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Jeunesse, nation et développement : où va le niger ?

Jeunesse, nation et développement : où va le niger ?Les sociétés humaines procréent pour survire, se développer et se projeter dans la pérennité. Les cellules familiales sont, à la fois le siège de la procréation, de la première éducation à la vie et la rampe de lancement vers l’adolescence et l’âge adulte. La société est le creuset qui encadre, motive et oriente la jeunesse. La Nation est le lieu de convergence, de consensus et de projection collective vers un avenir meilleur.

         Famille, société et Nation ne peuvent opérer de manière cohérente que s’il y a un cadre organisé, institutionnalisé et doté d’une capacité de gouvernance, d’arbitrage et de justice. C’est l’Etat démocratique en ce qu’il met la force publique au service du droit et de la justice qui est dépositaire de la volonté nationale de coexistence pacifique et de construction continue de l’avenir.

La Nation est comme le corps humain qui n’existe et n’évolue que parce qu’il génère en continu des cellules neuves. Or, générer des cellules sans leur permettre d’aboutir à leur pleine expression dans le corps revient à générer du cancer.

Une nation qui ne peut donner à la majorité de sa jeunesse les capacités et les intelligences pour porter son avenir s’effondre sur elle-même.

D’où vient le Niger ?

Avec une population de moins de 3 millions d’habitants en 1960, le pays est en passe d’atteindre 20 millions en 2020. Une population essentiellement jeune – plus de 65% à moins de 30 ans- et analphabète à 80%. Avec un taux de scolarisation primaire qui stagne autour de 20% la jeunesse ne peut pas porter l’avenir de la Nation, surtout lorsque s’y conjugue le mariage de plus en plus précoce des jeunes filles et l’absence de perspectives en termes d’autonomie économique.

A cette situation alarmante de la jeunesse et, donc, de l’avenir de la Nation se conjuguent et se superposent les dynamiques suivantes du pays :

  • Une autonomie alimentaire qui ne cesse de se détériorer au fur et à mesure de la dégradation des sols, des forêts et des pâturages parallèlement à l’accroissement de la population de 3.8% par an
  • Une industrialisation quasi – inexistante si on exclut les économies d’enclaves dans les mines et les hydrocarbures qui créent très peu d’emplois et de valeur ajoutée localement profitable
  • Une administration de rente assistée par l’aide extérieure, très peu performante, en voie de détérioration parce que siège de toutes les corruptions
  • Un secteur informel prépondérant parce bénéficiaire de toutes nos dépendances alimentaires et économiques avec l’avantage non négligeable qu’elle fournit 70% des actifs et une part non négligeable des recettes douanières et fiscales.

En laissant la jeunesse aux soins du secteur informel on se heurte au plafond de verre de l’activité économique pour la survie. On renonce à toute vision de développent et même à la sortie de la pauvreté parce qu’une jeunesse sans autonomie économique moderne doit se cantonner à survivre au jour le jour ; et les familles font des enfants pour les abandonner à ce sort.

Imposture, les discours d’engagement à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement des Nations unies dont l’échéance était 2015, faut-il le rappeler ?

Inutiles et dérisoires les arguties et les tentatives de couvrir notre position de pays le plus pauvre du monde par la dénonciation outrée des statistiques ou des méthodes de calcul.

Si la démographie doit servir d’argument au développement, c’est seulement pour dire ceci : nous ne sortirons jamais de la pauvreté si la procréation la plus forte du monde est au service de la multiplication de la pauvreté et des dépendances économiques et alimentaires.

Dès lors que veut dire « le dividende démographique », si non une nouvelle tarte à la crème onusienne : que la procréation pour la pauvreté sera masquée et récompensée alors qu’aucun bilan sérieux n’est fait des politiques de planning familial ? Ou que l’on reconnaît que face aux résistances de la société on renonce à l’objectif de la baisse du taux de croissance démographique.

Ce n’est pas facile, à partir des hauteurs de l’Etat d’imposer à une société traditionnaliste et religieuse de changer de culture familiale et sociale. Mais à l’heure où beaucoup de nos jeunes s’aventurent au-delà des mers au risque de leur vie ; à l’heure où tous les partenaires économiques développés sont convaincus que l’Afrique ne sortira pas de la pauvreté sans réduire le train de sa démographie ; il est temps de créer un véritable creuset permanent de dialogue social inclusif sur la jeunesse et l’avenir de la Nation, ainsi que les changements culturels indispensables.

AM .

 16 octobre 2017
Source : La Nation

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