Amères vérités : Mahamadou Issoufou n’est pas un démocrate. Il ne l’a pas été hier, il ne le sera sans doute jamais

Amères vérités : Mahamadou Issoufou n’est pas un démocrate. Il ne l’a pas été hier, il ne le sera sans doute jamaisLe Président Mahamadou Issoufou est-il un homme de parole ? Il est présenté ainsi par ses affidés, mais à la vérité, il n’a servi à ses compatriotes que la preuve du contraire. Après l’avoir écouté lors de son point de presse commun avec le Président français, l’on ne peut que rester dubitatif. Au Niger, c’est certain, l’homme n’a pas convaincu grand-monde lorsqu’il a dit qu’il en modifiera pas la constitution et qu’il ne briguera pas un troisième mandat. Et pour cause ? Il a fait la même profession de foi en décembre 2015, en affirmant à la face du monde qu’il mettrait un point d’honneur à contribuer à l’expression libre des suffrages du peuple nigérien et à l’organisation d’élections inclusives ; qu’il ne cautionnerait pas l’organisation d’élections tropicalisées pour ne pas dire truquées ; qu’il considérerait des élections mal organisées comme un échec personnel et qu’il ne serait jamais à la base d’un travestissement de l’expression de la volonté populaire ».Tout le monde sait qu’il n’a jamais tenu parole. Tout le monde sait ce qu’il a fait. Alors, pourquoi le croire aujourd’hui ? De toute façon, la question n’est pas là ; elle est ailleurs. Mais, auparavant, suivez la logique du Président Issoufou et vous comprendrez le rapport véritable de l’homme avec la démocratie et les élections. Mahamadou Issoufoua dit en substance ceci : « Je suis un démocrate et la preuve, c’est qu’en 2021, je m’en irai, je ne briguerai pas de 3e mandat ». Il serait un démocrate parce qu’il ne briguerait pas de 3e mandat en 2021. Drôle de logique ! Un démocrate qui a tout de même fait un hold-up électoral et qui incarcère adversaires politiques et acteurs de la société civile mal-pensants. À Paris, Mahamadou Issoufou a déclaré qu’il existe, au Niger, deux catégories de sociétés civiles : une qui serait pro-démocratique, entendez par-là qui le soutient fermement et un autre qui serait putschiste, c’est-à-dire qui défendent tout autre chose que sa vision du Niger. Il est donc clair que Mahamadou Issoufou est un démocrate d’un autre genre et qu’il se carricature lui-même comme étant de la famille de ces chefs d’État qui donnent toute pertinence au Gondwana de notre compatriote Mamane. Pour les Nigériens, il est clair que Mahamadou Issoufou n’est pas un démocrate ; il en est un de façade qui a utilisé les oripeaux de la démocratie pour se hisser là où il est. Une station où il a révélé, par les actes et non par les discours, ce qu’il est pour la démocratie.

La question, disions-nous, n’est pas de savoir si Mahamadou Issoufou s’en ira en 2021 ou pas. Son propos, comme toujours, est d’essence propagandiste pour les dirigeants français.
La question, au Niger, est ailleurs, dans ses rapports avec le processus électoral. Si Mahamadou Issoufou n’a pas le droit de se représenter pour un 3e mandat, a-t-il le droit d’influer sur le processus électoral afin que soit élu un homme de son choix et non du choix du peuple souverain ? Telle est la problématique à laquelle est confronté le Niger. Face à la volonté de Mahamadou Issoufou d’imposer un code électoral et une commission électorale acquise à sa cause, des fronts d’opposition, composés de partis politiques et d’organisations de la société civile, entendent imposer les conditions d’un jeu électoral consensuel, libre et transparent. La confrontation est inévitable. D’une part, Mahamadou Issoufou et ses proches qui entendent s’appuyer sur les moyens et ressources de l’État (forces de l’ordre) pour imposer un processus électoral apte à leur garantir des victoires électorales qui les mettraient à l’abri de poursuites judiciaires ; d’autre part, les opposants à cette volonté dont les rangs grossissent au fil du temps et qui seraient prêts, cette fois-ci, à laisser s’il le faut, leurs vies pour que triomphent la volonté populaire. Le Niger s’achemine, donc, vers des rivages pleins de périls. Pourquoi Mahamadou Issoufou est en droit de penser qu’il va réussir à faire du processus électoral ce qu’il veut ?

D’abord, parce qu’il a réussi un hold-up électoral sans jamais faire face à une opposition véritable, ni au Niger ni à l’extérieur.
Ensuite, parce qu’il pense qu’avec le soutien ferme de Paris, notamment, il peut violer les lois de son pays, triturer les textes et imposer un processus électoral et une commission électorale qui feraient gagner l’homme de son choix.

Enfin, il est convaincu qu’en proclamant sa volonté de partir en 2021, conformément à l’obligation que lui en fait la constitution nigérienne, la France, notamment, lui laisserait carte blanche pour organiser les élections selon ses desiderata.

LE Niger et les Nigériens ? Ils n’ont jamais représenté grand-chose pour Mahamadou Issoufou. Il ne se préoccupe pas de penser à la façon dont ils pourraient réagir à une seconde usurpation de leurs suffrages. Il a pour cela la police, la garde nationale et la gendarmerie qui savent que tuer un manifestant désarmé n’est pas une source d’inquiétude puisque son auteur est couvert de l’onction politique. Autant dire que la police, la garde nationale et la gendarmerie ont eu, à ce propos, une prime d’encouragement à persévérer dans cette voie depuis qu’un gendarme a froidement tué l’étudiant Malla Bagalé sans jamais rendre gorge.

Le mois de Ramadan est une période de cessation des hostilités. Il est prévisible, avec la révélation des activités clandestines de la commission électorale de maître Souna qui a procédé à une commande d’actes d’État-civil, y compris des registres d’actes de décès, dans la plus grande discrétion, que l’on assistera à une levée de boucliers au lendemain de la fête. Les déclarations et les manifestations se succéderont et bien malin sera celui qui peut dire, aujourd’hui, de quoi demain sera fait. Mais une chose est sûre, les Nigériens ont acquis la certitude qu’il leur revient de se battre pour leur liberté et leur souveraineté.

Si Mahamadou Issoufou n’est pas prêt à finir comme Mamadou Tanja, il est toutefois déterminé à faire en sorte que son successeur soit un «gardien de la maison» ; un homme lié à son destin, c’est-à-dire qu’il aura à répondre de ses actes en cas d’alternance à la tête de l’Etat. Lorsqu’un homme est trempé dans une affaire de 200 milliards, il ne peut que partager l’idée de rester indéfiniment au pouvoir ou de le garder d’une façon ou d’une autre.

Lorsqu’un homme est impliqué dans la braderie des ressources pétrolières ou dans le gâchis de Gorou Banda, il ne peut qu’adhérer à l’idée de trouver un moyen d’empêcher l’alternance à la tête de l’État. Lorsqu’un homme a usé comme bon lui semble des ressources financières de l’ARTP, de la BAGRI, de la BIA, de la CAIMA, de la SOPAMIN ou encore des 1000 milliards d’Eximbank, des 50 milliards du Congo, de ces surfacturations aussi scandaleuses que méprisables, il ne peut que chercher à exposer le peuple à des périls en pensant pouvoir se tirer ainsi d’affaire. Mahamadou Issoufou n’est pas un démocrate. Il ne l’a pas été hier, il ne le sera sans doute jamais.

17 juin 2018
Source : Le Canard en Furie

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