De la "conférence" à l'indispensable auto-évaluation..."spirituelle" ?

Dr Elisabeth Sherif Dr Elisabeth Sherif La conférence islamique animée par l'Emir de Kano, organisée par l'Etat nigérien, suscite visiblement des commentaires, dont certains ayant trait au principe constitutionnel de la séparation de l'Etat et de la religion. Mais au-delà de cette dimension constitutionnelle, l'incursion du discours religieux dans la sphère publique, dans le contexte socio-politique actuel du pays, ne soulève t-il pas surtout la question du respect de...la religion ? Le pouvoir en place, serait-il par ailleurs le seul à emprunter les couloirs nés de la porosité des frontières entre l'Etat et la religion ? Que pourrait -on dire, d'autre part, de cette invitation de l'Emir de Kano, par les autorités nigériennes, dans le climat politique actuel, au regard du passé politique et diplomatique du Niger ?

En effet, qui aurait eu par exemple le courage de poser au "conférencier" une question sur l'être humain qui a été récemment expulsé du territoire nigérien ? Qui aurait eu l'audace de lui parler de ces pères de famille déportés, à qui l'on reproche d'avoir enfreint la loi, dans un pays où  des autorités foulent aux pieds des décisions de justice ?

Le..."conférencier" a certainement suivi, comme le reste du monde, les circonstances, pour le moins ubuesques, dans lesquelles s'étaient déroulées les élections de 2016 au Niger. Mais sait-il que le chef de file de l'opposition est en exil, et que lui et ses autres "frères" et collègues de la classe politique ne se parlent plus depuis août 2013 ?

Quelles réponses, le conférencier aurait-il donc données à ceux qui auraient été tentés de poser des questions non pas seulement à l'érudit religieux mais aussi à l'économiste qu'il est, sur les meilleurs moyens de devenir milliardaires, de façon honnête, en quelques années et rien qu'en gérant les affaires publiques d'un des pays les pauvres au monde ?

Mais les "amis", ce n'est pas tout. Cette question de la porosité des frontières entre l'Etat et la religion que vous soulevez est tout à fait compréhensible, voire même légitime, à certains égards. Cependant...y' aurait -il vraiment une différence entre cette organisation officielle d'une conférence islamique et la tendance devenue presque institutionnelle d'inauguration de vos réunions, meetings et autres rencontres par des prières ? Combien de fois, vous est-il arrivé de vous poser des questions sur la présence parmi vous des adeptes d'autres confessions ? Et en ce faisant, ne seriez-vous pas, vous aussi, en train de faire échos à une certaine conception de la "minorité" que l'on a décriée, il y a quelques jours ?

A regarder de très près, il n' y a donc pas que le pouvoir en place qui peut être mis en cause sur cette question, qui interpelle tous les Nigériens, et au-delà de sa dimension constitutionnelle. Tant le climat politique de ce pays et sa situation économique soulèvent, avec toute son acuité, la problématique de nos rapports individuels et collectifs à la religion.

La question fondamentale serait donc peut être celle de l'inscription des principes religieux non pas seulement dans les discours, mais aussi et surtout dans les actes concrets, que l'on pose au quotidien dans les cercles familiaux, professionnels et au sein de la société, d'une manière générale. Une optique, qui contribuerait considérablement à l'avènement des moeurs politiques beaucoup plus favorables à la quête et à la réalisation du développement durable et profond, tant recherché.

Alors, les tensions politiques, la corruption, les geôles politiques, la pauvreté, etc., seront définitivement exclus des sujets majeurs d'actualité et de reportages consacrés au Niger dans les médias nationaux et internationaux. Tellement la stabilité du pays sera évidente, ainsi que l'unité et l'intégrité de son peuple, qui aura réussi sa sortie de la pauvreté, tout en renvoyant l'ascenseur aux autres pays de la sous-région, y compris au Nord du Nigéria.

Y compris le Nord du Nigeria en effet, car l'histoire pas très lointaine du Niger, nous apprend que le Nord du Nigeria, ses politiciens, intellectuels et érudits, ont eu à recourir au Niger, et notamment à l'audace et aux talents diplomatiques du Président Diori Hamani (paix à son âme) et de son équipe, pour sauver toute la fédération nigériane des risques de désintégration qui l'ont sérieusement guettée pendant la guerre du Biafra.

Oui il fut un temps, où c'était plutôt le Niger que le Nord du Nigéria appelait au chevet non pas uniquement de la cohésion et de la paix du Nord, mais de toute la fédération nigériane. Et...nous aurions peut être tort d'oublier cette époque ou de la considérer comme étant complètement révolue. C'est une question de mémoire, d'efforts collectifs à fournir davantage, mais aussi de... foi.

Dr Elisabeth Sherif
10 avril 2018
Source : https://www.facebook.com/Elisabeth-Sherif

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