Amères vérités : La vérité est amère, mais elle est bien meilleure au mensonge

Amères vérités : La vérité est amère, mais elle est bien meilleure au mensonge En constatant le flegme avec lequel maître Souna Issaka a présenté les perspectives électorales dans notre pays aux partenaires électoraux, on se rend compte tout de suite que l’homme n’est ni à sa place ni porteur d’idéal pour son pays. Parfait dans son rôle, il s’est attribué les bonnes intentions dont savent user tous les trompeurs de ce monde. « L’enfer, dit-on, est pavée de bonnes intentions ».Maître Souna est donc porteur de bonnes intentions, d’excellentes intentions, comme ce bonhomme qui, à la veille du 57e anniversaire de la République, nous a dit ces mots : «L’autre garantie de la transparence des élections, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, réside dans mon engagement, mes convictions et mon parcours politique ». Eh bien, c’est ce même bonhomme, qui s’est rendu coupable de hold-up électoral en mars 2016, et qui n’a pas ressenti la moindre gêne pour paver toutes les rues du Niger de grosses affiches sur lesquelles on pouvait lire « Je vous remercie pour votre confiance renouvelée », qui a désigné, en dehors de toute procédure consensuelle, une tradition de la classe politique nigérienne, maître Souna. Pour faire quoi, à votre avis ? L’analyse est claire. Mahamadou Issoufou, pour ne pas le citer, a perpétré un hold-up électoral pour se maintenir au pouvoir. Il place aujourd’hui sa confiance en la personne de maître Issaka Souna pour présider une commission électorale qui, Ibrahim Yacoubou l’a si bien dit, aurait mieux fait de proclamer déjà les résultats des élections à venir.

Ainsi, maître Souna est l’homme désigné par Mahamadou Issoufou qui n’est plus crédible pour parler d’élections démocratiques. Il n’y a donc pas de doute qu’il roule pour Mahamadou Issoufou, comme on ne saurait douter, un instant, qu’un Ousmane Ly, directeur adjoint de l’Informatique et du fichier biométrique, roule pour Mahamadou Issoufou et le Pnds Tareyya. Tout comme il ne viendrait à l’esprit de personne de douter qu’un Moussa Ladan ou qu’une Mariama Katambé roule pour Mahamadou Issoufou et le Pnds Tareyya ?

Maître Souna veut faire croire à son monde que son objectif est d’organiser des élections crédibles, c’est-à-dire transparentes, libres et honnêtes, dont toutes les parties accepteront les résultats. Mais il ne se rend même pas compte qu’il dirige une commission unicolore, totalement acquise au Pnds Tareyya ; que seule la mouvance présidentielle est d’accord avec le code électoral et que l’opposition, les partis non-alignés et la société civile contestent cette loi taillée sur mesure ; que l’organisation d’élections sur la base de règles non consensuelles est susceptible de plonger le Niger dans le chaos ; que le pays est déjà si fragile pour accuser le coup, peut-être fatal, d’une crise électorale et/ou post-électorale ; que les toubabs à qui il s’est adressé ne sont ni préoccupés par ce qui adviendrait ni par les conséquences sur le Niger qui a consacré tant d’années et d’efforts pour construire l’unité et la cohésion sociale de ses fils. Bref, maître Souna semble trop aveugle, trop passionné par ses liens historiques avec le Pnds Tareyya, pour s’apercevoir qu’il veut arbitrer un match de football alors qu’il n’y en a qu’une seule sur le terrain et que les supporters de l’équipe adverse à celle qu’il veut «aider» risquent fort de ne pas l’accepter.

En vérité, en voulant conduire le processus électoral tel que l’entend Mahamadou Issoufou et non tel que le lui exige les principes de neutralité liés à la vocation d’une commission électorale nationale INDEPENDANTE, maître Souna n’est pas plus que le président de la commission électorale du Gondwana. Sa mission, comme au Gondwana, est de faire gagner le bien-aimé président fondateur. Les partenaires électoraux ? De simples amuseurs de galerie qui profitent en pareilles circonstances, de vendre des biens ou d’acquérir des marchés au profit de leurs pays en échange de leur silence, voire de leur soutien ferme à l’usurpation du pouvoir souverain du peuple. Maître Souna est dans cette posture psychologique, se disant que, tant que les pays occidentaux, la France en l’occurrence, le Pnud et tous les autres partenaires accepteront le deal, il peut mener cette mission sans risque. C’est malheureux !

Dans cette tragédie du peuple nigérien, qui a fait la preuve, à travers les manifestations populaires contre la loi des finances 2018, que le régime actuel est impopulaire, c’est d’abord la France qui fait HONTE. Cette France qui a tordu le bras à notre pays, comme tant d’autres, pour mettre un terme aux manières violentes de dévolution du pouvoir en optant pour la démocratie, mais qui soutient l’usage de la force, de la fraude et de l’usurpation des suffrages populaires, pour peu qu’elle lui tende à manger.

Cette France fait honte à son histoire et à son peuple. En fermant les yeux sur la bouffonnerie électorale en perspective au Niger, comme elle l’a fait déjà en 2016 sous François Hollande, la France nous enseigne quelque chose de pathétique : elle n’a aucune vraie valeur en dehors de profits cupides et de richesses accumulées sur la misère organisée et planifiée grâce à la complicité de ceux qui sont prêts à tout pour gouverner. Elle n’a aucun souci pour notre peuple qui peut bien périr, de guerre civile comme de pauvreté, de famines et de soif, etc.

Il faut bien qu’on se comprenne. La France n’est pas le Niger et Emmanuel Macron, tout comme François Hollande, hier, ou encore Nicolas Sarkozy, travaille à faire manger et à faire boire son peuple, soit-il au prix de libertés et de vies humaines d’ailleurs, particulièrement lorsqu’il s’agit « de peuples qui ne sont pas entrés dans l’histoire ». C’est dire que la démocratie, tout comme la justice et l’Etat de droit, ne seront réinstaurés que par des Nigériens. C’est aux Nigériens de se battre pour remettre les pendules à l’heure comme on dit et de faire la preuve que le Niger, c’est d’abord l’affaire des Nigériens. Chacun, dit-on, se bat pour sa chapelle. Si les Français se battent pour la France, les Nigériens doivent se battre pour le Niger.

La vérité est amère, mais elle est bien meilleure au mensonge. La frange des Nigériens opposés au régime actuel est certainement plus importante que celle qui le soutient. Tout le monde sait que Mahamadou Issoufou et les siens ont ruiné le Niger et que, pour le reconstruire et donner de nouveaux espoirs aux Nigériens, il faut bien qu’ils débarrassent le plancher. Non seulement ils n’ont pas réussi à consolider les acquis, mais ils ont pratiquement tout concassé : l’école et la santé publiques, l’économie, la cohésion sociale, voire l’unité nationale contre laquelle Sanoussi Jackou, dans une totale impunité, n’a pas hésité à s’attaquer par voie de presse.

Tout le monde sait que le Niger est totalement bloqué et que ceux qui le dirigent n’ont aucune recette pour le sortir des difficultés extrêmes dans lesquelles ils l’ont plongé qu’une vulgaire politique d’endettement qui compromet dangereusement, d’année en année, toutes capacités d’investissement dans les secteurs sociaux de base. L’école, la santé, l’hydraulique sont ainsi délaissées tandis que des individus sans scrupule sont en train de facturer 9 kilomètres de route en ville à 22 milliards contre 11 milliards pour 139 kilomètres de route reliant deux villes (Niamey et Dosso). N’est-ce pas criminel ? N’est-ce pas encore plus criminel de cautionner et de soutenir de tels crimes ? Si maître Souna arrive à accomplir sa mission, attendez-vous au pire. Et pas uniquement au plan financier.

BONKANO  

13 juin 2018
Publié le 28 mai 2018
Source : Le Canard en Furie

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