Qu’est-ce qui fait peur à Issoufou pour qu’il devienne violent et brutal ?

Qu’est-ce qui fait peur à Issoufou pour qu’il devienne violent et brutal ?Depuis quelques mois, sinon depuis quelques années, la renaissance à l’épreuve du pouvoir, n’a de moyen que la force pour faire face aux revendications populaires : elle brutalise, fonce sur tout, matraque, arrête, emprisonne, humilie, et gaze ceux qui osent le braver, osent marcher sur les espaces de liberté que leur laisse la démocratie. Seini Oumarou lui-même, devenu l’allié de la 25ème heure, sécheresse oblige, avait eu, on s’en souvient au siège de son parti alors qu’il était en réunion, sa dose de gaz lacrymogène, étouffant avec ses militants dans l’espace où le régime les traquait. Mais il a fini par se rendre : combattre n’est pas donné à tous les hommes. Il faut être brave. Mais des hommes aiment l’argent et le confort perdus et qu’il leur fallait reconquérir à tout prix même s’il faut sacrifier une dignité.

En d’autres temps, le PNDS alors convaincu des principes de la démocratie, n’avait de slogan que « la force des arguments », fier de ce qu’il incarnerait dans le paysage politique, l’élite du pays. Et les Nigériens avaient cru à cette prétention, à cette vanité. Aujourd’hui, alors qu’il devait donner le bon exemple, après avoir critiqué pendant près de vingt ans toutes les gouvernances que le pays avait connues, le parti de Bazoum Mohamed, montre des peurs, son incapacité à s’accommoder de la démocratie, ne voyant par un manichéisme débridé le pays qu’en deux versions irréconciliables : les bons et les mauvais ; les mauvais étant tous ceux qui ne pensent pas comme eux et qui défendent une autre opinion dans la démocratie. Le pire chez le socialiste n’est pas tant d’avoir ce regard réducteur sur la démocratie, mais de refuser qu’un autre puisse avoir une existence normale dans la démocratie, cherchant tout le temps à anéantir tous ceux – journalistes, acteurs de la société civile et hommes politiques – qui refusent de « s’aligner », défendant une autre opinion dans le pays. Il est réfractaire à la contradiction parce que chez lui, le Camarade président est un ‘’demi-dieu’’ à ne pas contrarier, un autre à vénérer presque et dont les volontés sont des ordres qui devraient s’imposer à tous. Les Nigériens, après le discours qu’ils avaient entendu chez l’homme socialiste opposant, ne pouvaient jamais imaginer en 2011, qu’ils élisaient des monarques. Submergés par les aléas du pouvoir, les socialistes se rendent vite compte que gouverner n’est pas un jeu d’enfant et qu’il ne suffisait pas de lire Machiavel pour croire qu’on peut être un bon dirigeant.

Jusque dans les rangs des socialistes, les déçus sont nombreux et souvent non pas parce que leurs leaders ont échoué dramatiquement dans la gestion du pouvoir d’État mais simplement parce qu’ils ne se sont pas élevés à la hauteur des responsabilités que l’histoire et le hasard leur confiaient. Ils n’ont pas de fair-play à recevoir avec philosophie et humilité la critique et tout ce qu’un autre peut dire contre leur gestion, forcément, ne sort que d’une animosité et d’une jalousie, non d’une objectivité par laquelle un autre, voudrait les aider à reconnaître les faiblesses de leur gestion afin de se corriger. Le drame du socialisme n’est pas de ne pas avoir des ambitions pour le pays, mais de manger de flegme et de tact politiques pour rendre possible la réalisation de ses projets. Vous critiquez Gorou Banda ? Vous êtes un ingrat et un jaloux même quand vous expliquez qu’économiquement et écologiquement, le programme Kandadji est de loin préférable pour un pays comme le Niger où, en plus d’être un pays enclavé est surtout un pays où, du fait du coût insupportable de l’énergie, l’industrie ne peut être compétitive. Surtout, ne parlez pas de ce sujet qui fâche, révélé sous l’appellation de l’uraniumgate qui avait secoué le régime comme l’avait fait aussi la vague charliste qui avait fortement agité le pays et fait trembler le système Guri. La Renaissance est finalement à bout de souffle et face à tout ce qui bouge, il ne réagit plus que par la brutalité, souvent par la violence aveugle en abusant de la force publique qui se soumet à ses ordres souvent « manifestement illégaux » pour blesser les enfants du peuple, les violenter, les mettre en prison. Aujourd’hui, le PNDS, acculé par les épreuves de la gestion du pouvoir d’État, ne sait plus parler de force des arguments, peut-être n’y croit-il plus d’ailleurs. En lieu et place, il s’emploie à se défendre par l’argument de la force, se cachant derrière les muscles de la force publique, quand les siens plus fragiles, ne peuvent la mettre en sécurité. Et on bouscule tout et tout le monde : les lois et les valeurs fondatrices d’une société faite de tolérance et d’humilité, les acteurs de la société civile, les journalistes trop bavards, les opposants intrépides. Il y en a qui sont en prison pour avoir voulu manifester pacifiquement, n’ayant d’arme pour se défendre que la parole. Cependant, un journaliste qui gêne, devait, sous la responsabilité exclusive et historique du ministre de l’Intérieur Bazoum Mohamed, être expulsé du pays, abandonné sur une frontière, sans destination.

Brutalité dans la rue…

Le Niger est aujourd’hui un pays instable. L’instabilité a atteint un seuil qui inquiète quand on sait c’est l’ensemble du pays qui bouge et surtout c’est dans l’ensemble du pays que l’on peut entendre des hommes et des femmes, des jeunes et des travailleurs gémir, endurant depuis des années des malaises pour lesquelles, le président ne sait pas les écouter. Chaque deux semaines, en effet, la société civile appelle à manifester, agitant les rues des capitales régionales du pays. Dans un pays où l’agitation ne faiblit pas et où l’indifférence et les réactions provocantes des gouvernants ne font que renforcer les colères populaires, il va sans dire que les partenaires ne peuvent qu’être réticents à investir dans un tel pays, toute chose que Condé aura compris, pour avoir le geste sage et magnanime que l’on sait et qui a permis de désamorcer la bombe sociale en apaisant la tension dans son pays. Celui-ci a compris que dans le désordre, personne ne peut gagner et surtout pas un pouvoir prêt à faire feu de tout bois. Mais la brutalité politique d’un régime qui ne mise plus que sur la force bestiale, brute et brutale, n’est pas que dans la rue. Elle est allée au cœur de la famille, tenue jusque-là à l’écart de nos différends et de nos divergences.

Brutalité dans les familles

Comment ne pas se plaindre de cette attitude de socialistes qui ne savent pas respecter la famille, l’enfant, les socles d’une société tenue solide jusque-là par le ciment des liens matrimoniaux que rien ne peut permettre de délégitimer, de profaner. Combien sont-elles d’ailleurs ces familles qui vivent aujourd’hui les douleurs de la stigmatisation de la part d’un pouvoir qui en a fait un moyen pour gérer ses relations politiques avec les autres et tant pis si cela ne devait pas se faire dans le respect des normes minimales édictées par les procédures. Ainsi, a-t-on vu des socialistes « marcher » sur des corps frêles d’enfants, pour atteindre des parents, offert à la raillerie d’une société qu’on croyait pouvoir instrumentaliser, oubliant qu’elle tient au respect des valeurs de respect, d’humanisme et d’altruisme qui l’ont toujours définie. Alors qu’on pensait que l’échec et l’irritation suscitée par le colportage de cet dossier répugnant de supposition d’enfants concocté dans les officines politiques du système pour faire mal à un homme, allaient pousser le régime à tirer les leçons de l’instrumentalisation de tels sujets au goût fade, on se rend compte avec l’affaire Baba Alpha qu’il n’en démord pas et continue à se servir de telles veuleries pour espérer survivre à ses déboires.

Baba Alpha, une histoire humiliante qui nous rabaisse…

Le Niger est une terre d’accueil, de fraternité, une terre où, même celui qui vient de loin, est reçu comme un frère, jamais comme un étranger. Comment d’ailleurs, peut-on croire qu’un homme né dans ce pays, avec une épouse nigérienne, avec des enfants nés de ce mariage, un homme qui n’a connu de pays que le Niger, puisse-t-il être chassé de ce pays comme un malpropre ? Quel danger peut-il être pour ce pays pour vouloir l’écraser, l’envoyer vadrouiller dans un monde inconnu, fait d’insécurité et d’incertitude ? Pourquoi donc l’homme nigérien est-il devenu si méchant ? Faut-il espérer que le président entendra son conseiller qui l’appelle à refuser de porter cette souillure qu’un autre voudra lui faire porter ? Faut- il, parce qu’on n’a de métier que de parler et de critiquer souvent, mériter autant de venin, autant de blessures sur une conscience pacifique ? Ce geste maladroit du ministre Bazoum nous honnit et jette l’opprobre sur un pays et sur sa réputation. Pourtant, cela ne fait pas longtemps que le Niger courait au Rwanda avec un président qui se faisait l’artisan de l’instauration de la zone de libreéchange continentale qui lui donnait beaucoup de fierté. Peut-on aujourd’hui convaincre ses paires, qu’il est un héraut du panafricanisme, de l’intégration même à la dimension de la CEDEAO dont peut se réclamer Baba Alpha ? Et que fait-on de sa femme, nigé- rienne, de ses enfants nigériens aussi forcément ? Leur pays tientil compte d’eux, lorsqu’il bafoue un homme qu’ils ont choisi, un mari et un père qui a quand même des droits dans le pays de ses enfants qui est aussi le pays qui l’a vu naî- tre et dans lequel, il s’est formé et construit une carrière ? Pour quel zèle, aura-t-on alors signé la montagne de la table ? Est-ce par mégalomanie ? Ce geste tient-il compte des ressortissants Nigé- riens qui vivent ailleurs en terre africaine ? Et Dieu sait combien ils sont nombreux à travers le continent. D’ailleurs, le Gabon a-t-il extradé le Nigérien qui avait attaqué des touristes européens dans le village artisanal de Libreville ? Sa faute est pourtant plus grave. Et pourtant, le Gabon était resté serein, la tête sur les épaules, rassurant les étrangers qui vivent sur son territoire ! On ne gère pas un État sur un coup de tête, camarades Socialistes ! Baba Alpha n’est pas un homme dangereux. C’est un frère. C’est un journaliste ! Comment des hommes qui disent commercer avec des terroristes qui se rendent, peuvent-ils ne pas être capable de comprendre un journaliste dans son travail qui ne l’oblige pas à plaire à un autre ? Mais il ne faut pas croire que la Renaissance ne brutalise que les enfants qu’elle ne reconnaît pas. D’autres enfants du pays, à l’image de ces jeunes commerçants et enseignants, face aux harcèlements d’un système, ont complètement oublié souvent qu’ils sont aussi des Nigériens. En détruisant leurs commerces, on les envoyait dans la poudrière de la société.

Brutalité à l’école…

Élèves, étudiants, enseignants, ont connu des situations difficiles sous la Renaissance. Dans les rangs des premiers on a même tué et pire, après plus d’un an, l’on ne voit aucune volonté de faire la lumière sur le lâche assassinat de Bagalé. Et bien de Nigériens se demandent, si lui aussi est mort inutilement ? Peut-on se servir de son âme pour le monnayer contre du confort par lequel on pourrait aujourd’hui entretenir ceux qui doivent défendre sa mémoire ? L’USN et l’UENUM, peuvent-elles se soustraire à leur devoir générationnel pour se contenter, comme pour les autres du 9 février 90, de commémorations fastueuses aux frais de la princesse, abandonnant l‘exigence de vérité ? Ces questions graves doivent interpeller ceux qu’on pousse sous les feux des bâillonnâtes, sacrifiés presque inutilement, pour verser après des larmes de crocodile. Les enseignants, ne sont pas plus heureux. Sous la Renaissance, ils vivent l’enfer. Ils ont connu la galère, la persécution, l’humiliation. On a dit au monde entier qu’ils sont les pires de la terre.

Être enseignant au Niger, la pire des humiliations ? Sacré socialisme !

Alors que l’homme est à protéger, que l’économie est à renforcer, le régime mettait toute sa hargne pour les bousculer aussi, poussant tous à la faillite, heureux d’avoir fait payer à des enfants de la nation, leur liberté de choix porté sur un autre. Ils devaient payer pour leur opinion. Ces princes ont vraiment de petits cœurs…

Brutalité dans l’économie

Sans état d’âme, comme aimait à le dire le « pleureur » qui souffrait de perdre un poste, avec toute une armada, alors que la marie de l’époque manquait même de moyens pour payer régulièrement ses agents, on détruisait boutiques et kiosques qui, selon les embellisseurs de Niamey, encombraient la capitale et salissaient la nouvelle ville-lumière qu’inventait le socialisme. Des hommes avaient pleuré en voyant leur fortune soulevée dans la poussière des pelleteuses méchantes et des bulldozers arrogants. Des centaines de boutiques furent ainsi dé- molies, laissant les débris désolés d’un vandalisme organisé, et dans les poussières soulevées par les cynismes calculés d’hommes prétendument de Gauche des hommes et des femmes, des jeunes surtout dans le désarroi, dé- sormais sans emploi, s’ils ne sont pas dans l’errance, reprenant les durs chemins de l’exil, allant se chercher ailleurs quand leur pays ne sait plus les protéger et les aimer.

Face à tant de brutalités, l’instabilité s’installe et se corse dans le pays avec aujourd’hui une éducation en crise, une économie exsangue, une situation politique fragile et explosive, une vie sociale agitée.

Basculement vers l’extrémisme…

L’extrémisme s’installe dans tout le pays. Les gouvernements qui ne peuvent plus être capables d’écouter optent pour la brutalité dans la gestion de leurs conflits avec les différentes couches de la société. Et l’on ne fait qu’arrêter et emprisonner, incapable d’entendre même ceux qui, loin des tropiques s’en indignent pour le respect des droits humains dans le monde et notamment dans toute démocratie. Et l’image de la Renaissance en pâtit, perdant de son aura dans le monde que n’ont pu préserver que ses connivences avec un Occident qui a cherché vainement à travers le continent des partenaires africains dans « sa » lutte contre le terrorisme et l’immigration que soutient finalement le seul régime nigérien avec un larbinisme qui frise la servilité. Les classes sociales en lutte, lorsque les gouvernants ne peuvent pas les écouter, n’ont de choix que de se radicaliser elles aussi, s’offusquant d’interdictions qui, s’il faut s’en tenir à leur « légalité » brandie, ne peuvent jamais permettre aux Nigériens de se battre pour leur dignité. Dans le choix de la lutte, les acteurs nigériens de la société civile sont aujourd’hui rassurés que le monde observe la situation dans le pays et l’apprécie. Depuis, bien de partenaires ont compris qu’il est difficile de considérer que le Niger est aujourd’hui une démocratie. L’Allemagne et l’Amérique commencent à se démarquer d’une position complice pour avoir un dialogue avec d’autres structures nigé- riennes qui ne peuvent pas être la « minorité » à laquelle faisait allusion le président de la République. Amnesty International, Oxfam, l’UIP, Reporter sans Frontières, depuis des jours expriment leurs préoccupations par rapport à la situation des droits de l’homme au Niger où les libertés sont bafouées et menacées. La France se tait. Et les Nigériens regardent tous. Il y a trop de fronts alors que d’autres ne sont pas vaincus : la faim, la soif, le sous-développement, l’ignorance. Ce ne sont donc pas des défis qui manquent à la Renaissance pour ne s’inventer chaque jour que de nouvelles bagarres.

Et on continue à jouer de notre sort…

Walé

19 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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