Lutte contre l’insécurité alimentaire : L’Initiative 3N, un gros mensonge de plus…

Champs-Retour-Sorgho-Niger-Noma.jpgLe système Guri aime les formules à forte dose de sensation. De la force des arguments, on est allé à « frapper les morts pour effrayer les vivants » qui ne pouvait faire recette dans un pays de foi, puis à sa politique phare déclinée sous la formule tout aussi choc de l’Initiative 3N, et il n’y a pas si longtemps au fameux slogan qui a fait rire tout le Niger, à savoir « Kayi mun gani mun godé ». Tout est propagande et c’est sans doute aussi pourquoi, le régime peine à réussir et à rentrer positivement dans l’histoire. Il ne sait plus que ce n’est par des actes que l’on apprécie une gouvernance, non sur des discours de ce genre inspiré d’un populisme suranné. Peut-il ne pas savoir, tout en se réclamant du socialisme qu’il a alors perverti sous les tropiques, que c’est en améliorant la vie des populations, non en copinant avec les grands du monde, qu’il peut être apprécié des populations. Ainsi, avait-il eu tort de dresser un mur entre lui et le peuple, depuis que les portes du palais présidentiel lui étaient ouvertes, se barricadant derrière des barbelés avec routes scellées, vivant permanemment sous la psychose du renversement comme s’il ne devait pas croire à son élection, terré dans le bunker du pouvoir et se mettant sous la protection de canons et de mitraillettes. Depuis quand, le président est-il allé après « ses » élections au contact des populations et même de son armée pour s’enquérir de leurs conditions de vie ? Trompé par les ors du palais et du pouvoir, peut-être peut-il croire que tout le pays est tout aussi rose, pour refuser d’écouter ses plaintes et ses préoccupations pourtant légitimes pour qui sait la réalité de la morosité ambiante depuis que le socialiste Issoufou a choisi de gouverner pour l’Extérieur. Qui peut dire combien de fois il est allé en France, en Allemagne, comme si le destin de ce pays indépendant, dépendant encore de la force impériale non par l’engagement commun de ses fils ? Pourquoi donc les autres présidents africains ne courent-ils après ces puissances du monde et restent discrets dans leur pays pour œuvrer à le développer ? Pourquoi donc, ne pouvons-nous pas nous en inspirer pour construire un pays que des caprices, des égoïsmes et des vanités sont en train de détruire jusqu’à sa structuration sociologique, jusqu’à sa fondation sociologique ?

Il n’y a qu’à regarder la télévision nationale dont le devoir d’informer se mue et se réduit en un plaisir de l’éloge grivois servi pour plaire au Prince, peignant un pays qui n’existe que dans l’imaginaire. Ainsi devait-t-on comprendre que lorsque le chef de l’État est reçu par Angela Merkel, par Macron, ou un autre, c’est comme si le Niger entrait au Paradis et que le Niger, seul, devait avoir une telle faveur de la part de ceux qui décident pour les «petits peuples» ? A quoi bon être salué par un Extérieur souvent hypocrite, et d’être en même temps en rupture avec son peuple ? Qui n’a pas vue le tapage autour d’une mission conjointe des directeurs exécutifs de la FAO, du PAM et du FIDA qui se sont rendu au Niger où ils ont rencontré les autorités du pays. L’objectif de la mission, assurait-on, est de mettre la population à l’abri de l’insécurité alimentaire.

Les Guristes aiment les fanfaronnades, se plastronnant sans retenue devant le peuple, chantant l’immense œuvre invisible qu’ils auraient accomplie. Comment par exemple, peut-on comprendre qu’un pays puisse manquer jusqu’au contrôle de son aéroport international ? Au nom de quel partenariat, la gestion de l’aéroport international de Niamey, devait-il être concédée aux turcs pendant trente ans ? Pendant ce temps, où devaient être le Niger et son pouvoir ? Jubilant il y a quelques jours de s’être tiré d’affaire – et à quel prix – par rapport à l’affaire Africard qui avait défrayé la chronique, il reste que le régime n’est pas à la fin de ses cauchemars. En effet, il y a également l’ami breton, Vincent Bolloré qui est aussi à ses trousses, réclamant davantage, car selon une presse au parfum de l’affaire, le constructeur des rails démodés et inutiles du Niger, réclamerait à ses clients quelques 1900 milliards comme dédommagement. Obnubilé par la réalisation de chantiers qui ne sont pas forcément des priorités pour ce Niger dernier de la planète, la Renaissance finit par sacrifier les secteurs sociaux de base dont entre autres l’école, la santé, l’élevage, l’agriculture et l’hydraulique qui n’ont que la portion congrue du budget national, se battant seulement pour des infrastructures de prestige qui n’ont aucun impact sur la vie du Nigérien lambda.

Les socialistes sont des rêveurs et on pourrait croire que le but qu’ils poursuivent ne consiste qu’à donner des allures futuristes au pays quand, la vie de ses populations devait stagner sinon se dégrader ainsi que cela s’observe dans toutes les couches de la société, à part la clique de privilégiés promus par le socialisme pour constituer la nouvelle élite économique du pays insensible aux souffrances des populations. La vision édénique du Niger ne peut alors être qu’un leurre et en même temps un refus de l’humilité, du pragmatisme, de la realpolitik.

Mais pour se prétendre être des socialistes, on avait cru à la propagande autour des 3N parce que les Nigériens ont réellement cru que les camarades avaient de réelles ambitions pour le pays, ne serait-ce que dans le domaine de la sécurité alimentaire qui concerne essentiellement le monde rural laissé sur les bords de la route depuis les indépendances et ce d’autant que bon nombre d’entre eux, sont issus de ces milieux modestes dont ils connaissent, pour les avoir partagées, les souffrances légendaires. La visite des responsables des organismes onusiens en charge des questions alimentaires, au-delà du discours officiel, montre simplement l’échec de la fameuse initiative. Depuis sept ans, si tant est que le projet est une réussite, ils ne peuvent venir que pour s’en inspirer pour que l’exemple nigérien serve à d’autres pays, et non pas pour aider à sortir de la famine, qui, selon une confidence du président lui-même ne serait plus, depuis que les 3N sont initiés.

Deux discours qui font clash…

Pendant que les tenants du pouvoir, célèbrent en grande pompe la visite des « secoureurs » comme un signe parfait de bonne entente avec ces institutions et par ricochet avec le système des Nations-Unies, d’autres observateurs – alors les plus avisés – y voient la preuve que la communauté internationale commence à prendre conscience du drame silencieux qui se passe au Niger. La triste vérité, faut-il s’en convaincre, est que ces hommes ne vont que là où ça ne va pas, là où il y a de réelles raisons de s’inquiéter. Au Niger, cela fait bien longtemps que des ONG comme OCHA avaient alerté sur les menaces de famine, si ce n’est sur la réalité même de la famine dans le pays, appelant à l’aide pour soutenir des populations en détresse. Un peuple se meurt lentement dans l’indifférence de gouvernants qui ne cessent de décrire le pays comme un eldorado. On se souvient que le président, décrivant ses 3N avaient même fait croire qu’elle aurait tellement réussi, que les Nigériens ne migrent plus ; les 3N ayant permis de stabiliser les populations dans leurs terroirs. Pourtant, qui ne sait pas la détresse des populations de nos campagnes délaissées et oubliées des programmes des politiques publiques ? Chaque Nigérien, en allant dans son village, pourra voir que rien n’y a changé : même certaines classes construites à grands frais par le régime, se sont affaissées. Il ne peut d’ailleurs en être autrement quand, les socialistes se confondent au pays. La dernière fois, les Nigériens ont vu, le ministre Bazoum à Zinder, annonçant des tonnes pour les populations sinistrées et qui seraient une aide du président. Et l’on se demande, à juste titre, depuis quand, est-il devenu ce milliardaire, qui peut soutenir avec des tonnes de vivres ? Non, ce n’est pas l’homme qui donne, c’est un État ! Et la Cour des Comptes doit en tenir compte dans la déclaration des biens du président !

Dans le pays d’Issoufou il y a beaucoup de misères. Ceux qui étaient venus et qui se sont rendu à Maradi pour toucher du doigt les réalités de la paysannerie, ont pus s’émouvoir de la tragédie de la crise alimentaire dans le pays. Quoi que l’on puisse dire de l’Occident, sans doute faut-il lui reconnaître souvent cette prévenance à être plus proche de l’homme quand celui-ci vit des situations difficiles. Le discours officiel roublard selon lequel le pays est un paradis, ne trompe donc plus : classé invariablement comme le dernier de la planète, aujourd’hui, lorsqu’on appuie sur la sonnette d’alarme pour sortir le pays du guêpier de la famine et de la malnutrition, l’on est bien obligé quand même un certain orgueil pourrait nous pousser à entretenir le beau mensonge, de reconnaître que nous méritons notre rang humiliant. Il n’y a donc rien de gloriole à tirer de cette visite et ce d’autant qu’en plus, la présence de ces organismes dans un pays, ne peut rien présager de bon : ils sont là où sont les réfugiés climatiques, les réfugiés politiques, les réfugiés économiques.

Ce n’est donc pas pour un régime qu’ils sont venus dans le pays, mais pour ces pauvres hommes, ces pauvres femmes, ces pauvres enfants dont à dessein tu la misère et le drame afin de leur permettre de retrouver le sourire de la vie. Hama Amadou, avait pourtant averti là également. Quand, avec faste et zèle, le gouvernement présentait à la représentation nationale l’Initiative 3N, tout en saluant la générosité de l’idée, il n’a pas manqué d’avertir que si le régime veut en faire un instrument de propagande, le projet ne peut qu’échouer, mais en faisant un outil de développement au service des populations, celles-ci pourront se l’approprier et lui donner un fond concret. Et l’histoire lui a encore donné raison : on ne l’a créée que pour contenter la nombreuse clientèle politique et c’est peut-être pour cela que le premier responsable avait jeté l’éponge pour se chercher dans des organismes internationaux d’où il venait d’ailleurs. L’Initiative ne peut pas réussir s’il faut se borner à parler d’intrants et de tracteurs, de semis, sans penser une assise structurante pour la production agricole qui ne peut évoluer qu’en promouvant la culture irriguée sur de vastes étendues, notamment autour des cours d’eau qui existent déjà et à chercher ensuite d’autres moyens de production de l’eau pour promouvoir l’irrigation. C’est en cela que le projet Kandadji négligé par le régime est d’une importance capitale pour le pays. Quand le premier ministre raconte que le gouvernement voudrait faire en sorte que la production agricole soit excédentaire au point d’en exporter une partie, il doit comprendre que cela ne se dessine pas comme il ne se conçoit pas dans un discours, mais se pose en actes concrets.

Aujourd’hui le PAM, le FIDA, la FAO, savent que ce ne sont pas des problèmes qui manquent dans le pays de Seyni Kountché.Trêve aux fanfaronnades…

A.I 

25 août 2018
Source : Le Canard en Furie

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