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Liberté d’opinion - Diabiri Hassoumi : les franchises gênantes d’un homme du sérail

 Liberté d’opinion - Diabiri Hassoumi : les franchises gênantes d’un homme du sérail Pour ceux qui peuvent l’avoir oublié, Diabri, c’est ce grand militant du PNDS qui avait permis au parti socialiste d’avoir son ancrage dans le Zarma- Ganda alors qu’il y était presque absent, combattu alors férocement par les Zakaï, le proscrit des socialistes qui voyaient en lui, un tapissier brocanteur, qui n’avait pas le droit de se faire riche. Elu député au titre de la circonscription de la région de Tillabéry en 2011, il entre à l’Assemblée Nationale, où connu pour sa verve, et les franchises de son verbe et sa liberté de ton, il s’affranchit quelque peu du discours ″prêt-à-porter″ qu’on imposait à la majorité mécanique et depuis, l’homme était surveillé, et les stratèges du système, durent l’isoler pour le mettre hors d’état de nuire, en l’envoyant comme Gouverneur de région à Tillabéry où, peut-on l’imaginer, on devrait le charger d’un carnet de bord, pour briser les partis en vue dans la région ou en tout cas, pour trouver les moyens d’implanter le parti rose dans la région quand, pourtant, dans le fief originel du parti, l’on se refuse à laisser quelque place aux autres partis politiques du pays, non pas qu’ils ne puissent pas puiser leur part d’électorat dans la région, mais simplement pare que le jeu est tel, qu’on passe par quelques tricheries pour faire gagner le seul parti rose, cependant les Roses peuvent quand même accuser un autre parti de ...

Les dernières élections ont poussé Diabri, avec son adversaire de toujours devenu grâce à la conjoncture politique, son allié dans la région qu’ils se disputaient naguère, à aller ensemble conquérir l’électorat de Zarma-Ganda, taisant pour un moment des animosités, mais les trois ténors alignés dans la région (dont Moussa qualité N°1), connurent un fiasco retentissant, rentrant nuitamment bredouille de leur aventure politique. Depuis, Diabri n’eut plus de place car entre temps, l’espace du Guri- Land est encombré par l’arrivée opportuniste d’un autre, le MNSD de Seini Oumarou (il y en a un autre plus digne de ceux qui ont dénoncé la décision alimentaire du patron du parti et de ses acolytes) qu’une galère a réduit au parasitage. Et depuis cette aventure, si ce n’est sur l’émission « Opinion plurielle »,

personne ne peut entendre Diabri, devenu discret comme ses autres compères. On se rappelle qu’une de ses bourdes déplaisantes sur « La Vois du Sahel » avait provoqué le courroux des agents des postes dont les syndicats avaient vigoureusement réagi à son idée assez osée de fermer la Poste au motif qu’elle ne serait d’aucune utilité pour notre société. La virulence de la réaction sans concession des syndicats avait poussé l’homme qui se retrouvait ainsi par ses déclarations outrageantes au coeur du collimateur des syndicats indignés de la poste par réagir les jours suivants pour recadrer sa pensée et à demi-mot, par s’excuser auprès de personnes que ses imprudences ont amené à offusquer.

La dernière déclaration de Diabri qui circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux a trait à son appréciation de la lutte contre l’impunité et la corruption au Niger et surtout dans le contexte de gouvernance qui est le leur aujourd’hui. La réponse de Diabri est toute sèche : « Moi, je ne crois pas », coupet- il court à toute supputation et montre comme on dit par a + b qu’il ne faut pas s’attendre à voir les choses évoluer dans ces domaines. Car renchérit-il, quand un commerçant peut envoyer à un ministre à l’approche de la Tabaski vingt (20) moutons (peut-être connait-il un cas !), on ne peut faire croire que c’est un cadeau, et s’il l’est, fait-il observer, ce devait être un cadeau empoisonné. L’ancien gouverneur ne peut pas d’ailleurs comprendre, alors que l’on connait les revenus d’un homme qui ne dépassent guère deux cents mille francs le mois, que celui-ci puisse s’offrir près de dix villas de plus de huit cents millions de francs chacune. Et l’on sait, pour spéculer sur les analyses de l’ancien député national, qu’ils sont aujourd’hui nombreux à posséder des biens immobiliers énormes et souvent un parc automobile de luxe qu’ils ne peuvent pas justifier. Peut-on alors, lorsqu’on veut lutter véritablement contre la corruption et l’enrichissement illicite, fermer l’oeil sur de tels faits que l’on voit tous les jours autour de nous surtout avec des gens, qui, il n’y a pas si longtemps, vivaient les mêmes misères que les autres Nigériens ? L’ampleur du pillage orchestré par la Renaissance se lit d’abord dans le degré d’enrichissement des camarades et surtout dans l’importance sinon la démesure du patrimoine immobilier qu’ils ont érigé un peu partout dans la capitale et dans le reste du monde. Alors qu’un ministre de Kountché, d’Ali Saibou, de Mahamane Ousmane, de Tandja plus récemment peut passer inaperçu pour être un homme ordinaire, les ministres de la Renaissance, en tout cas ceux qui sont du bon bout, pour cent ans encore, si l’Etat ne leur demande pas réparation, vivront plus longtemps des jours heureux et de l’extravagance, et sur au moins trois générations. Milliardaires sans frontières, ils sont les bourgeois socialistes du nouveau siècle. Pour le devenir de leurs enfants, disons de leurs descendances, ils ont saccagé et ruiné l’Etat.

Diabri a donc raison. C’est un homme du système mais peut-être en marge du système qui parle et sans doute que ses analyses offusquent car tournant en dérision, le discours officiel que nous avons jusqu’ici entendu, et qui voudrait faire croire que la Renaissance est vraiment engagée à assainir la vie publique. Sans doute que Bazoum Mohamed, qui lui aussi, reconnaissant à la veille des élections générales de 2016 que c’est surtout dans ce domaine que leur régime a le plus échoué, pourrait aujourd’hui, à un an de distance de cette déclaration, reconnaitre que son régime patine toujours à déclencher la lutte sans merci qu’il promettait contre la corruption et la concussion. Aimer un autre, c’est peut-être lui dire la vérité, fut-elle déplaisante, et surtout quand pareille audace peut permettre de se mettre en cause et en phase avec le peuple, dont les biens sont spoliés. Pour une fois, l’on a une voix sincère, qui porte un jugement qui se détache de ses proximités avec le Pouvoir, pour dire, en âme et conscience, le regard qu’il porte sur une gouvernance qui n’est pas rose, faut-il être lucide à le reconnaitre.

Mais sans doute que d’autres ne pourront jamais comprendre cette liberté que prend l’ancien Gouverneur qui ne peut être pour certains que des récriminations qui ne viendraient que d’un aigri, que des colères d’un homme qui évolue désormais à la périphérie d’un pouvoir qu’il a servi il n’y a pas si longtemps et dont il est à la touche. La Renaissance n’aime pas entendre la vérité et le sachant, sans doute que Diabri sait à quoi s’en tenir, du moins à quoi s’attendre, dès lors qu’il a choisi de tenir un discours qui fâche, un discours qui pourrait bien ne pas plaire à des hommes du sérail du pouvoir qui ont tendance à avoir toujours raison.

Mais alors, faut-il croire que Diabri, souffre de sa marginalité ? Son analyse va forcément susciter des commentaires et autres spéculations qui vont sans doute vouloir le placer dans le même diapason que l’opposition, pour faire croire qu’il serait sur une voie de rébellion contre un système qui sait désormais se passer de lui.

Il faut donc craindre que ces audaces n’ouvrent à l’ancien député, des voies à de nouvelles aventures….politiques.

DJANGO

19 octobre 2017
Source : L’Actualité

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