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Lettre au “président de la République” Monsieur “le Président”, : Ce que vous avez de mieux à faire, c’est de reculer et non de croiser le fer avec le peuple

Lettre au “président de la République” Monsieur “le Président”, : Ce que vous avez de mieux à faire, c’est de reculer et non de croiser le fer avec le peuple Le lundi 30 octobre 2017, vous avez donné l’occasion à ceux de vos compatriotes qui en doutent encore, que vous n’avez aucune volonté de chercher la conciliation, l’union des cœurs et des esprits, en clair ce qui fait la cohésion entre un gouvernement et le peuple pour le bien-être duquel celui-ci prétend travailler. En procédant à un remaniement technique du gouvernement, sans en réduire la taille, vous avez administré une gifle retentissante à tous ceux qui pensaient que vous pourriez être sensible aux pleurs de vos compatriotes. Tous les Nigériens, y compris ceux qui vous soutiennent, ont désormais compris que si c’est la réduction de la taille de votre équipe gouvernementale et du train de vie de l’État qui doivent sauver le Niger, eh bien, il sombrerait dans le chaos. Votre message à vos compatriotes est plus que clair. Non seulement vous n’avez aucune volonté de créer les conditions d’une harmonisation des positions gouvernementales avec celles du peuple, mais vous faites les choses dans une logique de défiance outrageante. Alors que le front social est en ébullition et que notre pays vient de vivre une journée des plus effrayantes, le dimanche 29 octobre 2017, vous faites un remaniement de votre gouvernement sans le moindre clin d’œil visant à vous dédouaner des accusations qu’on vous porte. Vous auriez dû le faire, ne serait-ce que pour tous ces fama Doumbouya qui chantent les prétendus bénéfices de la loi de finances 2018 et qui sont manifestement prêts à mettre le Niger dans un cercueil, pourvu que ça leur rapporte quelques billets de banque.

Monsieur ‘’le Président’’,

Pourquoi continuez-vous à aller contre les aspirations d’un peuple que vous dites vous avoir élu à 92,51% ? Les pleurs fusent de toutes parts, les conditions de vie et de travail des Nigériens périclitent, le climat social se dégrade à grande vitesse et vous restez inflexible, sans aucune intention de désamorcer. Au contraire, vous agissez à renforcer les aigreurs, à aiguiser les ressentiments, bref à mettre de l’huile sur le feu. Votre remaniement technique est une provocation à un peuple qui vous réclame une part de sacrifice dans la recherche de solutions à la grave crise financière qui frappe le pays. Un peuple qui sait parfaitement où sont partis les milliards de l’État. De Téra à Bilma, que de plaintes contre votre gouvernance ! Et contrairement à ce que prétendait Mohamed Bazoum, le Moden Fa Lumana Africa n’a rien à voir dans vos échecs et vous le savez mieux que moi. Il n’a rien à voir non plus dans les évènements violents du dimanche 29 octobre. Ce qui s’est passé le dimanche 29 octobre dernier vient d’un peuple choqué et révolté. Un internaute, du nom de Mohamed Sallah a vigoureusement réagi aux propos insensés et insultants de Mohamad Bazoum pour lui notifier « qu’il n’y a pas que Lumana au Niger. Il y a nous, écrit-il, qui n’avons pas de coloration politique. Ce n’est pas à Lumana de nous dicter des conduites, ce n’est pas à ce parti, qui d’ailleurs pour nous est le reflet opposé de Tarayya, qui va nous dire que nous vivons mal. Nous avons une conscience, des sentiments… Réduire le combat légitime d’un peuple qui croupit sous le poids d’une injustice sociale manifeste au caprice d’un parti est réellement offensant ». Cette injustice sociale, Adal Rhoubeid, président du MDR Tarna, en a levé un coin de voile. Il a relevé, dans un post sur les réseaux sociaux, que « Sur le plan sécuritaire, en choisissant la paupérisation extrême de sa population et en privilégiant le suréquipement d’une partie des FDS (garde présidentielle) au détriment d’une frange, la grande partie assurant la protection de tous les Nigériens, vous avez choisi l’option d’une rupture nette entre l’élite au pouvoir et le restant du peuple nigérien (la grande majorité), ce qui, inéluctablement, fera changer de camp à l’espoir avec une montée exponentielle de l’extrémisme avec, malheureusement, son lot de conséquences fâcheuses car la lutte contre les forces obscures ne pourra être que militaire ». C’est en tenant comptant des dérives de votre gouvernance et des sombres perspectives que vous entendez offrir à vos compatriotes — rien que des larmes et des souffrances — notamment à travers la loi de finances 2018, que, dans un autre post, toujours sur les réseaux sociaux, Adal Rhoubeid en appelle « à la mobilisation de tous les Nigériens, sans considération aucune, à se lever pour faire échec à ces manœuvres de liquidation à dessein de notre structure socialemême ». Et je puis vous assurer que, sur la base d’informations crédibles traduisant l’état d’esprit de nos compatriotes, à Niamey bien sûr, mais aussi à Zinder, Maradi, Tahoua, Agadez, Tillabéry et Diffa, la loi de finances 2018 ne passera pas. Car son rejet vient du peuple et le peuple est souverain.

Monsieur ‘’le Président’’,

Ne vous y méprenez pas en privilégiant les cris de ces corbeaux, laudateurs et flatteurs, qui mangent dans vos mains. Je sais qu’ils sont en vogue actuellement, allant de télé en télé, de radio en radio, pour essayer de vendre la loi de finances. Sachez qu’ils n’auront aucun scrupule à tourner la page aussitôt que la situation change. N’accordez pas non plus une oreille attentive aux faucons et extrémistes qui pensent que vous pourrez remporter ce bras de fer contre votre peuple. Contre le peuple, on est toujours perdant. Vous êtes sur la mauvaise pente car j’ai constaté la tendance de votre gouvernement à penser qu’il vous suffira de supprimer l’impôt qui fâche les ulémas pour vous tirer d’affaire. La loi de finances, ce n’est pas que l’impôt sur l’héritage. C’est également la taxe d’habitation, la nouvelle tarification de l’énergie électrique, la TVA sur les produits de première nécessité, etc.

La loi de finances, c’est également l’abrogation de la TATIE, l’annulation de l’impôt que doit la Sonichar à l’Etat du Niger, la corrélation de l’IMF, non pas au chiffre d’affaires global, mais à la marge bénéficiaire, etc. Pour la TATIE, ce sont 30 milliards que le Niger en attendait en 2017. Pour l’IMF, c’est plus de 15 milliards qui vont dans les comptes bancaires des marketteurs et non au Trésor national. Quant à la Sonichar, ce sont 10 milliards que vous lui avez généreusement concédés. Un citoyen, qui a appris, par le biais de la presse, ces cadeaux fiscaux généreusement offerts aux amis, n’a pu s’empêcher de se demander pour qui travaillez-vous ?

Monsieur’’le Président’’,

La loi de finances 2018 n’est diabolisée par personne. Elle est d’essence diabolique. La combinaison de ce que vous réclamez aux Nigériens n’est pas qu’excessif, c’est insupportable. Et la lutte contre ces mesures antisociales n’est pas a priori politique ; elle est citoyenne. Que l’on soit ministre dans le gouvernement actuel ou que l’on soit vendeur ambulant ; que l’on soit fonctionnaire ou travailleur manuel ; que l’on soit militant du Pnds Tarayya ou du Moden Fa Lumana Africa ; que l’on soit civil ou militaire, policier, garde national, la lutte contre loi de finances 2018 concerne tout le monde. Les marabouts, que vous essayez de détacher du reste de la population, sont aussi des citoyens nigériens à part entière à qui vous voulez faire payer la TVA sur les produits de première nécessité, la taxe d’habitation, la facture d’électricité, etc. Or, j’ai remarqué que vous tendez à amadouer cette frange de la population nigérienne, probablement par les mêmes méthodes que celles qui vous ont permis de mettre un certain Sambo dans votre escarcelle. Je vous le répète, la loi de finances 2018 dresse tout le peuple nigérien face à votre pouvoir et il est illusoire pour vous de penser que vous gagnerez ce combat. Ce que vous avez de mieux à faire, c’est de reculer et non de croiser le fer avec le peuple. Les interpellations et arrestations n’arrangeront rien. Au contraire, elles ne feront qu’empirer une situation déjà pourrie, exacerbée par un climat social délétère et des conditions de vie de plus en plus dégradantes. Ressaisissezvous pendant qu’il est temps. Ne jouez pas sur la gamme de l’orgueil, c’est du Niger qu’il s’agit. Pas de vous-même.

Mallami Boucar

03 novembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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