Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président” : Vos efforts pour chercher ce que vous avez trouvé à la tête de l’Etat mais que vous avez gaspillé m’ont rappelé l’histoire de la cigale et de la fourmi

Issoufou Pdes Paris 2017 06 J’ai appris que des enquêteurs français ont séjourné à Niamey, du lundi 4 au mardi 5 décembre 2017 aux fins d’écouter les protagonistes connus de l’uraniumgate. Le séjour de ces enquêteurs, appris de source incontestable, n’est pas, je le sais, pour vous plaire.

Il est synonyme de sombres perspectives judiciaires pour Hassoumoi Massoudou et ses complices non encore cités dans le dossier, mais qui vont nécessairement être découverts et dénoncés. Les choses s’accélèrent et ce déplacement de Niamey, selon les échos que j’ai de ce séjour, a permis aux enquêteurs de lever le voile noir qui couvre certains aspects cruciaux. Le plus idiot du village sait que »HassoumiMassoudou n’est pas seul », mais il faut bien qu’une enquête officielle, sérieuse et objective, puisse établir l’identité de ses complices, leurs motivations et leurs desseins. Je puis vous dire, sur la foi de ce que j’ai appris, que la Brigade financière française a presque bouclé son enquête. J’ai bien lu des informations tendant à faire croire que le juge français qui a séjourné à Niamey était là pour former les juges du pôle financier de Niamey. Le mensonge, comme on dit, a beau courir, il se fait toujours rattraper par la vérité. HassoumiMassoudou, lui, sait, que le juge français a bel et bien séjourné à Niamey et que c’est bien dans le cadre de l’uraniumgate. Il le sait, tout comme tous ceux qui, au Grand hôtel, ont été rencontrés, ensemble, par ce juge qui est d’ailleurs reparti dès le mercredi 6 décembre, au soir. Le jour où les choses vont péter et qu’il ne servira plus à rien de véhiculer de fausses informations, on verra bien ce que ces manipulateurs de conscience vont raconter. Pour le moment, laissez-moi vous conter la petite histoire du séjour du juge français à Niamey.

Monsieur le ‘’Président’’,
Arrivé à Niamey le lundi 4, en provenance de Paris, par Air France, le juge français s’est voulu très discret, n’établissant de contact qu’avec les protagonistes dont il avait sans doute les noms avant d’être à Niamey. Parmi les personnes qui étaient autour de lui, il y avait notamment Boureima Issoufou, ancien président de la Halcia et des journalistes dont mon informateur n’a pas les noms. Ayant écouté tous les protagonistes de l’affaire, il est reparti aussitôt en France. La communication est un échange. Il a appris de ceux qu’il a écoutés, mais il a également «donné».L’obscur trajet qu’ont pris les montants générés par l’uraniumgate, les destinations finales, les bénéficiaires et les projets montés, tout est dans sa besace. Pour ne pas gêner le secret de l’instruction judiciaire en cours, je me garde d’étaler tout ce qui va être nécessairement être su, un jour.

Pour le moment, retenez que le récent séjour des enquêteurs français à Niamey n’avait pour objet que de faire un peu de sensationnel, histoire de faire comprendre à HassoumiMassoudou et à tous ceux qui sont liés à ce dossier, de près ou de loin, que la procédure judiciaire enclenchée en France, puis «douchée» sous François Hollande, est relancée de plus belle.

Monsieur le’’Président’’,
Vous avez quitté le pays depuis le …2017 et je vous dire que les choses vont de mal en pire. Hier, les étudiants, furieux d’attendre en vain des promesses qui ne sont pas tenues, ont finalement fait le pied de grue devant le Trésor national. Je sais que vos services de police vous ont briefé par rapport au cours des évènements au pays, mais ils ne le feront jamais comme je le fais. Outre les étudiants, beaucoup de compatriotes grincent des dents, les conditions de vie devenant de plus en plus difficiles, pour ne pas dire insupportables. Certains, ne voyant aucune perspective d’espoir, se muent, loin des regards de ceux qui les connaissent, en mendiants occasionnels. Généralement, ils s’entourent la tête de turban, histoire de ne pas risquer d’être reconnus. Ils se disent diminués dans leur honneur et leur dignité d’homme, mais ils se disent sans autre alternative. Le slogan TayiTawri est plus que jamais de rigueur. Evidemment, vous ne pouvez pas savoir à quoi vos compatriotes sont confrontés et ceux qui vous entourent l’ignorent autant que vous. Comment peut appréhender les dures réalités de la vie de ses compatriotes lorsqu’on peut impunément détourner 15 000 tonnes d’une aide alimentaire en pleine insécurité alimentaire ?

Comment peut-on convaincre que l’on se soucie de leurs conditions de vie et que l’on est affecté par les difficultés auxquelles ils sont confrontés lorsqu’on peut accorder des cadeaux fiscaux à des firmes internationales et accabler ses compatriotes d’impôts et de taxes ?

Monsieur le ‘’Président’’,
Tandis que vous menez votre opération de séduction à Paris, dans les couloirs de l’hôtel Méridien m’a-t-on dit, vos compatriotes, eux, tirent le diable par la queue, au pays. Laissezmoi vous dire que j’ai rencontré maints cadres supérieurs de l’Etat, parfois à de hauts postes de responsabilité, se plaindre et confesser publiquement que le pays est à terre. Savez-vous que le salaire n’est pas fait à l’Assemblée nationale qu’hier, mardi 12 décembre ?

Savez-vous que le fonds d’aide à la presse n’a pas été payé depuis deux exercices et que l’actuel bureau du Conseil supérieur de la communication achève sa mission en mars 2108 ?

Il y a plein de rumeurs qui circulent sur l’état des finances publiques. Si elles sont fondées, le désordre est incommensurable.

Monsieur le ‘’Président’’,
J’ai appris que beaucoup de rencontres internationales, et pas des moindres, se déroulent actuellement à Paris et je me suis demandé si cela n’est pas de nature à éclabousser la table ronde que, selon le calendrier dont j’ai eu connaissance, vous allez personnellement présidée. J’ai découvert que le mardi 12 se tient leSommet international sur le climat et que le 13, suivra le Sommet du G5 sahelconsacré au financement de la force conjointe, au château de la Celle Saint-Cloud, en banlieue parisienne. Dans le cadre de la réunion de soutien au G5 Sahel, le président français, Emmanuel Macron, animera une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel, Alpha Condé et Ibrahim Boubacar Keïta. Et comme il n’y a jamais deux sans trois, le Président Macron aura également, le même jour, l’Arbre de Noël de l’Elysée et l’inauguration de l’exposition Pasteur, au Palais de la Découverte et de la Cité des Sciences. Une journée bien plus que remplie. Et puis, le 14 décembre, seconde journée consacrée à la table ronde, Macron s’envolera pour Bruxelles où il doit prendre part au Conseil européen. L’agenda joue contre vous au point où vos efforts pour chercher ce que vous avez trouvé à la tête de l’Etat mais que vous avez gaspillé m’ont rappelé l’histoire de la cigale et de la fourmi.

Monsieur le ‘’Président’’,
Permettez-moi de rapporter cette fable de Jean De La Fontaine qui illustre la situation dans laquelle vous avez plongé le Niger. La cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva dort dépourvue, quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine chez la fourmi, sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister, jusqu’à la saison nouvelle. Je vous paierai, lui dit-elle, avant l’Oût [ndlr : août], foi d’animal. La fourmi n’est pas prêteuse. C’est là son moindre défaut.

Monsieur le ‘’Président’’,
Je ne crois pas en la moindre chance de succès de vos projets. Les bailleurs de fonds peuvent bien faire mille promesses mais n’engageront pas un copeck tant que la gouvernance n’aura pas changé dans le bon sens. Pour le moment, le curseur est désespérément dans le rouge.
Mallami Boucar

19 décembre 2017
Artcle publié le 13 décembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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