Orange Money 300%

Explications du rang occupé par le Niger dans le classement mondial de l’IDH 2018 : par Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Éducation, chef de Division Formation Examens et Concours /DRES Zinder

Explications du rang occupé par le Niger dans le classement mondial de l’IDH 2018 : par Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Éducation, chef de Division Formation Examens et Concours /DRES Zinder L’indice de développement humain (IDH), mis au point en 1990 par le Programme des Nations Unies pour le Développement, a pour objectif d’évaluer et de comparer le niveau de développement des pays du monde. L’IDH qui prend en compte la notion du bien-être est plus pertinent que le PIB, qui est somme des valeurs ajoutées des biens et services produits en une année dans un pays et utilisé auparavant pour le classement économique. Le développement est la somme des transformations de l’ensemble des activités dans un pays en vue de l’élévation du niveau de vie. La définition retenue souvent par les économistes est celle de F. Perroux qui note que : « Le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global ».
L’IDH est donc le meilleur indicateur qui existe de nos jours, pour apprécier le développement. C’est est un indicateur composite, qui mesure la longévité, l’éducation (avec deux indicateurs) et le revenu par habitant. Le PUND, agence internationale, démembrement de l’ONU au service des peuples et nations, est évidemment doté de technocrates ou fonctionnaires qualifiés issus de divers pays qui collectent et analysent les données avec expertise, de manière impartiale et sans doute avec la collaboration des différents états membres. Le calcul de l’IDH est basé sur une moyenne géométrique des trois composantes citées plus haut et se présente comme un nombre sans unité compris entre 0 et 1. Plus l’indice se rapproche de 1 et plus le niveau de développement du pays est élevé. Le rapport mondial publié le 14 septembre 2018 par le PNUD porte sur 189 états classés en quatre catégories :

  •  59 états, répertoriés dans la catégorie « développement humain très élevé », (indice supérieur ou égal à 0,8), parmi lesquels ne figure aucun pays africain
  • 53 états dans la catégorie « développement humain élevé », (indice inférieur à 0,8 mais supérieur à 7) parmi lesquels figurent cinq pays africains : l’Algérie IDH 0,754 la Tunisie 0,735 le Botswana 0,717 la Libye 0, 706 et le Gabon 0,702)
  • 39 états dans la catégorie « développement humain moyen » (indice inférieur à 7 et supérieur à 0,555) parmi lesquels treize pays africains : Afrique du sud IDH 0,699 Egypte 0,696 Maroc 0,667 Cap vert 0,654 Namibie 0,647 Congo 0,606 Ghana 0,592 Guinée Equatoriale 0 ,591 Kenya 0,590 Sao Tomé et Principe 0,589 Zambie 0,588 Angola 0,581 et Cameroun 0,556
  • et 38 états dans la catégorie « développement humain faible » (indice inférieur à 0,555) parmi lesquels figurent le reste des 32 pays africains non cités plus haut.


Le rapport 2018 note une progression générale du développement humain mais aussi des carences qui persistent dans tous les états et un recul de l’indice dans les états où sévissent des conflits. Il existe des inégalités au sein des populations d’un même état et l’IDH moyen de femmes à l’échelle mondiale (0,705) est inférieur à celui des hommes (0,741) en raison probablement d’un niveau d’instruction inférieur des femmes et des revenus plus faibles dans de nombreux pays.

La Norvège (0,953) vient en tête du classement et le Niger (0,354) au 189ème rang.
Dans le rapport de l’année dernière concernant les statistiques de l’année 2016, le Niger occupait le 187ème rang sur 188 états classés avec un indice de 0,353 devant la République Centre Africaine. Nous sommes bien sûr frustrés de la position du Niger, mais il n’y a pas lieu de contester le classement du PNUD, même s’il peut y avoir des divergences entre les données nationales et internationales et les périodes de mises à jour. Le plus important c’est l’analyse et la compréhension du rapport sur le développement humain et ce qui doit être fait pour améliorer la position de notre pays dans le classement mondial.

L’examen détaillé des principaux indicateurs du Niger, se présente comme suit :

  •  L’espérance de vie à la naissance du Niger (60,4 ans) est supérieure à celui de 15 autres pays (Ouganda 60,1 République Démocratique du Congo 60,0 Mozambique 58,9 Cameroun 58,6 Mali 58,5 Burundi 57,9 Guinée Equatoriale 57,9 Guinée Bissau 57,8 Soudan du sud 57,3 Lesotho 54,5 Côte d’Ivoire 54,1 Nigeria 53,9 Tchad 53,2 RCA 52,9 et Sierra Léone 52,2)
  • Le revenu national brut par habitant du Niger (902$ PPA) est plus élevé que ceux de la République Centre Africaine (663), du Libéria(667), du Burundi (702) et du Congo (796). Le dollar international en Parité de Pouvoir d’Achat ($PAA) est le taux de change utilisé pour comparer les données économiques.
  • La durée moyenne de scolarité ou nombre moyen d’années de scolarité des personnes âgées de plus de 25 ans du Niger (2 ans) est seulement supérieure à celle du Burkina (1,5)
  • La durée attendue de scolarité ou espérance de vie scolaire ou encore durée de scolarité probable pour les enfants en âge d’être scolarisés, du Niger (5,4 ans) est la plus faible du monde, aequo avec celle de l’Erythrée.


Au regard de ces données, on remarque que c’est surtout les indicateurs de l’éducation qui défavorisent l’IDH du Niger. Malgré la progression positive de tous les taux de scolarisation du Niger et cela depuis 2003 et jusqu’à ces jours, les niveaux des durées moyenne et attendue de scolarité demeurent faibles. La faiblesse de ces deux indicateurs s’explique par le rythme d’accroissement très rapide de la population du Niger et le fait que les effectifs d’élèves du secondaire à l’université sont deux à trois fois moins importants, en proportion, en comparaison aux autres pays africains.
C’est donc surtout les faibles statistiques de l’éducation qui continuent de détériorer le classement du Niger dans l’indice de développement humain.
Pour changer cette position, il faut que l’Etat, les collectivités et tous les partenaires de l’école s’investissent davantage dans la consolidation des acquis et l’amélioration de la qualité de l’éducation, du primaire à l’université et cela pendant plusieurs années de suite et de manière intensive. Le volet quantitatif est presque maitrisé au primaire avec un taux d’admission de 78,1% et un taux d’achèvement de 87,4% en 2015-2016. Il faudrait trouver des stratégies pour accroitre significativement les inscriptions et la rétention au secondaire, dans l’enseignement professionnel et technique et à l’université. Pour ces deux derniers niveaux, il faudrait aussi diversifier davantage les offres de formation et répondre à la demande du marché de travail actuel. L’amélioration de la qualité, indispensable aux différents segments de l’éducation passe aussi par la formation et le renforcement des capacités des enseignants, des encadreurs pédagogiques, des chefs d’établissements, une meilleure dotation en matériels et outils d’apprentissages, une révision des contenus pédagogiques et l’accroissement des résultats ou rendements scolaires. Un autre aspect non moins important est le renforcement de l’équité qui vise à améliorer l’égalité des sexes à tous les niveaux d’éducation en mettant l’accent sur l’éducation secondaire et supérieure. Le programme d’éducation des adultes, particulièrement pour la tranche 15 à 25 ans doit être renforcé pour faire reculer l’analphabétisme et relever la durée moyenne de scolarisation. Tous ces défis à relever doivent être soutenus par le développement des infrastructures scolaires, universitaires et une gestion rigoureuse du personnel enseignant.

Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Éducation, chef de Division Formation Examens et Concours /DRES Zinder

 

Imprimer E-mail

Idées et opinions