Amères vérités / Il y a un temps pour tout : un temps pour jouir de ses indélicatesses ; un autre pour rendre compte de ses actes

Amères vérités / Il y a un temps pour tout : un temps pour jouir de ses indélicatesses ; un autre pour rendre compte de ses actesMahamadou Issoufou continue de faire la sourde oreille alors que le pays va mal, très mal. Marches, meetings et villes mortes continuent, entraînant dans les rues de plus en plus de monde et dans toutes les régions du Niger. À l’exception de Diffa où sévit une situation sécuritaire singulière, motif d’un état d’urgence perpétuel, toutes les régions du Niger sont en proie à des mouvements sociaux d’une très grande ampleur. Niamey bien sûr, Tahoua, Agadez, Zinder, Maradi, Dosso, Tillabéry sont pratiquement en rébellion contre la gouvernance de Mahamadou Issoufou. Et tout le monde sait que la loi de finances 2018 n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Déjà, les Nigériens en ont plus que marre :

La loi de finances 2018, qui comporte des mesures fiscales antisociales, mais qui consent paradoxalement des cadeaux fiscaux à des sociétés étrangères, n’a fait que confirmer le peu d’égards, voire l’insouciance des gouvernants nigériens quant au bien-être des populations. Au contraire, ils multiplient les initiatives et les mesures tendant à faire taire les citoyens face à leurs dérives. Malheureusement, malgré l’article 15 de la Constitution en vigueur, qui dit clairement « Nul n’est tenu d’obéir à un ordre manifestement illégal », il y a des hommes, bourrés de zèle et prêts à faire n’importe quoi pour préserver quelques misérables strapontins, qui vont exécuter des ordres manifestement illégaux. Car il s’agit, non pas d’assurer le maintien de l’ordre, mais d’empêcher l’expression d’opinions contraires à celles qui sont favorables au pouvoir. Les organisations de la société civile ont si bien résumé la situation qu’il n’y a pas lieu de chercher plus loin. D’une part, la liberté de manifestation est une liberté fondamentale, un droit individuel et collectif, consacré par la Constitution du 25 novembre 2010 et divers instruments juridiques internationaux et régionaux régulièrement ratifiés par l’État du Niger » ; d’autre part, « les raisons sécuritaires invoquées sont à la fois fallacieuses et spécieuses puisqu’elles n’ont pas empêché au PndsTareyya de tenir les assises de son 7e congrès, avec en corolaires des manifestations nocturnes ».

Maître Bachir, avocat au Barreau de Niamey, informe à ce propos que « Le président de la délégation spéciale de Niamey, explique maître Bachir, n’a aucune légitimité démocratique puisque, d’une part, il n’est pas élu ; d’autre part, sa nomination est contestable au regard de l’article 164 de la Constitution et de l’ordonnance 2010-54 du 17 septembre 2010 portant code des collectivités territoriales ». Maître Bachir, qui explique que « que la question sécuritaire ne saurait être un motif valable pour interdire à des citoyens, parce qu’ils contestent l’action du gouvernement, de manifester tout en prenant le soin d’assister, d’animer et d’applaudir le meeting du parti au pouvoir », précise par ailleurs « qu’il est devenu superflu aujourd’hui d’insister sur l’état de déconfiture de notre pays ». En conclusion, il dit que la manifestation de la société civile est plus que légitime d’autant que « le président de la délégation spéciale de Niamey, dont l’existence résulte du non-respect du droit, notamment des principes fondamentaux de la libre administration des collectivités territoriales, n’est pas l’autorité indiquée pour apprécier le bien-fondé des manifestations publiques puisqu’il ne dispose ni de la légitimité

démocratique ni de l’onction populaire nécessaire ». Il l’a pourtant fait, en violation de la loi, confiant quant à l’impunité dont il jouira. Il n’est pas seul. Le sieur Soumana Zataou, un opportuniste politique qui a séjourné à Dosso comme gouverneur au titre de l’Andp Zaman Lahiya, était aussi gouverneur de Niamey jusqu’à une certaine date. Relevé de ses fonctions par décret pris en conseil des ministres tenu le …2018, il a néanmoins mis les organisations de la société civile en garde, agitant des menaces pénales à l’endroit des leaders de la société civile. S’il l’a fait alors qu’il n’a plus qualité pour le faire, c’est que le sieur Zataou est plus disposé à violer l’article 15 de la Constitution plutôt que de tenir tête à ceux qui l’ont instruit d’agir illégalement.

Soumana Zataou et Moctar Mamoudou ne sont ni les seuls ni les plus chauds à choisir de violer la loi plutôt que d’affronter ceux qui les instrumentalisent. Ils si nombreux qui nourrissent le lit de l’injustice, persuadés qu’il y a moins d’inquiétude à violer la loi, voire à en abuser pour faire plaisir aux princes, que de refuser d’obtempérer à un ordre manifestement illégal. Ils sont dans la police, dans la justice, dans l’administration publique, dans l’administration territoriale, etc. Pourquoi ?Eh bien, parce que telle est la logique de la gouvernance imposée par les scandales en tous genres, notamment les détournements de plusieurs centaines de milliards de francs CFA face auxquels, malgré les preuves accablantes, le pouvoir en place a montré une volonté farouche de protéger les auteurs. Mahamadou Issoufou et les siens le savent parfaitement : à l’intérieur du Niger, la défiance des Nigériens vis-à-vis de leurs personnes est totale et il n’est pas exclu que Les Nigériens se révoltent, au péril de leurs vies. À l’extérieur du Niger, tout le monde sait à qui ils ont affaire, mais chacun, pour des motivations diverses, ferment le clapet. N’est-ce pas le cas de Jeune Afrique dont l’histoire étalera certainement les motivations réelles qui sous-tendent la défense aveugle d’une gouvernance scabreuse ? Comme l’a si bien relevé maître Bachir, « « il est devenu superflu aujourd’hui d’insister sur l’état de déconfiture de notre pays ». Et même à l’intérieur du système, il n’y a plus que des gens comme Mohamed Bazoum, qui se défonce à convaincre Mahamadou Issoufou et les siens sur ses mérites, pour continuer à pérorer qu’ils sont porteurs de valeurs. De quelles valeurs parle-t-il ? Il semble qu’il parle de loyauté. De quelle loyauté Mohamed Bazoum parle-t-il alors qu’ils n’ont pas été capables de loyauté vis-à-vis de la Constitution ? Il parle même de morale et d’éthique alors que parmi eux se trouvent plein de gens qui ont détourné des milliards, qui tenu des propos et/ou posé d’actes attentatoires à l’unité nationale et à la cohésion, qui ont violé la Constitution et à plusieurs reprises, etc. Tout le monde sait que Mohamed Bazoum ne croit en un mot de tout ce qu’il dit. Il sait quels types de gouvernants ils sont et dans quelle catégorie doit-on les ranger.

La volonté d’user et d’abuser de la force publique pour réprimer, faire peur et continuer à rester tranquilles, avec les milliards de l’Etat dans les comptes bancaires, n’est pas, loin s’en faut, la solution au problème nigérien. Car, à force d’opposer la répression policière à des populations de plus en plus habituées à cela, un jour, l’on risque fort de se retrouver sans autre moyen que de fuir devant la déferlante populaire. Arrêter Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et bien d’autres ne peut être ni garantir la tranquillité à ceux qui le pensent ni être la panacée au problème qui se pose. Peut-on être en démocratie et gouverner par la force ? Encore que la force est fluctuante, particulièrement lorsqu’elle est liée à la République. Alors, que ceux qui mettent du zèle à exécuter des ordres manifestement illégaux sachent qu’il y a un temps pour tout : un temps pour jouir de ses indélicatesses ; un autre pour rendre compte de ses actes. La roue de l’histoire tourne, inexorable, et nul ne peut l’arrêter.

Bonkano
02 avril 2018
Source : Le Canard en Furie

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