Notre Afrique : Coup sur coup !

Notre Afrique : Coup sur coup !Le monde bouge. L’Afrique progresse. Le continent noir est en pleine ébullition. Des mythes sont rompus. Des règles et dogmes considérés inamovibles à tort ou à raison sont en train d’être reconsidérés grâce à la pression populaire. Le peuple décide ainsi de sortir de son long sommeil et prendre de manière souveraine son destin en main.

Pour s'en rendre compte, au sud du continent par exemple, un vent frais tourne au-dessus de la nation arc en ciel, l'ANC (African National Congress) a fini par se défaire du très corrompu et impopulaire Jacob Zuma. Matamela Cyril Ramaphosa s'installe à la tête de la puissante ANC, du coup, à la tête de la deuxième économie du continent. Depuis il multiplie les reformes, notamment, sur le salaire minimum, l'assainissement des finances publiques, la réforme agraire inscrite depuis des lustres dans la Freedom Charter et souhaité par l´écrasante majorité de la population qui ne dispose que de moins de 15% des terres arables contre plus 80% pour la minorité dite blanche. Ceci prévoit notamment une expropriation sans compensation de certaines terres des fermiers blancs. Au Zimbabwe, le charismatique Nelson Chamisa du MDC (Movement for Democratic Change) conforte son leadership après la mort de l’opposant historique Morgan Tsvangirai et défiait dans les urnes le tombeur du père de la nation, le «président fondateur» Rorbert Mugabe. Du haut de ses 76 ans, Emmerson Mnangagwa, ancien homme de confiance de l´ex-président, ayant à sa guise l’appareil étatique, le puissant et omniprésent parti ZANU-PF (Zimbabwe African National Union-Patriotic Front) ainsi que la bienveillance des forces armées et la très respectée association des anciens combattants. Un peu plus au nord, c´est le géant Angola qui revient de loin avec fracas pour reprendre toute la place qui lui est dévolue dans les questions régionales. Après une guerre d’indépendance meurtrière, la mort en 1979 à Moscou du premier président Dr. António Agostinho Neto Kilamba, le pays sombre dans une spirale de violences, une dévastatrice guerre civile qui connut son épilogue le 4 avril 2002. Le renoncement spectaculaire après 38 ans de pouvoir autoritaire et sans partage de l’ancien chef d’état et premier responsable du parti ultra majoritaire MPLA (Mouvement Populaire de libération de l'Angola) José Eduardo dos Santos a permis à une autre ponte du parti João Lourenço « JLO » de reprendre la main de la gestion de ce riche pays pétrolier après les élections générales de 2017. Surnommé par la presse angolaise le « liquidateur implacable », cet ancien général et ministre de la défense a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, ne ménageant aucun effort pour poursuivre jusqu’au sein de la famille et garde rapprochée de son prédécesseur, qui se sont enrichi de façon vertigineuse pendant plus de 30 ans sur le dos du contribuable angolais. Il a récemment qualifié ces proches de son mentor de « nie de guêpe ».

Dans la zone des grands lacs, pendant que Uhuru Kanyata et son opposant Raila Odinga fument, une nouvelle fois, le calumet de la paix, le Rwanda vient de signer (une fois de plus) a la stupéfaction de tous son retour retentissant sur la scène internationale en s´adjugeant le très convoité poste du secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Avec la patrie de Lumumba c’est l’Afrique toute entière qui célèbre à l’unissons le prestigieux prix Nobel de la Paix décerné à Denis Mukwege, pendant que, sur le plan politique, le président Joseph Kabila et « sa » coalition du Front Commun pour le Congo (FCC) acceptent enfin et en dépit des « glissements électoraux », 2 ans de retard, 3 reports de dates et autres stratagèmes de s’en tenir au respect des accords de la Saint Sylvestre. Les élections générales du 30 décembre ont craché une épaisse nuée, qui somme toute sauf blanche. Le FCC a raflé la majeure partie des sièges pourvu pour les législative et pour la présidentielle c’est le candidat du l’UDPS Félix Antoine Tshisekedi qui est déclaré vainqueur par la très contesté CENI au dépens du candidat de la coalition Lamuka emmené par l’opposant Martin Fayulu qui conteste ces résultats qu’il qualifie « d’escroquerie » et de résultat de « laboratoire ». La très influente CENCO « prend acte » et lève un sérieux doute sur la véracité de ces dernières ; les pressions qui s’accentuent de toute part sur la Commission Électoral National Indépendante et les multiples appels au recomptages des voix des organismes régional et des partenaires internationaux. Dernière chance pour sortir des ténèbres ?

En Afrique centrale, le Cameroun et son peuple se trouvaient une fois de plus, à un tournant historique. Des élections pas comme les autres, un peu à l’image de celles de 1992. Une campagne marquée par le problème dit « anglophone », l’insécurité ambiante à l’extrême nord du pays, l’anxiété née de la menace permanente d’une dévaluation de la monnaie de la zone économique (FRANC CFA), la baisse drastique des cours des matières premières dont le pétrole. C’est ainsi qu’au soir du 7 octobre 2018, un homme en particulier vient de réussir là où tous les autres ont buté : Maurice Kamto du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) vient de s’inviter à la table ou "mangeait" sans broncher ni discontinuité pendant plus de 30 ans Paul Biya. L’autre gagnant de cette messe électorale est certainement le jeune Cabral Liibi. Porté par le mouvement UNIVERS, il s’est frayé un chemin pour prendre place à cette même table désormais tripartite.

À l’ouest du continent, au Mali précisément, l’épicentre de la violence et du terrorisme s’est déplacé du nord vers le centre du pays. Le G-5 sahel qui peine encore a bouclé son financement, les conflits sectaires et communautaires refont surfaces dans certaine localité de la région pendant que une guerre sans merci est livrée contre les groupes terroristes et autres brigands qui menacent constamment la paix, la stabilité et la quiétude sociale de ces pays. Les échéances électorales de cette année au Sénégal mais surtout à la République Fédéral du Nigeria concentrent l’essentiel des observations. Nonobstant, le coup de tonnerre nous vient de la Cour Pénal International (CPI) qui a « fait droit de demande d’acquittement » et donc prononcé la libération immédiate de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ainsi que de son compère à la Haye Charles Blé Goudé. Ceci vient rajouter toute l’incertitude autour du paysage politique ivoirien, marqué ces mois-ci par l’effritement des alliances entre ancien alliés, rapprochement contre nature entre ex-ennemis politiques, les signes avant-coureurs des élections futures notamment la présidentielle de 2020 déjà présente dans tous les esprits ainsi que le sinistre spectre de la crise postélectorale malgré les récentes déclarations d’apaisement du président Alassane Dramane Ouatara.

En Afrique du nord, c’est la main tendue du roi du Maroc à son voisin algérien, les guerres de positionnement, les remous au sein du Front de Libération National (FLN) algérien et la nième question d’un « nouveau » mandat pour le Président Bouteflika qui focalisent les analyses. Aussi les discussions inclusives à Genève du 4 au 5 décembre sur la République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD), territoire dont le sort a tendu les relations dans cette région pendant des décennies, laissent entrevoir une lueur d’espoir. En effet, cette table ronde sous l’auspice de l’ONU à travers son envoyé spécial, l’ancien président allemand, Horst Köhler a permis la participation pour la première fois de toutes les parties prenantes. Suffisant pour garantir un début dénouement heureux accepté de tous ?

Dans la lancée de ces remarquables transformations, c’est, sans conteste aucun, la corne de l’Afrique notamment en Éthiopie qui est en train de nous livrer le plus profond bouleversement. En effet, depuis l’accession du jeune et réformateur premier ministre Ahmed Abby, aucun secteur de la vie n’est épargné par cette Révolution Ethiopienne. Il était temps me diriez-vous ? On est plongé dans une nouvelle ère dans cette partie du continent. Certainement, nous assistons   aux évènements les plus intéressants présentement en Afrique voire dans le monde, comme l’a reconnu récemment dans un entretien l’envoyé spécial de la Maison Blanche pour l’Afrique. Un rééquilibrage politique avec le retour des dissidents et exilés politiques, la lutte contre l´impunité et les crimes économiques, les arrestations au sein de l´armée symbole de l´impunité et de corruption, des élections générales prévues en 2020, l´organe chargé de ces élections confié à une opposante, un retour à la quiétude et embrassade entre les pays frontaliers, mettant fin du coup à des années de conflits, d’injures et de suspicions. Des décisions hautement courageuses, qui sont une réponse sanglante à tous ses petits dictateurs du continent qui continuent à fanfaronner sans rire. Ces derniers n’hésitent pas à crier sous tous les toits qu’ils sont les seuls capables de mener correctement la destinée de leurs pays ; qu’après eux ce sera le déluge ; qu’ils sont les seuls garants de la paix ou encore d’autres fadaises aussi pitoyables qu’incongrue comme la "force de l’expérience".

Coup sur coup, comme sur une piste d’athlétisme, le jeune premier ministre inaugure un gouvernement paritaire, avance dans le chantier de la libéralisation de l'économie du pays, appui la candidature de la première femme présidente de la nation ainsi que celle de la cour suprême. Des décisions qui ne sauraient être possible sans instaurer une certaine culture de l’alternance au sommet de l’Etat, en forgeant des institutions fortes et en mettant tout notre dévolu dans la formation des ressources humaines pour une Afrique émergeante, digne de son histoire glorieuse et son futur prometteur.

Les experts sont presque tous unanimes que: L’Afrique est le futur de notre unique et contaminée planète. Désormais il faudrait la regarder par le pare-brise et non plus par le rétroviseur. Ce qui justifie certainement, les sommets économiques, multilatéraux et de coopérations tous azimuts organisés dans les grandes villes du monde avec des questions comme : l’insécurité, le multilatéralisme, l´épineux problème de la migration entre autres.

Le futur est le pouvoir de l’Afrique. Nous avons la capacité de le maitriser, de l’orienter conformément à nos objectifs. Voilà pourquoi le futur c’est aujourd’hui et non demain. C’est Gunther Frank qui l’affirme à juste titre « L’avenir n’est pas un destin aveugle ». Nos efforts d’aujourd’hui garantissent le développement de demain. C’est aussi pourquoi l’avenir c’est aujourd’hui et non demain. Je le comprends ainsi.

Ismaël Oumarou Issaka

 

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