont manifestement aucune crédibilité mais sur lesquels ils ont plus que fermé les yeux, Boubé Ibrahim et maître Kadri Oumarou Sanda ont trouvé le moyen de s’offrir en spectacle en inscrivant leurs noms comme des gens qui assument totalement ce qu’ils ont fait.

Le document présenté par Boubé Ibrahim l’a été sous le sceau des élections 2015- 2017. Or, il se trouve qu’il n’y a pas eu d’élections en 2017. Les élections locales, prévues pour se dérouler en 2016, ont été repoussées à calendes grecques et la Ceni n’a aucun droit de faire mention d’une année non concernée par ses activités. Mais bon, comme c’est un rapport-maison où ceux à qui il est adressé comprennent effectivement chaque mot, il ne faut pas trop chicaner pour un mot ou une date. C’est conforme à la nature des élections dont parle le document.

Mallami Boucar

29 septembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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