Mena National/Au-delà des primes…(Éléments de contribution pour le développement du football Nigérien) : Par Abdourahamane Oumarou LY

Stade Général Seyni Kountché le 10 octobre 2010 : Niger 1- Egypte 0 (Image d'archive Nigerdiaspora)Stade Général Seyni Kountché le 10 octobre 2010 : Niger 1- Egypte 0 (Image d'archive Nigerdiaspora) « Ô Dieu ! Suis-je assez humiliée ? Je t'écris à genoux ; je baigne mon papier de mes pleurs ; j'élève à toi mes timides supplications. » (Jean Jacques Rousseau ; Julie ou la nouvelle Héloïse)
Cette supplication pouvait être applicable à l’objet de notre contribution, si on remplaçait les protagonistes de la citation : « Dieu » par les autorités et le « je » (Julie ou la nouvelle Héloïse) par le Mena, l’équipe nationale. En effet, la vidéo de la supplication du Mena, presque à genoux après une humiliation, a mis à nu les conditions extrêmes de dénuement de l’équipe.
Dans un point de presse et sur les antennes de RFI, le président de la fédération Nigérienne de football, tout en reconnaissant les difficultés de préparation de l’équipe, les explique notamment par la situation sécuritaire du pays qui engloutit d’immenses ressources financières, les lourdeurs administratives de décaissements des fonds, et condamne la méthode utilisée par l’équipe pour se faire entendre.
Des questionnements taraudent l’esprit : avait-on vraiment besoin d’utiliser les réseaux sociaux, en ce moment, pourquoi seulement après une lourde défaite ? Si la prestation avait été bonne, les joueurs auraient-ils continué à garder le silence ?
Au-delà des revendications reconnues légitimes par tous (I), la question de fond à se poser consiste à savoir si le Mena aurait mieux fait, s’il avait été dans les conditions, les meilleures (II)


I. Les demandes légitimes du Mena
En écoutant l’élément du Mena, on apprend que :

  • depuis deux (2 ans), l’équipe ne perçoit pas de primes ;
  • depuis deux (2 ans), l’équipe n’ a joué que 6 matchs (pas de matchs amicaux, ni journées Fifa) ; sauf que sur ce point, il est permis de nuancer qu’un tournoi international a été organisé du 27 mai au 2 juin 2018 à Niamey avec les crânes de l’Ouganda et les fauves du Bas Oubangui de la Centrafrique ;
  • la fédération et le ministère font de leur mieux, sans savoir où se situe la faute (il faut bien un responsable quand même) ;
  • de manière générale, ils ne sont pas dans les conditions, pas de stage de préparation, voyages mal organisés, arrivées tardives aux regroupements (exemple du joueur arrivé à 2h du matin le jour du match)

Les revendications du Mena constituent des conditions minimales dans lesquelles toute équipe, quelle qu’elle soit, qui représente le pays doit bénéficier, a fortiori une équipe nationale. Le football de nos jours, un sport médiatisé par excellence, est gagné par le virus de l’argent. La grande proportion que revêt l’aspect financier du football n’échappe à personne. A travers les médias, le public constate, hébété, l’inflation des prix des joueurs due essentiellement à l’augmentation des droits télé. Cette réalité lointaine est, dans une moindre mesure, vécue par nos joueurs expatriés, même s’ils évoluent dans des divisions inférieures ; les locaux aussi ne sont pas en reste et aspirent à travailler dans des conditions décentes. Ce qui explique pourquoi les clubs, corporatistes et des FDS, qui offrent les meilleures conditions attirent les joueurs au détriment des clubs traditionnels qui se meurent à petit feu. Par conséquent, les soins offerts à nos représentants doivent se situer dans la fourchette de l’acceptable, car comme ils l’ont dit, dans le haut niveau il n’y a pas de l’à peu près.
Sans s’attarder sur la question de la préparation, en attendant que les parties prenantes établissent clairement les responsabilités (ministère, fédération), il y a simplement lieu de dire que les demandes des joueurs du Mena, formulées également pour se dédouaner d’une débâcle, sont tout à fait légitimes, même si la méthode utilisée est condamnable. A preuve, les médias ne se sont intéressés au match qu’à cause de la vidéo qui a fait le buzz sur la toile. Fallait-il s’engager dans les éliminatoires de la CAN et faire de la figuration, si les conditions n’étaient pas réunies ?
Au vu de ce qui précède, aussi importante que fût la question des moyens, sa résolution n’aurait vraisemblablement pas eu une grande influence sur la prestation du Mena. Le problème n’est pas une question d’hommes, notamment d’entraîneur (cf. l’article : agir au plus vite pour sauver le Mena paru dans le journal Le sahel du 12 septembre 2018), mais d’organisation. En dépit de tous les efforts fournis, pour prétendre jouer dans la cour des grands, des réformes s’avèrent nécessaires.

II. Les réformes pour préparer les victoires futures
Il ne s’agit pas pour nous de jeter la pierre sur X ou Y mais de constater le chemin qui nous sépare des grandes nations de foot et s’approprier les méthodes qui les ont placées sur la bonne voie. Le ministère fait ce qu’il peut, la fédération se démène, tous avec les moyens du bord. La question de fond est celle qui consiste à savoir pourquoi les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Lorsque l’on regarde notre équipe nationale à l’œuvre, force est de reconnaître que le niveau est assez faible : fond de jeu inexistant, approximations techniques et tactiques. Ces carences dénotent que la plupart des joueurs n’ont pas les fondamentaux du football, la faute à un manque de formation à la base. En effet, on est loin de l’époque où en Afrique, le talent acquis sur les terrains vagues suffisait à faire la différence lors des compétitions. Les Diagoundi ont sans doute appris à jouer ainsi. De nos jours, l’apprentissage sur le tas ne suffit plus ; la formation, pour assimiler les prérequis, est incontournable. Elle doit se faire dans des académies et des écoles pour l’inculquer aux jeunes. A ce sujet, on est en retard, comparativement aux autres pays de la sous-région comme le Mali, le Burkina, le Sénégal. Combien de centres dignes de ce nom avons-nous ? Pour ne prendre que Bamako et sa banlieue, il existe une centaine de centres de formation, reliés ou non à des clubs de football. Si parmi eux, neuf (9) centres étaient capables de sortir un (1) seul bon joueur, ça suffirait à composer une équipe de onze bons joueurs. La conséquence de notre manque de formation, c’est qu’on n’arrive pas à « exporter » nos joueurs dans les grands clubs, et bénéficier ainsi en retour de leur expérience en équipe nationale ; le niveau du championnat national est faible ( ces dernières années tous nos clubs engagés en compétitions africaines sont éliminées en phases préliminaires). Pour couronner le tout, nous ne disposons pas de binationaux à l’instar des pays précités. Dans ces conditions, il ne faut pas s’attendre à des résultats probants dans l’immédiat. La seule issue reste dans la formation, en encourageant les privés et les mécènes qui disposent de moyens suffisants à investir. Dans un proche passé, on a vu des initiatives prises dans ce sens avec notamment la Jeunsesse Sportive du Ténéré (JST). La réorganisation suppose de revoir le championnat, les clubs, revenir aux formations populaires, en priant les nombreuses sociétés qui ont des équipes de bien vouloir se limiter au sponsoring. Les clubs de telles structures ne sont pas viables car dépendent très souvent de la bonne volonté des dirigeants du moment et/ ou de leur santé financière. Le retour aux équipes populaires avec des sponsors doit être le support de cette réorganisation. Combien d’équipes disposent de sièges, de terrains d’entraînement, de moyens de transport pour les joueurs, de web site ? Assurément on peut les compter sur les doigts d’une main. Pourquoi ne pas profiter des réformes pour créer des clubs omnisports (c’est-à-dire un club avec plusieurs sections : foot, hand, basket etc), compte tenu des maigres moyens à ne pas disperser.
L’option de la formation voudra dire de faire l’impasse sur les résultats à court terme.
Enfin, pour revenir à la supplication dont il est fait cas en partie introductive, Mena, tu es à moitié pardonné, tu es allé à la bataille sans arme, tu n’étais d’ailleurs pas suffisamment armé ; trêve de supplication, entendue, sans nul doute, par les plus hautes autorités.
 

Abdourahamane Oumarou LY NigerPar Abdourahamane Oumarou LY

 

 

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