Sanef 2018

Enquête sur la mort du Président Baré avant la lettre : « La crainte suit le crime et c’est son châtiment. » Voltaire

Enquête sur la mort du Président Baré avant la lettre : « La crainte suit le crime et c’est son châtiment. » VoltaireVoici ce que la fille du président Baré Rayana Alia Baré a écrit dans sa pétition lancée au mois de février 2018 « Depuis lors, l’Etat et son système judiciaire sont restés sourds à nos appels pour l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire la lumière sur cette triste page de notre histoire et celle de l’Afrique ! J’ose croire que le contexte international, actuellement en mutation en matière de justice, ne saurait tolérer qu’une telle omerta sur la Vérité persiste….»

Ainsi comment faire pour que cette brave, femme, puisqu’elle en est une maintenant, sache une partie de la vérité sur la mort de son père puisque la vérité dans l’absolu n’existe pas ?

Si chacun disait une partie de ce qu’il sait, il est possible d’approcher la vérité.

J’ai promis aux orphelins de me battre pour qu’ils sachent la partie qui me concerne. Aux autres acteurs d’en faire de même.

Puisque les acteurs s’en vont un à un, écrasés par les pieds du temps, je m’autorise l’interpellation d’un des acteurs majeurs de ce drame du 9 avril 1999. En l’occurrence Tahirou Albarka dit Guériel, un proche des proches du président Baré à l’époque, organisateur du fameux voyage sur Inatès, près de la frontière malienne en vue d’assister des réfugiés arabes, dont l’issue fut fatale.

Je lui donne ainsi l’occasion, par une lettre ouverte, de dire sa part de vérité avant que lui et moi soyons à notre tour appelés pour le voyage sans retour.

Lettre ouverte à Tahirou Albarka

Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

D'après Asma Bint Yazid (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la Prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit que « Celui qui défend l'honneur de son frère alors qu'il est absent, c'est un devoir pour Allah que de l'affranchir du feu ».

Nous sommes au-delà du 30ème anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara qui est en train d’être célébré par le monde entier sans que la lumière n’aie été faite.

Pour celui du Président Ibrahim Mainassara Baré (Paix A Son Âme), le 09 avril 1999, malgré un Arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO du 23 octobre 2015, les autorités actuelles du Niger refusent de faire la lumière. Cet assassinat du président Baré est un évènement tellement prégnant sur la vie de la nation qu’il ne saurait être passé sous silence, c’est pourquoi, au nom du devoir de vérité, 19 ans après sa mort et plus de deux ans après le verdict de la Cour de la CEDEAO non exécuté, j’ai le devoir de vous donner l’opportunité, après le président Tanja Mamadou, de dire votre part de Vérité sur votre rôle dans ces évènements douloureux du 09 avril 1999 en tant qu’acteur de premier plan, parce que réputé très proche du défunt président Baré et des militaires qui l’ont assassiné :

1)        Pour quelles raisons essentielles aviez-vous fait partie de cette coalition formée par un groupuscule d’officiers des Forces Armées Nigériennes alliés à des hommes politiques du pays qui avaient « selon la version présentée par la Famille Baré dans sa requête adressée à la Cour de Justice de la CEDEAO et non contestée par l’Etat du Niger », cherché des soutiens à l’étranger pour assassiner le président Ibrahim Mainassara BARE et imposer une élection présidentielle anticipée ?

2)        Pourquoi aviez-vous étrangement profité de votre proximité avec le défunt président Baré, selon cette version, pour le convaincre d’effectuer le voyage sur Inatès (près de la frontière du Mali) pour rendre visite à des réfugiés dans la matinée du vendredi 09 avril 1999 ?

3)        Quel lien vous unissait à l’Adjoint Chef de la garde présidentielle, le Commandant Abdoulaye Mounkaila, celui–là même qui avait été radié de l’armée suite à des accusations d’actes de déstabilisation portées contre lui par le régime du président Mahamane Ousmane et rappelé dans les rangs de l’armée par le président Baré ?

4)        Aviez-vous participé au plan des conspirateurs de l’assassinat consistant à abattre l’hélicoptère devant transporter le président Baré soit après son décollage de Niamey, ou en cas d’échec du premier scénario, de l’abattre par des éléments de la Garde Présidentielle spécialement dépêchés à Inatès par les commanditaires du crime ?

5)        Quand le Président Ibrahim Mainassara BARE avait fait venir dans son bureau le Commandant Abdoulaye Mounkaila, le 9 avril 1999 vers 9h30 pour l’informer de ce qu’il était au courant de ce qu’il projetait et lui avait demandé d’aller à l’aéroport pour voyager en sa compagnie. Sachant ce qu’il risquait, il s’était enfui avec la complicité du chef de la sécurité rapprochée du président ce même Tilly Gaoh (paix à son âme), vous avait-il informé immédiatement par téléphone ou Talkie-walkie ?

6)        Est-ce pour maquiller le crime que le voyage sur Inatès où vous vous êtes rendu la veille et/ou le matin du 09 avril 1999 a été organisé, selon les versions de plusieurs témoins, dans cette localité devait se dérouler la séquence de votre plan initial consistant à abattre l’hélicoptère du président Baré piloté par deux officiers Burkinabè à l’amorce de son atterrissage ?

7)        Etiez-vous en embuscade le 09 avril 1999 dès votre retour d’Inatès dans l’après-midi de l’assassinat du président Baré, au CEG 5 face à mon domicile à la tête de 4 véhicules 4X4 pickup surmontés d’une automitrailleuses 12,7 mm en train de guetter mon arrivée après un passage infructueux d’un commando à ma recherche à la clinique Pasteur et au domicile de mon beau-frère avec pour ordre de tirer à vue ?

8)        Est-il vrai que vous étiez entré dans une colère noire et aviez vociféré quand ledit commando chargé de tirer à vue sur ma personne est venu vous dire qu’il n’avait pas pu remplir sa mission ?

9)        Etiez-vous de ceux qui avait inspiré le discours radio télévisé du premier ministre Ibrahim Assane MAYAKI, lu vers 15 heures, le 09 avril 1999, jour de l’assassinat, affirmant que le président Baré est mort « suite à un accident malheureux » en conformité avec votre plan consistant à abattre l’avion d’une roquette au décollage de Niamey ou à l’atterrissage à Inatès, information qu’il a démentie par la suite dans une interview à Jeune Afrique en reconnaissant qu’il avait menti « pour éviter un bain de sang » ?

10)      Aviez-vous fait appel aux autorités pour disposer des deux (2) pilotes Burkinabé de l’hélicoptère devant piloter dans le but d’endormir la vigilance du président Baré puisqu’ils devaient être sacrifiés en même temps que le président Baré selon vos plans initiaux consistant à abattre l’hélicoptère au décollage ou à l’atterrissage ?

11)      Pourquoi étiez-vous aux côtés du « Boucher de Yélou » quand le dimanche 11 avril 1999, il a été proclamé Président du Conseil de Réconciliation Nationale (sic !) et Chef de l’Etat ? Comment vous êtes-vous retrouvé en avril 1999 dans la première délégation en partance pour Tripoli pour expliquer l’assassinat du président Baré ?

12)      Pouvez-vous me dire aujourd’hui, pourquoi après m’avoir confié maintes fois et affirmé au détour d’une conversation à Dakar où vous m’aviez retrouvé en 1994 parlant de votre désir de renverser le président Ousmane « Ir borey si té. Ni béré hiné no gahin ga hayfo té » (« nos gens sont des incapables. Seul ton frère est capable de quelque chose ») parlant des officiers proches de vous, pour finalement après le coup d’Etat du 27 janvier 1996, vous présenter comme le concepteur et l’alpha et l’omega de ce coup d’Etat et vous vanter chaque fois que vous vous trouvez devant un public crédule en faisant croire que c’est vous qui aviez fait le putsch ?

13)      Pourquoi aviez-vous espéré naïvement que le président Baré allait arracher l’Imprimerie Nationale du Niger-INN de Mamane Abou réputé être proche de Mahamane Ousmane pour vous la remettre ?

14)      Pourquoi en avoir voulu à mort au Président Baré parce qu’il avait refusé en 1998 de « faire arrêter » Youri, votre propre demi-frère cadet, en proférant les menaces les plus graves à mon domicile, parce que vous aviez des problèmes avec lui ?

15)      Pouvez-vous aujourd’hui expliquer à l’opinion nationale, dont Sanoussi Tambari Jackou en face de qui à plusieurs reprises vous aviez exprimé publiquement la volonté de vous débarrasser du Président Baré en tenant des propos désobligeants sur lui, et qu’à chaque fois que vous aviez été dénoncé, vous aviez démenti, comme toujours, pour le rassurer et surtout pour faire relâcher la surveillance exercée sur vous à chaque fois que vous étiez dénoncé ?

16)      Pourquoi à votre domicile où je m’étais rendu pour vous présenter des condoléances suite à la perte de votre fils dans le crash du C 130 de l’armée le 16 avril 1997, et des propos désobligeants sur le président Baré que aviez tenu en début du mois, aviez-vous tenté de me rassurer en jurant que vous-même et vos deux autres complices officiers auteurs de l’assassinat, étaient très attachés au Président Baré ?

17)      Etiez-vous partie prenante d’un coup d’Etat qui était prévu pour être déclenché par vos intimes dans la nuit du 3 novembre 1997 pendant que le président Baré séjournait à Hanoi (Vietnam) dans le cadre du sommet de la francophonie et dont j’avais été alerté en pleine nuit par le Ministre M. Sanoussi Tambari Jackou arrivé à mon domicile, ce qui a permis de le mettre en veilleuse (c’est l’intéressé lui-même qui avait annoncé publiquement cet épisode) ;

18)      Etiez-vous partie prenante d’une tentative d’assassinat du président Baré à son retour d’un séjour à Hanoi en novembre 1997 dans le cadre du sommet de la Francophonie soit en faisant abattre son avion à sa descente à l’aéroport de Niamey soit en l’éliminant à son arrivée à la résidence, tentative dont j’avais été alerté dans la matinée par un membre de la sécurité de la famille du président, c qui m’avait incité à me rendre à la résidence pour demander à la présidente de ne pas bouger du palais, alors que les conspirateurs lui avaient demandé de rentrer chez ses parents ?

19)      Etiez-vous partie prenante des deux dernières tentatives d’assassinat du président Baré consistant à abattre l’avion présidentiel « Monts Bagazane » à l’amorce de sa descente sur l’aéroport de Niamey à son retour d’une visite officielle de Cuba en mars 1999, ou alors à son retour de Pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam, le vendredi 02 avril 1999 ?

20)      Pourquoi ne voulez-vous pas enfin avouer à l’opinion qu’en dépit de vos fanfaronnades vous et vos amis militaires n’aviez jamais pu affronter réellement le président, puisqu’à chaque fois que vous vous êtes retrouvé face à lui vous vous étiez systématiquement déculotté. La preuve n’a-t-elle pas été faite puisque certains connus pour jouer les officiers courageux n’ont pas hésité à se fondre dans une équipe…de football en partance pour l’étranger pour échapper au courroux du Commandant Salou Djibo qui venait de prendre le pouvoir en 2010 ?

21)      Comment aviez-vous pris les propos d’un officier opportuniste qui était votre complice actif et acteur de la transition (Secrétaire permanent du CRN) et qui, face à la mauvaise tournure prise par les évènements avait fini par tenter de vous lâcher, toi et ton ami, en disant dans une interview dans un journal de la place : « je n’étais pas au courant des évènements, puisque j’étais au terrain de football de la Caserne Bagagi Iya avec M.B », attitude qui n’avait pas manqué de choquer « Le Boucher de Yélou » qui, au détour d’une interview accordée à un hebdomadaire de la place au début de la transition en 1999, avait fini par traiter les deux officiers de lâches ?

22)      Pouvez-vous nous confirmer que vous aviez participé à la conception du plan lors d’une réunion qui consistait à faucher le Président BARE par des tirs de mitrailleuses montées sur des pick-up lorsqu’il passerait en revue la garde d’honneur et rejoindrait son hélicoptère de sorte qu’il fut d’abord atteint dans le dos ?

23)      Avez-vous une seule fois rendu visite aux familles du Président Ibrahim Mainassara BARE, de son chauffeur, le Sergent Mallam Souley Kané Abdou, du Lieutenant Harouna Abdou Idé, l’officier des FAN qui lui rendait les honneurs de S.E Ali Sahad, Consul du Niger à Sebha en Lybie au moment des faits et ami du Président ?

24)      Aviez-vous assisté aux obsèques de votre ami rappelé à DIEU le 15 septembre 2004, soit exactement 5 ans, 5 mois, 5 jours après le président Baré ?

25)      En tant que proche du président Baré, qu’aviez-vous fait, une fois le crime accompli et que les membres de la garde présidentielle eurent abandonné le corps du Président sur le tarmac de l’aéroport ?

26)      Aviez-vous été interrogé par les gendarmes lors de l’enquête sommaire menée en 48 heures (2 jours) par la Gendarmerie Nationale en août 1999 à demande insistante de l’Union Européenne ?

27)      Pouvez-vous rappeler à l’opinion, l’identité des hommes politiques, véritables commanditaires de l’assassinat qui sont entrés en contact avec vous dès le premier jour de l’assassinat ?

28)      Le premier qui vous avait contacté pour se réjouir de l’assassinat du président et vous féliciter d’avoir « scier le Baobab » n’est-il pas celui que tout le monde garde à l’esprit, qui vouait et voue encore une haine viscérale à l’endroit de Baré au point de faire un traitement différencié en défaveur de la veuve Baré ?

29)      Le candidat à la présidence que le « Boucher de Yélou » avait fortement soutenu grâce à vos conseils pendant la durée de la transition, vous avait-il inspiré dans votre projet d’éliminer physiquement le président Baré ?

30)      Quel bilan faites-vous de l’assassinat du président Baré pour le développement de vos affaires puisque dans votre cas, comme vous l’aviez toujours exprimé avant l’assassinat c’était le véritable mobile du crime ?

31)      Etes-vous de ceux qui, comme les autorités actuelles, ne veulent pas de l’ouverture d’une enquête indépendante sur la mort du président Baré ?

En tant qu’acteur majeur de l’assassinat du Président Baré, le peuple nigérien, les parents amis et connaissance du défunt et au-delà, la communauté internationale attend vos réactions, puisque c’est inévitable, nous sommes tous appelés à quitter ce bas monde.

Si vous choisissez de garder le silence, je vous rappellerai « qu’on ne peut jamais être neutre. Le silence est une opinion », comme l’a dit Henri Moret le célèbre peintre.

Je m’en tiens pour le moment à ces seuls propos, d’autant plus que mon long séjour dans le beau pays de la Téranga m’a enseigné que « la Sagesse recommande de ne pas dire tout ce que l’on sait ».

A Niamey, le 09 avril 2018

Djibrilla Mainassara Baré

Ancien Conseiller spécial du Président B

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