Perversion de la société nigérienne : Un exploit du système

Image d'illustrationImage d'illustrationA l’Etat actuel du pays et la situation de détresse profonde dans laquelle végètent les populations nigériennes qui n’arrivent pas à se remettre encore de leur déception. L’école est à terre, la santé en lambeaux, le monde rural oublié. L’initiative 3N est devenue tabou au point où les tenants du pouvoir ne l’osent même pas l’évoquer Que dire alors des autres secteurs ? La preuve de l’échec du système mis en place par Mahamadou Issoufou et ses camarades marxistes léninistes, admirateurs de Staline l’exterminateur, est administrée par eux-mêmes. Leur agitation, la fébrilité et la peur qui les tenaillent, à la moindre évocation d’un meeting ou une déclaration de l’opposition, joints aux faux bilans truffés de chiffres gonflés à dessein, montrent à suffisance qu’ils sont conscients de leur échec. Ils savent que les faux bilans qu’ils dressent ne convainquent personne, à commencer par eux-mêmes. C’est pourquoi ils ont peur des élections, peur d’affronter les opposants. Ils savent avoir perdu le peu de crédit et de légitimité qui leur restaient par défaut. Parce qu’ils ont passé tout leur temps à cultiver les contre valeurs au détriment des valeurs de démocratie et de civilisation, chères au peuple nigérien. Avec les camarades, devenus en quelques petites années d’exercice du pouvoir, des bourgeois compradores, préoccupés uniquement par l’accumulation primitive et accélérée d’argent , la trahison, la délation, le faux et le mensonge sont chantés à longueur de journée comme les valeurs cardinales qui doivent guider désormais les actions et comportements du nigérien. Les camarades ont réussi à faire croire et à faire accepter par une certaine frange de notre société que la politique est exempte de morale, que c’est le lieu de la recherche de l’intérêt personnel, et que la politique c’est le mensonge et la délation. Conscients d’être les pires dirigeants que le Niger ait connus, ils font entendre que les politiciens sont les mêmes. Ils chantent que la politique n’est pas une religion et qu’on est rétribué ici ou jamais. C’est ainsi que le système actuel, au lieu de cultiver le meilleur en chaque nigérien, a drainé certains de nos compatriotes à accepter l’idée que l’homme a un prix. Ils s’adressent à la partie animale de l’homme, faite d’intérêt égoïste, d’instincts. Curieusement, on a l’impression que cette catégorie acquise au discours réductionniste du régime est la plus nombreuse. En fait, c’est une infime minorité qui s’offre sur le marché pour ainsi dire. Seulement elle fait beaucoup de bruit. Dans cette catégorie nous avons les analystes on ne sait de quoi pour lesquels les employeurs eux-mêmes n’ont que mépris, analystes sortis de nulle part, et aussi ces vieux briscards de la politique dont certains ont été ministres, de hauts cadres accomplis, et des opérateurs économiques millionnaires depuis l’époque de Kountché et qui ne trouvent d’autre argument pour justifier leur adhésion au système qu’ils « ont faim ». C’est trop bas pour ces personnes pour lesquelles beaucoup de Nigériens avaient pourtant du respect. Le point commun aux guristes et à leurs suppôts c’est l’argent. « By any means », comme dirait l’autre. Et pour ce faire, pas de morale qui tienne. Et les textes de la République ne sont pas la parole de Dieu, soutiennent-ils. Comme s’ils ont un quelconque souci pour la parole de Dieu.

L’on sait que celui qui respecte la parole de Dieu respecte le bien public, le bien de l’autre, la personne humaine et le droit. Mais chez nos démocrates croisés nouveau genre, des employeurs jusqu’aux palefreniers, il faut se remplir les poches. Le plus vite serait le mieux, au point où les défenseurs d’antan de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit, de l’efficacité de la dépense publique et la reddition des comptes, ont même honte d’eux-mêmes. Il y a de quoi, parce qu’ils ont perdu cette fierté qui permet de parler et dire ce qu’on veut à l’autre parce qu’on ne se reproche rien.

En fait, les guristes se révèlent de la même trempe que Zakou Djibo dit Zakai, qu’ils ont pourtant « traîné dans la boue » pendant plus de 10 ans, et ils l’ont stigmatisé comme le symbole achevé de la mal gouvernance des régimes précédents. Les uns l’on t traité de « voleur national », les autres ont même demandé de le « fusiller ». Et aujourd’hui ils vont ensemble. D’ailleurs ils vont si bien ensemble parce que de la même nature vorace. La perversion de la société nigérienne est un point où Issoufou a réussi. Mais, même là, ce n’est qu’en apparence. Car les nigériens sont jaloux de leur dignité, leur intégrité. Et tant pis pour ceux qui se vendent et ceux qui croient qu’ils peuvent acheter des hommes. Celui qui n’a ni bilan ni avenir et qui de surcroît a tenté de pervertir la société nigérienne a bien du souci à se faire. Les Nigériens dont la dignité et la fierté n’ont pas de valeur marchande, attendent au tourner. Et ça va inéluctablement tourner.
Gassarou

12 août 2018
Source : Les Courriers

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