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Amères vérités : pleurez, pleurez et même mourrez de chagrin et d’impuissance, ça laisse de marbre ceux qui gouvernent

Amères vérités : pleurez, pleurez et même mourrez de chagrin et d’impuissance, ça laisse de marbre ceux qui gouvernentMahamadou Issoufou et son gouvernement auraient-ils la trouille ? C’est certain. De quoi auraient-ils peur ? De tout, à commencer par l’issue de la discussion suivie du vote de la loi de finances. Les députés sont pratiquement traqués, pris en charge comme des toxicomanes qu’on craindrait de voir poser des actes incontrôlés. Il y en a qui sont traumatisés, complètement lessivés et plus que jamais convaincus qu’ils rendraient le plus grand service au Niger et à son peuple en votant contre la loi de finances 2018 ; d’autres, passionnés politiques complètement grisés, ne pensent pas Etat-peuple-pays, mais plutôt parti-Alliance-perpétuation du pouvoir. Un troisième camp existe, composé de ces hommes et femmes qui ne croient en rien qu’à l’argent ; des personnes vénales qui se frottent les mains, assurées de réaliser une bonne affaire. Ce lundi, l’enceinte de l’Assemblée nationale se transformera en une sorte de djogol midi. Les discussions seront chaudes, la pression sera omniprésente et les nerfs seront tendus. Des vérités crues seront dites, des propos démesurés aussi, des écarts de conduite seront notés et la tension sociale montera crescendo au fur et à mesure que les débats s’acheminent vers le vote inéluctable de la loi de finances. Les Nigériens, mis en alerte par une campagne de sensibilisation des organisations de la société civile et des centrales syndicales, dresseront l’oreille, tournés vers l’hémicycle, dans l’attente de l’issue des discussions parlementaires. Mais…

Mais, car il y a un «mais». Le dimanche, une coupure générale d’électricité est perpétrée et la télévision nationale, pour une fois, a fait un black-out total sur la loi de finances. Une première qui a empêché aux citoyens de suivre adéquatement les discussions parlementaires. Ça s’inscrivait certainement dans un plan ourdi et selon toute vraisemblance, la mesure sera reconduite ce lundi. A moins que le rythme expéditif imposé par OusseïniTinni ne permette à Mahamadou Issoufou d’avoir sa loi de finances avant lundi matin. C’est pourquoi j’anticipe sur les conséquences sociales et financières sur les citoyens et sur l’Etat.

Sur les citoyens d’abord…
Le pouvoir d’achat va s’écrouler de façon dangereuse, la paupérisation des couches sociales va s’accentuer à un rythme inimaginable, le chômage va croître davantage tandis que le coût de la vie va augmenter de façon exponentielle. Dans un pays où presque tout est importé de l’extérieur et où le produit intérieur brut (PIB) est de moins de …dollars par tête d’habitant tandis que la population croît à un rythme de 3,3%, il est prévisible que la situation sera, dans moins de temps qu’on ne l’imagine, chaotique. Il y aura, d’une part, des gouvernants qui comptent user de tous les moyens coercitifs pour contraindre les citoyens à payer les impôts contenus dans la loi de finances ; d’autre part, des populations exsangues, cherchant désespérément de quoi survivre et qui risquent de se révolter contre trop d’exactions. La lecture du rapport et des discussions générales du dimanche ont montré que les députés de la majorité ont maintenu, contre vents et marées, les cadeaux fiscaux offerts à des multinationales et à des marketteurs tapis dans les cercles du pouvoir, mais également la panoplie des taxes et impôts, y compris la TVA sur les produits de première nécessité, sur l’engrais d’origine animale ainsi que l’impôt sur l’héritage.

Ensuite, sur l’Etat…
La loi de finances de 2018 a la particularité d’être précaire, irréaliste et irréalisable. Elle l’est d’autant plus qu’elle est adossée à des impôts que la société civile va combattre avec véhémence. De fait, aucune proposition alternative des organisations de la société civile n’a été prise en compte. Toutes ont été royalement ignorées, rangées aux oubliettes d’un régime qui cherche d’arrogance. La mobilisation des recettes va lourdement pêcher du fait d’une résistance éventuelle des citoyens, menés par une société civile intrépide qui est déterminée à lutter contre la loi de finances. Dans ce cas de résistance citoyenne prévisible, l’Etat va se retrouver dans une situation de précarité plus prononcée que celle dans laquelle il patauge actuellement. Il ne suffit pas d’adopter la loi de finances, mais de l’appliquer. Or, pour appliquer une loi que les citoyens jugent injuste et antisociale, voire scélérate puisqu’elle contient des faveurs inadmissibles à des multinationales, il va falloir certainement utiliser le bâton. Ce va générer un climat social ingérable.

La vérité est là : le régime est assis sur un amas de scandales financiers. Donnez 100 000 milliards de budget à Mahamadou Issoufou, il ne réussira pas. La preuve est là, dans ce qu’il a trouvé en 2011 et dans tout ce qu’il a contracté comme prêts bancaires et qui ont pris des destinations inconnues. Le problème du Niger est un problème de gouvernance. Or, tout ce qui est relatif à la lutte contre la corruption, la concussion et les détournements de deniers et biens publics a été royalement occulté. C’est la preuve que le régime actuel est contraire à tout ce qu’un peuple peut attendre de ses gouvernants. Le Niger est dirigé par des hommes que beaucoup de Nigériens disent incrédules, sans état d’âme lorsqu’il s’agit de se donner les moyens de continuer à gouverner. Et s’il s’agit d’enlever tout aux Nigériens pour survivre, Ousseïni Tnni et ses collègues n’hésiteront pas.On l’a d’ailleurs entendu dire, avec ironie et raillerie, à la suite de l’intervention d’un député ayant rappelé le dogme divin à propos de l’héritage, « Merci pour le prêche ». Ce propos, qui traduit une mentalité éloignée de nos valeurs, ne surprend pas de la part de cet homme. Pas plus que si ça venait d’un certain Iro Sani, Hassoumi Massoudou, Mohamed Bazoum, Kalla Moutari, Mahamadou Issoufou, etc.

Sur quoi comptent Mahamadou Issoufou et son gouvernement pour gouverner dans ces conditions de confrontation avec les organisations de la société civile, les centrales syndicales et de larges pans de la société nigérienne ? Le Niger, assurément, est sur une mauvaise pente. Ce Niger qui fait peur se profile pourtant à l’horizon. La loi de finances 2018 est chargée de «bombes à retardement» qui vont inéluctablement exploser. En votant OUI pour la loi de finances, ils ouvrent grandement la voie à cette confrontation sociale inquiétante. Les députés qui semblent dire qu’elle est juste, harmonisée et propice au développement du Niger, sont-ils réellement conscients la gravité de leur acte ? Sont-ils vraiment conscients des perspectives sombres que leur décision risque d’engendrer ? Ousseïni Tinni et Iro Sani n’ont certainement aucune préoccupation de ce genre. La TVA sur les produits alimentaires de première nécessité est-elle de nature à leur empêcher de continuer à empocher ce qu’ils ont l’habitude d’empocher ? Que ce soit légal ou illégal comme dans le cas des indemnités de départ qu’ils s’étaient attribuées à l’ARTP ? Ils n’ont aucune préoccupation d’ordre social et les citoyens peuvent pleurer tant qu’ils veulent, Ousseïni Tinni, Iro Sani et leurs collègues n’en ont cure. Pleurez, pleurez et même mourrez de chagrin et d’impuissance, ça laisse de marbre ceux qui gouvernent.

BONKANO

02 décembre 2017
Source : Le Canard en Furie

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