Monsieur le “Président” si Gandou Zakara peut siéger à la Cour constitutionnelle, autant y remplacer tous les autres par les membres du Présidium du Pnds

 Monsieur le “Président” si Gandou Zakara peut siéger à la Cour constitutionnelle, autant y remplacer tous les autres par les membres du Présidium du Pnds J’ai appris, sans surprise aucune, que Gandou Zakara, un homme que l’on soupçonne depuis longtemps d’être une main de l’ombre de la Cour constitutionnelle, a finalement atterri là-bas. Désigné par ses pairs pour siéger à la Cour qui est juge des questions électorales, Gandou Zakara est un militant du Pnds dont personne, jusqu’à preuve du contraire, ne peut douter de l’engagement, que dis-je, de l’aveuglement, à servir le parti et vous-même. Quoi de plus logique et attendu à partir du moment où le bruit qui court en ville considère Gandou Zakara comme le «huitième membre» de la Cour constitutionnelle bien avant cette consécration. Ses pairs qui l’ont désigné en toute responsabilité savent parfaitement à qui ils ont affaire. Qu’ils soient dans le coup ou pas, ils ont donné aux Nigériens une certaine idée de l’intégrité et selon toute vraisemblance, il y a la mer à boire entre eux et moi. J’admets cependant que Gandou Zakara est dans son monde ; un monde avec ses moeurs et ses méthodes, ses valeurs aux antipodes de celles de la société nigérienne, sa cupidité et sa volonté de se maintenir au pouvoir, quoi qu’il advienne. Si des voix s’élèvent ici et là pour fustiger l’entrée à la Cour constitutionnelle de l’homme qui s’est illustré par son peu d’égards pour la loi, il reste qu’il n’est ni isolé dans ce cas ni plus indélicat que d’autres. Entre autres, il est évoqué à volonté les cadeaux fiscaux qu’il a octroyés à Airtel Niger, dans une procédure insolite, mais aussi son rôle trouble, pour ne pas dire antipatriotique, dans le dossier Africard. Pour vous dire vrai et sincère, si Gandou Zakara peut siéger à la Cour constitutionnelle, autant y remplacer tous les autres par les membres du Présidium du Pnds. Vous le savez et tous ceux qui l’ignorent doivent le savoir, Gandou Zakara est le troisième Secrétaire adjoint aux Affaires juridiques et aux droits humains du Comité exécutif national (CEN) du Pnds Tarayya. Non seulement Gandou n’a pas fait, durant son séjour au Secrétariat général du gouvernement, d’intégrité, mais il est politiquement si affiché qu’il n’est pas digne d’un minimum de confiance pour siéger comme juge électoral. Je comprends dès lors pourquoi l’opposition estime qu’on veut les embarquer dans un processus électoral pour des élections gagnées d’avance.

Monsieur le ‘’Président’’

Plus que tout, l’entrée de Gandou Zakara à la Cour constitutionnelle est une insulte au peuple nigérien. Elle l’est également pour vous, personnellement, puisque vous l’avez limogé pour des raisons gravissimes que je connais parfaitement. Vous allez sans doute rétorquer que vous n’avez rien à voir dans cette désignation et que, s’il y a quelqu’un à plaindre, ce sont ses pairs universitaires qui l’ont librement désigné. C’est là une belle posture de défense qui ne résiste pas cependant aux actes qui vous incriminent comme partisan dans le jeu politique alors que la constitution vous en défend formellement. Je vous opposerai deux exemples qui attestent de votre implication dans le jeu politique partisan ; une implication qui vous présente plus comme chef d’un clan politique plutôt que comme président de la République dévoué à la défense et au bienêtre de tous vos compatriotes, sans distinction d’appartenance politique. Le premier exemple est relatif à la fameuse lettre que Pierre Foumakoye Gado a adressée aux instances du Pnds pour leur notifier que le choix de Mohamed Bazoum comme candidat du parti au titre de l’élection présidentielle à venir est une émanation du président de la République que vous êtes. Le second est ce post par lequel Mohamed Bazoum, votre «élu», a informé que « Le président de la République l’a dépêché à Madaoua pour présenter ses condoléances aux familles de nos compatriotes décédées dans un accident de la route alors qu’elles se rendaient à Tahoua pour participer aux assises du conseil fédéral de l’OFT [Organisation des femmes tarayya]. « J’ai été instruit, écrit-il, par le président de la République, de tout mettre en oeuvre pour l’évacuation et la prise en charge totale de nos compatriotes de Madaoua ». Ce mérite, apparemment, vous ne le reconnaissez qu’aux militants du Pnds tarayya et vos compatriotes sont très nombreux à fustiger cet esprit de clan. Un deux poids, deux mesures qui donne la preuve que les Nigériens ne sont pas logés à la même enseigne. Pour étayer ce qu’ils déclarent, ils évoquent notamment tous ces cas dans lesquels des compatriotes meurent ou sont grièvement blessés dans des accidents de la route ou même victimes d’attaques terroristes, mais qui n’ont jamais valu de votre part autant de compassion et de sollicitude. Ils ignorent que là, on parle bien du Pnds, le parti-Etat dont est membre un certain Gandou Zakara. Ils ignorent que ce parti prime sur tout et qu’il y a sans doute mieux à détenir la carte du Pnds que d’avoir la carte nationale d’identité. Ils ignorent que de toutes les couleurs, le rose est «sacré» sous la renaissance et qu’il n’y a pas lieu de vouloir aligner sur le même pied d’égalité les Nigériens qui sont du rose avec ceux qui ont choisi plutôt le vert, l’orange, le bleu, etc.

Monsieur le ‘’Président’’ Vous connaissez mieux les Nigériens que moi. Ils sont indécrottables. Lorsqu’ils tiennent quelque chose, ils ne lâchent pas facilement. Beaucoup d’entre eux soulignent ainsi que même les éléments des Forces de défense et de sécurité, en mission de défense de l’intégrité du territoire national et de la sécurité de leurs compatriotes, tombés sur le champ de bataille ou blessés, n’ont jamais bénéficié d’un tel acte de reconnaissance. Vous êtes pourtant le chef suprême des armées et celleci est en droit d’attendre de vous soutien et réconfort dans les heures difficiles. J’ignore les raisons pour lesquelles vous agissez ainsi, mais je dois vous dire que ce n’est pas bien. Ni pourvous-mêmeni le Niger. Tout comme Pierre FoumakoyeGado, Mohamed Bazoum n’est qu’un émissaire et l’un, comme l’autre, a tenu à le mentionner. Cette mention de votre personne dans un jeu partisan dont vous devez vous tenir éloigné ne semble manifestement pas vous indisposer et c’est sans doute parce qu’ils savent que cela ne vous fait ni chaud ni froid que votre nom soit associé à la vie du Pnds Tarayya, qu’ils l’ont indiqué.

Monsieur le ‘’Président’’

Je voudrais bien, avant de mettre un point final à cette lettre, vous dire qu’Idé Kalilou, l’ancien directeur général des Impôts et coordonnateur régional Lumana de Dosso, a été finalement libéré de prison, sur une ordonnance de non-lieu du juge. Une justice faite à cet homme qui aura passé trois années précieuses de sa vie en prison. Cet effort, je ne le reconnais pas qu’au juge, mais également à vous, le président du Haut conseil de la magistrature. C’est pourquoi je vous demanderais d’intercéder auprès de la justice pour que Bakary Saïdou retrouve également sa liberté dans les plus brefs délais. Loin de moi l’idée de laisser entendre que vous êtes celui qui fait et défait dans ce domaine précis. Mais je sais qu’au regard de l’organisation institutionnelle de la justice, l’on n’est pas président du Haut conseil de la magistrature pour rien. Bakary Saïdou, vous le savez, est innocent par rapport au motif pour lequel il est maintenu en prison. Tous ceux qui vous entourent et qui liront cette lettre savent certainement que rester insensible à un tel cas, c’est cautionner une situation qui peut être le sort de chacun de nous. Chacun de nous, je veux dire, est susceptible d’être victime d’une injustice et/ou d’un abus de pouvoir quelconque. C’est pourquoi nous devons combattre l’injustice et ceux qui l’entretiennent. La semaine dernière, je vous l’avais dit :l’injustice est un cancer qui n’épargne pas non plus celui qui inocule le virus.

Mallami Boucar 
09 mars 2019
Publié le 27 février
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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