Réflexion/Le désintérêt politique : Par Dr. Youssouf Maiga

Youssouf Maiga DrDr Youssouf Maiga Le comique Aristophane a mis à nu dans les Nuées (1003-1019) le mal de la démocratie athénienne : l’indifférence, l’exil des jeunes de la démocratie qui partaient plus dans les gymnases et le jardin de l’académie que de s’occuper des affaires politique de la cité Cette indifférence, ne traduitelle pas la recherche d’une vie tranquille bien avant la guerre des rois? Ce qui représente une perte d’électeurs pour les politiciens, un déclin de la vraie politique. Et dans les Acharniens, Aristophane fustige ses concitoyens, qui plutôt que venir au Pnyx, bavardaient sur l’agora. Plus préoccupés à la guerre qu’à trouver les moyens de faire la paix.

Ce désintérêt des citoyens athéniens à l’époque d’Aristophane, s’explique fondement du fait des staseis (conflits civiques, les discordes sociales) récurrents entre le IVe et IIIe siècle siècles av. J.-C. Pire, lorsque la démocratie est laissée aux mains des « sycophantes », et autres flagorneurs des Rois, il est sans conteste que l’exercice des lois en pâtit. L’époque, en grande partie, liée à la guerre entre les généraux d’Alexandre le Grand, induit une insécurité et une intranquillité qui ne sont plus propices au bon exercice de la vie politique. La crainte des Nouveaux Régents, car les cités démocratiques grecques, et Athènes en particulière vont passer sous le Joug des Macédoniens. Et les écoles philosophiques emblématiques : Stoïcienne et épicurienne, vont adopter en cette période l’apolitisme, qui est une non participation aux affaires publiques.

Aujourd’hui également nous commençons à observer le même mode de désintérêt. La politique, au sens où la démocratie est devenue du n’importe quoi : de l’affairisme, du népotisme, de la corruption, de l’injustice, etc., les citoyens s’en éloigne. Seuls les malhonnêtes, les individus sans vergogne, lutte, bataille pour obtenir des strapontins, et autres postes de prestige, sans réellement se soucier de ben gouverner.

Les régimes passent et repassent, et les citoyens constatent amèrement qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil : « Tous pareils », se « ressemblent », brillent dans les mensonges, et les fausses promesses. La mal gouvernance est érigée en règle d’or de la poursuite des richesses et des biens de l’Etat. Les élections plutôt que pouvoir sanctionner les mauvais dirigeants, les ramènent constamment grâce au pouvoir de la corruption. Aujourd’hui le faible de participation, en Europe comme en Afrique, traduit cet état de fait : le politique a déçu, et les citoyen adopte la mauvaise attitude du. renonce : « je ne vote plus », « ça me m’intéresse pas ». Or, pour un sycophante de l’antiquité, le citoyen doit se mêler des affaires publiques, il doit agir, dénoncer tout. Les actions clandestines doivent être connues et soumises à l’ecclésia et à la Boulê : toute décision de l’Assemblée devrait être précédée d’un avis de la Boulê. Pour le sycophante, qui ressemble un tant soit peu à l’acteur de la société civile, ne pas s’intéresser aux affaires de la cité, c’est se comporter comme un mouton. Si à l’époque le Sycophante est décrit comme un mal, car c’est lui prend la décision citoyenne de dénoncer les citoyens là où le Dicastes chargés de la fonction d’accusateur public/ou de ministre public, ne le fait pas. Dans le Plutos d’Aristophane, un sycophante se plaint amèrement de ces adversaires : « « est-il tolérable, à la fin, ô Zeus, ô Dieu, d’être outragé par ces gens-là ? Ah ! qu’il me pèse, homme de bien et patriote, de me voir ainsi mal en point ». Estime œuvrer pour le bien public, pour l’intérêt de la Loi et de l’Etat, mais en contrepartie, d’autres citoyens (les moutons), considèrent qu’il fait trop, et se mêle de ce qui ne le regarde pas.

Il ressort donc que le sycophante au rebours de certains de nos concitoyens d’aujourd’hui ne baisse pas les bras, refuse de se désintéresser des affaires publiques. Mieux se glorifie le sycophante : « « Je suis contrôleur des affaires de l’Etat et de toutes les affaires privées » (In Plutos). Or, que constatons-nous ?

La tragédie sociopolitique que fustigent des esprits courageux – les rares intellectuels et universitaires – c’est la démission de l’Elite intellectuelle. Socrate, le philosophe phare de l’antiquité, ne baissait pas les bras, mon adorable Diogène de Sinope, se mêlait fortement de la vie sociale et politique, à telle enseigne qu’il recevait même des coups violents dans l’œil à cause de son franc-parler. Pour ces excellents esprits, ceux qui ont le savoir (la science) doivent guider le peuple, l’éclairer, l’éduquer jusqu’à les assener des coups de bâtons sur la tête pour les réveiller. Alain dans un texte magnifique est revenu sur ce concept de réveille.

Il me semble que dans une société moderne, il revient aux plus compétents, aux intellectuels d’assumer honnêtement et efficacement les hautes fonctions de l’Etat. Mais quand ils baissent les bras, se désengagent, ou se désintéressent es affaires de la cité, ce sont les moins compétents, les médiocres, les corrompus, les vicieux, et les voyous qui gouverneront la République.

Pour plier cette réflexion disons, simplement que certains comportements ou attitude qu’on pourrait identifier à une sorte de recherche de tranquillité, de marginalité propre à une petite communauté qui n’aiment « se retrouver qu’entre eux », peut aujourd’hui avoir une connotation négative, voire une complicité passive face aux drames que vit la société. Ce type de désintérêt est à la longue mal vue par le peuple, qui aujourd’hui a besoin de ses intellectuels, de ses universitaires, de ses savants lorsque la société est en crise. Dr. Youssouf. Maiga Criminophilosophe, Helléniste.

Par Dr. Youssouf Maiga

Imprimer