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Amères vérités : Faut-il attendre de voir le pays en feu et en flammes pour arrêter la folie ?

Amères vérités : Faut-il attendre de voir le pays en feu et en flammes pour arrêter la folie ? Faut-il attendre de voir le pays en feu et en flammes pour arrêter la folie ? C’est la question qui est sur toutes les lèvres après la manifestation pacifique de la société civile qui a tourné à l’émeute, à Niamey, ce dimanche 29 octobre 2017.
La folie, c’est de penser qu’on peut indéfiniment opposer aux citoyens les matraques et les gaz lacrymogènes.
La folie, c’est de continuer à croire qu’il est possible d’anéantir le désir de liberté des citoyens en leur opposant la force brute.
La folie, c’est de refuser ou d’être incapable de comprendre que la loi de finances 2018 est une loi antisociale, à tous points de vue, que les citoyens nigériens, au regard des cadeaux fiscaux généreusement offerts aux opérateurs de téléphonie mobile à travers la TATIE ou encore aux marketteurs à travers la nouvelle formule de l’IMF, n’accepteront jamais la loi de finances 2018 dans cette version. Car, malgré les écrits à l’eau de rose de quelques thuriféraires ou les vociférations de mercenaires pourtant promptes à tourner casaque, la réalité est bien amère. Il n’y a pas lieu, contrairement aux sirènes d’un certain Kalla Moutari qui parle ‘’d’affrontement inévitable’’. Comme tous les passionnés du genre, il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. La lutte n’a rien de politique, elle est citoyenne et il est totalement insensé de croire que’’le gouvernement a toutes les raisons de rester ferme ; que l’enjeu, c’est son autorité’’. Une telle vision des choses n’est pas seulement étriquée. Elle est porteuse de périls majeurs. Pourquoi se battre contre la TVA sur des produits de première nécessité serait politique et non citoyenne ?

Pourquoi se battre contre l’impôt sur l’héritage, et non sur les transactions relatives aux actes portant mutation de propriété ou d’usufruit de biens meubles ou aux actes portant transmission de propriété ou d’usufruit des biens immeubles, serait serait politique et non citoyenne ?

Pourquoi se battre contre une augmentation du coût de l’énergie électrique serait politique et non citoyenne ? Pourquoi se battre contre l’institution de la taxe d’habitation serait politique et non citoyenne ?

Pourquoi se battre contre une extension de l’assiette fiscale dans un pays qui croule sous les détournements de deniers publics et où les sociétés multinationales bénéficient de cadeaux fiscaux, serait politique et non citoyenne ?

Pourquoi, enfin, créer de nouveaux impôts alors que l’État peine à recouvrer ceux qui existent ?

Ce qui s’est passé, hier, dimanche 29 octobre 2017, est un ras-le-bol citoyen par rapport à tout ce qu’ils vivent et endurent comme une injustice et ce serait une erreur grave de privilégier d’autres voies de solutions que, d’une part, l’annulation pure et simple de toutes les mesures antisociales décriées par les Nigériens ; d’autre part, le rétablissement de l’équité dans de la loi de finances, en imposant comme il se doit, ces multinationales et ces marketeurs à qui le pouvoir central nigérien à fait des cadeaux fiscaux. On peut d’ailleurs se rendre compte que ces cadeaux fiscaux consentis aux plus riches sont une tradition entretenue par le régime et Airtel, Orange et Moov en ont tiré le plus grand bénéfice. N’est-ce pas insultant pour les citoyens de constater qu’au moment où des sont dizaines de milliards sont offerts à des sociétés qui réalisent d’énormes profits dans leurs activités commerciales, on leur demande de payer davantage d’impôts et de taxes sur leurs maigres revenus.

De quelle efficacité en matière de mobilisation des impôts parle-t-on lorsque des centaines de milliards sont détournés au profit d’intérêts partisans, au vu et au su de tout le monde et que ceux qui en sont les auteurs jouissent librement de leurs larcins ?

Si l’on convient que ‘’ Tout le monde sait que nous ne payons pas d’impôts et nous sommes exigeants vis à vis du service public’’, il faut également convenir que si ceux qui gouvernent investissent les moyens qu’ils mettent à réprimer les manifestations publiques pour recouvrer les milliers de milliards dont l’Etat à été spolié, ils ne seraient contraints de s’en prendre aux plus vulnérables. Rien que pour les exonérations, le gouvernement a parlé de plus de 1000 milliards perdus dans les exonérations. Entendez par là les exonérations fantaisistes, c’est à dire les cadeaux fiscaux offerts à des hommes d’affaires proches du régime, mais également les fausses exonérations.

Aveuglé par sa passion partisane et son désir de passer pour un homme de poigne qui peut être l’homme de la situation pour les ‘’jusqu’aux boutistes’’, Kalla Moutari indique que ‘’ Le gouvernement a le devoir de refuser la promotion de cet esprit, de cette contre valeur’’ mais n’a jamais dénoncé les détournements massifs de deniers et biens publics dont les dossiers inondent le bureau du procureur de la République. Le véritable incivisme réside dans la propension à détourner les fonds et biens qui sont destinés à servir l’intérêt général.

‘’ Quand les caisses de l’État sont vides, que ferons-nous ?’’. Récupérer d’abord tout ce qui a été détourné et envoyé les auteurs en prison. Et puis, entre nous, les caisses de l’État sont déjà vides et les Nigériens connaissent parfaitement les raisons d’une telle situation.

Il faut se dire la vérité est que le régime est si sale, si chargé de scandales financiers qu’il n’a pas la force morale et politique nécessaire pour demander le moindre sacrifice aux citoyens. Encore qu’avec la loi de finances 2018, il ne s’agit pas de sacrifice citoyen mais de dérives gouvernementales. Ce dimanche 29 octobre 2017, ceux qui dirigent le Niger et qui n’ont, pour tout argument à opposer aux citoyens, que les matraques et les gaz lacrymogènes, doivent définitivement changer de fusil d’épaule. Ils doivent comprendre qu’ils n’ont pas d’autre choix que de reculer. Les dérives enregistrées à Niamey ne doivent pas être prises comme le résultat d’actions de sape mais comme la résultante de la colère populaire. C’est , en définitive le tropplein de refus systématique des manifestations populaires qui a engendré ce ras-le-bol.

En un mot comme en mille, il faut faire attention à ne pas attiser le feu en voulant l’éteindre par des voies et moyens non appropriées.

03 novembre 2017
Source :  Le Canrd en Furie

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