M. le Président de la République, pourquoi ces 140 km de Rails inutiles de Niamey à Dosso ?

Image d'illustration M. le Président, Vous devez être assurément le dirigeant le plus heureux de la terre parce que vos compatriotes,les Nigériens, plus que lassés par vos actes, ont décidé depuis un certain temps, de vous observer et vous laisser faire ce que ce que bon vous semble.

Mieux, vous avez récidivé en multipliant les chantiers peut être utiles pour votre prestige personnel, mais dont l’opportunité, l’inutilité ainsi que la rentabilité économique sont tout aussi discutables pour nous autres Economistes, sans pour autant que vos opposants, qui disposent d’un pouvoir de contestation formel, ne réagissent pas à notre goût, nous autres citoyens de ce pays. Quel est votre secret pour mériter une telle indulgence ?

Puisque vous venez de donner votre bénédiction à votre dauphin charger de poursuivre votre oeuvre, deux ans avant l’échéance, je me réserve le droit, en tant que citoyen, de vous interpeler sur des projets me tenant particulièrement à coeur et initiés bien avant votre avènement. Les paroles d’Abraham Lincoln (1809 - 1865) disant que "Le silence devient un péché lorsqu'il prend la place qui revient à la protestation ; et, d'un homme, il fait alors un lâche", m’y confortent.

Jugez en vous-même : sur la base d’un projet intégrateur initié et concrétisé par le défunt Président Baré et d’autres partenaires, matérialisé par la signature d’une convention le 15 janvier 1999, soit trois mois avant sa « disparition », vous avez fait poser, depuis 2015, 140 km de rails inappropriés entre Niamey et Dosso, dans le pays le plus pauvre du monde et toute illégalité. Et cerise sur le gâteau, sans la moindre étude de faisabilité, dans des conditions des plus opaques, et personne n’a osé élever la moindre protestation à la hauteur de la gravité des actes posés. De quoi s’agit-il ?

Du fait de sa vision du développement économique de notre pays, le défunt président Baré (PSA), il a souscrit au nom de notre pays des engagements internationaux souscrits, tels que « la résolution de la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) adoptée au Caire le 27 novembre 1997 », qui a abouti au projet de boucle ferroviaire initié par plusieurs pays, avec pour objectif de relier le Bénin à la Côte d’Ivoire, via un réseau ferroviaire passant au Niger et au Burkina porté par Africarail. Ces engagements ont abouti à la signature du protocole du 15 janvier 1999 sous le mandat du président Ibrahim Mainassara Baré et au protocole additionnel du 31 août 2000 entre le Niger et Africarail, qui devenait de facto le concessionnaire du droit de construire et d’exploiter les ouvrages d’art et les infrastructures ferroviaires sur l’axe Kaya (Burkina Faso) – Niamey (Niger) – Parakou (Bénin), Aného (Togo) – Ouidah (Bénin) ainsi que sur l’axe Blitta (Togo) – Ouagadougou (Burkina Faso) constituant la grande boucle ferroviaire de l’Afrique de l’Ouest. Ces rails devaient être réalisés dans tous les pays selon les standards internationaux qui exigent un écartement standard (1,435 m) pour que les tronçons puissent être interconnectés.

Ces infrastructures,faut-il le rappeler, devraient permettre à terme, notamment l’exploitationdes gisements prometteurs :

  1. de fer de Say et de Kollo dont les réserves sont estimées à 1,2 milliards de tonnes, avec une teneur évoluant de 40 à 45% Fe2O3.
  2. de phosphates du Parc du W dans le Liptako Gourma, dont les réserves sont estimées à plus d’un (1) milliard de tonnes avec une teneur moyenne de 23% P2O5.

Je rappelle que suite à une plainte d’Africarail, la société bénéficiaire du protocole, la Cour d’Appel de Cotonou avait ordonné « la cessation par Bolloré Africa Logistics de tous travaux entrepris sur le site de l’OCBN (Organisation commune Bénin- Niger), sous astreinte de 100 millions. millions de F CFA par jour de résistance » et Le groupe français s’était plié à la décision juridique. Les travaux de Bolloré sur le chemin de fer reliant la capitale béninoise Cotonou, à la capitale du Niger, Niamey ont été également bloqués. Les rails posés ne respectaient pas les normes standards.

Et qu’ensuite, dans une déclaration commune, le Niger et Africarail avaient mis un terme à leurs différends juridiques qui reconnait les droits de concessions conformément aux protocoles susvisés », mais vous aviez remis en cause ledit accord, ce qui a poussé cette société à saisir la cour arbitrale à Abidjan.

Pour ma part, puisqu’en son temps, vous avez été plus qu’un opposant utile, c’est à dire un contre-pouvoir effectif, je le reconnais, empêchant aux pouvoirs successifs de s’endormir, et que notre pays a consenti des sacrifices pour que je devienne Economiste, je n’ai pas d’autre choix que de vous renvoyer l’ascenseur. En vous interpellant régulièrement sur les chantiers intégrateurs que vous n’aviez pas initiés, et que malheureusement, vous tentez de vous approprier de manière flagrante, sans en respecter l’esprit.

Mon dilemme :

  1. Pourquoi, le dernier pays du monde en termes de devéloppement humain se permet-il, à travers vos actes, de jeter par la fenêtre des centaines de milliards de nos francs pour des rails inutiles ? Etes-vous certain que vos administrés savent que le groupe Bolloré réclameraitpour son indemnisation, et c’est son plein droit puisque rien ne lui été exigé au départ, 3 milliards d’euros soit 1967 milliards de FCFA et Africarail réclamerait 292 milliards de FCFA soit au total 2259 milliards de FCFA, pour les travaux réalisés dans les deux pays. Le groupe Bolloré et Africarail sont dans leurs droits en réclamant une indemnisation.
  2. Ainsi, pourriez–vous nous dire qui serait à mesure d’évaluer le pactole gaspillé pour des travaux démarrés sans études de faisabilité, sans appel d’offres, sur un simple coup de tête de votre part ?
  3. Pourquoi aviez tant tenu à être filmé debout sur un train en partance pour Dosso, pour matérialiser l’avènement du train « après plus d’un siècle d’attente », alors même que vous saviez que ledit train n’arriverait jamais à destination ?
  4. Pourquoi,pour la réalisation d’une telle folie, aviez-vous fait acheminer selon la presse, des rails du Burkinapour près de 6 milliards de FCFA pour servir à votre peuple cette mise en scèneburlesque du 18 décembre 2015 ?
  5. Pourquoi alors, aviez-vous engagé des travaux avec le Groupe Bolloré en violation du protocole du 15 janvier 1999, sans études de faisabilité?
  6. En procédant ainsi, étiez-vous simplement mû par votre désir d’enterrer le protocole du 15 janvier 1999signé sous le mandat du président Baré dans le but de vous approprier ledit projet ?
  7. Pourquoi faire supporter autant de charges financières au pays le plus démuni du monde, qui doit tendre la sébile pour nourrir ses populations ? Monsieur le Président, je vous prie de considérer mes interpellations comme les angoisses légitimes d’un citoyen préoccupé par l’avenir de ses enfants et petits-enfants qui, bien que constituant plus 80% de la population, ne vont plus à l’école, sont confrontés à l’insécurité et la malnutrition et dont les dirigeants ne se soucient dans l’immédiat que de s’éterniser au pouvoir ?
    A l’occasion, l’Hymne du Wassoulou, m’inspire, qui propose : « Si tu ne peux organiser, Diriger, et Défendre le pays de tes pères, Fais appel aux hommes les plus valeureux !
    Veuillez agréer, monsieur le président, l’expression de ma déférence.

Djibrilla Mainassra Baré Citoyen Nigérien 

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