IDH et système éducatif : le modèle des autres peut il inspirer?

images/Abdourahamane-Oumarou-LY-Niger.jpgA présent que les passions se sont plus ou moins calmées, que les voix autorisées ont éclairé notre lanterne, on peut aborder sereinement la question de l’IDH. Pas pour se réjouir du classement du Niger et balayer d’un revers de la main tous les efforts qui sont déployés par les autorités pour assurer le développement humain ; non plus pour contester les méthodes de calcul qui sont applicables à la quasi totalité des pays et territoires du monde ; mais pour contribuer.
En rappel, l’IDH est un indice composite qui comprend le revenu national, l’espérance de vie et le savoir ou niveau d’éducation. Il ressort des explications du technicien de l’Institut National de la Statistique sur Télé Sahel (journal de 20h30 du 16 septembre 2018) ainsi que de Madame la Ministre en charge du plan (journal de 20h30 du 18 septembre 2018) que la donnée qui a le plus pénalisé le Niger est celle de l’éducation, malgré les ressources financières consacrées ( 20% du budget) . A ce niveau deux (2) sous données sont prises en compte, il s’agit de la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire. Ceci étant, nous allons évoquer le système éducatif Tanzanien reconnu pour être plus performant que le nôtre.
En effet, au plan économique, la République unie de Tanzanie se situe presque au même niveau de développement que le Niger. En dehors de l’or, du café, des produits agricoles et du tourisme, ses autres ressources naturelles sont peu exploitées. Le Niger dispose de plus de ressources du sous-sol que ce pays. Par rapport au niveau de vie, également les deux pays ne sont pas loin. Si donc l’on excluait l’éducation du calcul de l’IDH, il est fort à parier que la Tanzanie ne serait pas 154ème dans le monde et 22ème en Afrique. Le relatif bon score de ce pays est obtenu grâce à son système éducatif qui dispose de forces indéniables (I), même s’il essuie quelques critiques (II)


I. Les forces du système éducatif Tanzanien:

Elles se caractérisent par un contexte favorable d’apprentissage et son accessibilité à tous, du fait de l’utilisation d’une langue nationale (II).

  • Les atouts du système : le système politique Tanzanien, de manière générale, est reconnu pour être très stable ; par voie de conséquence cette stabilité profite grandement au système éducatif. Les grèves des enseignants et des élèves ne sont pas connues en Tanzanie, contrairement au Niger où les débrayages constituent la règle.
  • L’universalité du système : très tôt, après l’indépendance, les dirigeants ont fait de la lutte contre l’ignorance une de leurs priorités, et des investissements colossaux ont été réalisés pour promouvoir l’éducation à travers la construction d’une école dans chaque village et l’alphabétisation des adultes. L’éducation primaire a été offerte à tous en relation avec le développement du milieu, particulièrement l’agriculture. Il s’agit de l’« éducation pour l’autosuffisance » formulée lors de la Déclaration d’Arusha en 1967 par le Président Nyerere.


Dans le cycle primaire, la principale langue d’instruction est le Kiswahili, la langue locale, l’anglais n’est enseigné que comme langue étrangère ; elle ne devient langue d’instruction qu’au secondaire.
En dépit de ses forces, le système comporte quelques limites.


II. les limites du système éducatif Tanzanien :

  • la maîtrise de l’anglais est un peu tardive ; d’où la l’existence d’un système éducatif parallèle pour les nantis. En effet, la plupart d’entre eux préfèrent envoyer leurs enfants dans les écoles privées avec comme langue d’instruction, l’anglais.
  • Les installations, les infrastructures et les matériels didactiques pédagogiques ne suivent pas toujours du fait non seulement de la croissance démographique, mais aussi des difficultés économiques.


Malgré ces contraintes, le système éducatif Tanzanien est considéré comme performant. En Tanzanie, le taux net de scolarisation primaire est de 98% et le taux d'achèvement du primaire est de 81%. Le taux d’alphabétisation est de 85,9% chez les hommes et 70,7% chez les femmes. Les avantages du système sont certains, du fait de l’usage du Kiswahili comme langue officielle. Tous les Tanzaniens parlent et écrivent le Kiswahili ; l’administration fonctionne dans cette langue, donc est proche des administrés. Le paysan peut lire sa notice et bien se servir de son engrais, la revendeuse du quartier peut tenir son livre-journal, les médias diffusent dans cette langue. Et les autorités font facilement passer leurs messages en s’adressant directement aux populations en Kiswahili.
A n’en point douter, le système éducatif concourt pour beaucoup au rang relativement acceptable de la Tanzanie ; a contrario sans son apport, elle serait à la traîne.
Au Niger, il existe des expériences similaires mais à moindre échelle. C’est l’exemple du programme scolaire pilote dans 500 établissements de trois régions du pays, dont Niamey. Le nouveau programme est enseigné presque exclusivement en langue locale les premières années, avant l’introduction progressive du français. Il semble que ces expériences sont concluantes et donnent des résultats impressionnants. Des études comparatives de la performance des élèves dans les écoles traditionnelles (francophones), franco-arabes et bilingues (où les élèves apprennent dans leur langue maternelle et en français) constatent que les écoles bilingues sont les mieux classées, tandis que les écoles francophones sont les dernières. (Source partenariat mondial pour l’éducation : Niger : des programmes scolaires en langue maternelle pour améliorer l’alphabétisation). Avec les langues nationales, comme langue d’instruction, il est fort à parier que les enfants resteraient plus longtemps à l’école, plus d’adultes seraient alphabétisés, en conséquence notre classement IDH s’améliorerait. Et le pays serait plus transformé car comme l’a dit Nelson Mandela : « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. »
Au vu de ces expériences concluantes, n’y a-t-il pas lieu d’envisager la généralisation de l’enseignement à la base dans nos langues nationales, à l’instar de la Tanzanie qui a opté pour l’enseignement en langue Kiswahili ?

Par Abdourahamane Oumarou LY
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