Matan Zinder Sabuwa : une citoyenneté participative

 Matan Zinder Sabuwa : une citoyenneté participativeZinder accueillera, dans moins deux semaines, la fête tournante du 18 décembre qui commémore le 60è anniversaire de la proclamation de la République. A souligner que le nouveau statut de république conféré au Niger en 1958, faisait suite au referendum favorable initié sur le territoire de l’ex-Colonie et au maintien au sein de la communauté franco-africaine (ou Union franco-africaine), avec un nouveau conseil de gouvernement élu sous la houlette de Diori Hamani.

Longtemps reléguées à un rôle domestique, la doxa et les pesanteurs sociales voulaient dénuer les femmes d’une présence active dans les affaires de la Cité et de la chose politique. Mais elles ont prouvé non seulement leur prééminence dans le combat pour l’instauration d’un Etat de droit et de démocratie à la veille de la Conférence nationale de juillet 1991 mais exercent un magistère dans le domaine économique depuis des lustres. Elles se sont par ailleurs illustrées par leur altruisme et sérieux dans la conduite de certaines affaires économiques et sociales. Ainsi elles démontrent déjà à Zinder, leur citoyenneté participative pour améliorer le cadre de vie, assainir et embellir la ville organisatrice de la fête tournante du 18 décembre, commémorant le 60è anniversaire de la proclamation de la République, dénommée « Zinder Sabuwa », souvent loin des incantations de bonnes intentions des hommes.

Une première expérience commencée à Tahoua sous le sobriquet de Matan Tahoua Sakola a été une réussite quant à l’apport combien inestimable des femmes de la région et d’ailleurs. L’expérience était réitérée début juin à l’initiative d’une des pionnières de Matan Tahoua, Mme Hortense Dohounon qui incitera, avec d’autres, à la constitution d’un groupe éponyme à Zinder. Des organisations décentralisées se mettent rapidement en place à Niamey, Maradi, Zinder avec des bureaux fonctionnels et une feuille de route commune. Il s’agit, comme le martèle Mme Diop Baraka Mahaman Tsoho, secrétaire générale du bureau de Niamey, « d’ agir à travers des actions de salubrité pour un changement de comportement qui passera par la sensibilisation, afin de rendre la ville coquette et dénuées de pathologies liées au manque d’assainissement »

 

Justement ce phénomène de « gwololo », ces gouttières d’eaux usées (des toilettes) se déversant à même la rue ou dans des puisards sommaires et non protégés sont sources potentielles de prolifération des moustiques (et du paludisme) ou d’autres maladies infectieuses (comme le choléra) en cas de contact. D’ailleurs, le maire de Zinder M. Bachir Sabo a exposé cette problématique récurrente, lors d’une rencontre de la coopération décentralisée tenue en octobre dernier à Créteil (près de Paris) chef-lieu du Val de Marne (département jumelé à Zinder) en présence des officiels et élus nigériens et français. Il faudra alors trouver rapidement des solutions à travers l’éducation à l’hygiène qui fait défaut dans certains quartiers de cette agglomération de près de 500 000 habitants et réduire ainsi les dépenses de santé du revenu familial. C’est une urgence d’hygiène, de santé publique et de lutte contre la pollution olfactive dans les quartiers.

Comme le rappelle la présidente de Matan Zinder Sabuwa de Niamey, Mme Fatouma Zara Souley Billa, « ces actions de sensibilisation et de comblement des chenaux d’eaux usées prévues à court-terme seront poursuivies avec la plantations de 500 plants d’arbres à la place de la prière l’Aïd de Birni (hilin Îdi) pour non seulement constituer une barrière végétale mais aussi agrémenter les conditions des fidèles pratiquants ».

Cette initiative citoyenne et bénévole a déjà reçu l’onction des autorités municipales qui ont perçu dès le départ l’importance de cette entreprise patriotique suivie des responsables régionaux et du Comité Zinder Sabuwa. Des entrevues périodiques hebdomadaires sont organisées chez l’une des membres (Mme Salamatou Lali entre autres, pour Niamey) pour affiner les besoins et préciser les orientations afin de réussir la mission que les femmes de Zinder Sabuwa s’étaient volontairement et en toute indépendance assignées : avec des moyens financiers modestes constitués de cotisations des membres et dons des tiers, elles sont arrivées, mues par leur simple volonté et abnégation à organiser les opérations de sensibilisation et de salubrité dans la ville. A Zinder, ces femmes engagées comme la présidente Babata, la SG Aissa Modiéli, Mariama Ayoulé à la mobilisation, Aichatou Tchiroma à la salubrité, épaulées par le conseiller Ismael Souley et tant d’autres anonymes assurent la dynamique entamée depuis plusieurs mois dans la ville pour la rendre « sabuwa ».

Ce genre d’actions aura de toute évidence, le don de se perpétuer car reposant sur des convictions de « bien faire pour sa ville, sa communauté » et non sur des présupposés partisans ou d’autres particularismes. Le postulat de participation citoyenne, bénévole et dûment consentie ne pourra être que le début d’une aventure qui intégrera, à court et moyen terme, comme l’annonce l’administrateur principal Amadou Abdoulaye Banga dit Okwonko « des dimensions multidisciplinaires dans les domaines de la santé, de la famille et de la scolarisation de la jeune fille » et à long terme « ériger ce groupement en ONG doté d’une autonomie d’actions génératrices de revenus». Tout un programme !

Et cela, les autorités municipales tout comme régionales l’ont bien compris en accordant une attention particulière et un rôle à cette organisation dans le déroulement de cet événement unique, pour un anniversaire symbolique avec des femmes (et quelques hommes) engagées dans une citoyenneté nouvelle.

Aboubakar K. LALO
Correspondance particulière

  Matan Zinder Sabuwa : une citoyenneté participative Lors d’une réunion de Matan Zinder Sabuwa

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 M Matan Zinder Sabuwa : une citoyenneté participativeOpération salubrité

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