Lettre ouverte citoyenne au Président de la République : Pour une enquête indépendante sur la mort du Président Baré

Lettre ouverte citoyenne au Président de la République : Pour une enquête indépendante sur la mort du Président BaréJe ne me lasserai jamais de vous écrire puisque Dieu a décidé qu’en tant que magistrat suprême, vous décidiez du sort de nombreuses causes. Je ne me lasserai jamais de vous écrire parce qu’Albert Einstein, dont vous avez certainement entendu parler, a dit que « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent et laissent faire ». Je me dois également de rappeler que notre Conseil vous a saisi d’une dernière correspondance le 26 février 2018, et le Procureur de la République, le 14 septembre dernier, pour demander à l’Etat du Niger de bien vouloir faire respecter les recommandations de l’arrêt de la Cour de justice de la Cedeao du 23 octobre 2015 sur « l’Affaire AD Ibrahim Mainassara Baré contre l’Etat du Niger». Cette Cour demandait l’ouverture d’une enquête sur la mort du président Baré, en vertu du « droit à la vérité » par rapport à l’assassinat du 09 avril 1999, reconnu à ses ayants droit.

C’est pourquoi, dans ma dernière lettre sur le sujet, je vous avais rappelé qu’aux points 54 et 55 de son arrêt, la Cour de justice de la Cedeao avait tenu à dire que « les lois d’amnistie ne sauraient constituer un voilage forcené du passé, une fin de non-recevoir péremptoirement opposée à toute entreprise légitimement curieuse de connaître la vérité. La loi d’amnistie laisse intact le droit à la vérité… Il convient donc,… d’affirmer un droit à la vérité pour les victimes … ».

Je vous rappelle que le célèbre Journaliste Sennen Adriamirado de « Jeune Afrique » avait posé la question suivante au président Baré dans son livre autobiographique « Mon ambition pour le Niger » en avril 1997 : « Croyez-vous les opposants capables de recourir à des méthodes expéditives ». Il avait eu cette réponse : « Ce n’est pas moi qui le crois. Ce sont eux qui le disent et qui le prouvent chaque jour par leurs actes. Ce ne sont pas des enfants de chœur. De jour comme de nuit, ils ne pensent qu'à ça : comment retourner la situation à leur avantage ? » Je laisse la liberté à chacun d’apprécier à sa juste valeur, cette réponse et identifier ces opposants violents dont il est question. Le président Baré savait donc dès le mois de février 1996, qui était en mesure de faire quoi ?

Je me dois également de vous rappeler que, de son vivant, le président Baré avait été victime de plusieurs tentatives avérées d’assassinat et/ou de coup d’Etat dont je ne citerais que quelques-unes :

1- En février 1996, quelques semaines à peine après le coup d’Etat du 27 janvier 1996, quand les proches d’un ancien président de la République ont cherché à attenter à la vie du président Baré en se procurant des armes ;

2- Le 06 novembre 1997, quand un coup d’Etat était prévu pour intervenir lors du séjour du Président Baré à Hanoï pour le 7è sommet de la Francophonie ;

3- Le 17 novembre 1997, lors d’un projet d’attentat à son retour du sommet de Hanoi, quand les assassins avaient projeté de bombarder l’avion présidentiel ou de tirer à l’arme lourde sur le Président à l’aéroport ou à la résidence ;

4- Le 29 mai 1998, lors de la mutinerie/coup d’Etat de la garde Républicaine, déclenché dans l’après-midi au camp FNIS du quartier Yantala, non loin du Palais présidentiel ;

5- Le 30 mars 1999, un projet d’assassinat du Président avait été envisagé par le même groupe de conspirateurs au retour du pèlerinage des Lieux Saints de l’Islam du président Baré, le 2 avril 1999. Les assassins avaient eu l’intention d’abattre l’avion présidentiel à l’amorce de sa descente sur l’aéroport de Diori Hamani de Niamey.  

Et que dire de ce célèbre opposant qui faisait le tour de ‘’ses parents’’ dans les casernes pour demander de « liquider Baré » ?

Malgré ces multiples tentatives d’assassinat et actes foireux, le président Baré a toujours évité des procès ou des emprisonnements massifs des conjurés afin de préserver la paix sociale.

Renseignez-vous, quelques mois avant l’assassinat du 09 avril 1999, j’ai eu à me rendre personnellement auprès du père de l’auteur de la malheureuse formule de « l’accident malheureux » du 09 avril 1999, pour l’alerter, en présence de deux témoins de la haute hiérarchie de la Police encore vivants, du projet de son fils consistant à « régler ses comptes au plus haut sommet de l’Etat », selon ses propres termes.

C’est pour toutes ces raisons que nous avions espéré que le président de la République, magistrat suprême respecte les décisions de la Cour depuis sa notification en novembre 2015 à l’Etat du Niger. Mais, en lieu et place du déclenchement d’une enquête en bonne et due forme sur cet assassinat, nous avions assisté, à deux reprises, au déploiement d’un rouleau compresseur pour casser des auteurs de présumées « tentatives d’assassinat » sur votre personne.

En appui à notre revendication, je vous rappelle le discours historique prononcé par François Mitterrand, président de la République Française le 4 mai 1993 à Nevers, lors des obsèques de l’ancien ministre des finances, Pierre Bérégovoy, tous les deux socialistes censés partager, de leur vivant, les mêmes valeurs que vous prétendez défendre: « [...] Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens, l'honneur d'un homme et finalement sa vie, au prix d'un double manquement de ses accusateurs aux lois fondamentales de notre République, celles qui protègent la dignité et la liberté de chacun d'entre nous. »

Nous pensons qu’il devrait en être de même pour le président Baré. Ce, d’autant plus que vous avez eu le « courage » de mener des enquêtes et d’engager des poursuites pour des tentatives présumées d’assassinat sur votre personne à deux reprises, qui ont abouti à l’incarcération d’officiers valeureux dont l’un des Généraux les plus compétents et pacifistes des Forces Armées Nigériennes (FAN). Vous avez alors le devoir d’en faire de même pour un assassinat consommé celui-là, qui a abouti à mort d’un homme de la plus lâche et la plus barbare des méthodes, confirmée par une décision de justice.

Il vous souviendra, qu’après la brouille politique avec votre allié Hama Amadou, vos amis politiques avaient maladroitement tenté en 2014 de lui faire porter la responsabilité de l’assassinat du président Baré. Mais ses amis politiques du moment, regroupés au sein de l’ARDR, vous avaient mis au défi, par un communiqué du 16 septembre 2014 lu par le porte-parole, d’ouvrir une enquête indépendante sur la mort du président Baré. Cette déclaration engageait alors les présidents Mahamane Ousmane et Tanja Mamadou, vos anciens camarades de l’ex Front de Restauration et de la Défense de la Démocratie (FRDD), opposé au président Baré jusqu’à son assassinat.

La justice Divine, d’habitude plus lente que celle des hommes, a déjà,nous semble-t-il, indiqué la voie et poursuit inexorablement son œuvre, puisque Voltaire l’a dit « La crainte suit le crime et c’est son châtiment. »

Si, comme à votre habitude, vous optez pour le silence, je vous rappelle que le peintre Henri Morêt a prévenu : « On ne peut jamais être neutre. Le silence est une opinion ». Vous engagerez alors de ce fait, et en toute connaissance de cause, votre responsabilité entière dans ce crime odieux contre l’humanité devant l’Histoire (avec un grand H).

La Sagesse Wolof, que j’ai pu apprécier lors de mon long et précieux séjour au merveilleux pays de la Téranga, « recommande de ne pas dire tout ce que l’on sait » (Du lu nit xam, wax).

Veuillez agréer, Monsieur le président de la République, l’expression de ma déférence.

Djibrilla Mainassara Baré

Ancien Conseiller Spécial du Président de la République

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