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Amères vérités : Nous sommes au Niger, un pays dans lequel, des gens se disent ouvertement fiers d’appartenir à un pouvoir incarné par des hommes qui sont incapables de se déterminer clairement face au trafic de drogue

YPourquoi, donc, la question de la drogue n’a jamais préoccupé, outre mesure, les autorités nigériennes de la 7e République ? La question est de plus en plus abordée avec des tendances inquiétantes dans les hypothèses dans les discussions de fadas et de salons et depuis que ce Mohamed Sidi Mohamed s’est fait épingler en Guinée Bissau avec 800 kilos de cocaïne. L’affaire de la saisie des 800 kilos de cocaïne en Guinée Bissau ? C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Quant aux hypothèses et tendances, elles tournent carrément en certitudes, voire en convictions, si ce ne sont encore des sentences graves et sans appel à l’encontre des plus hautes autorités.

À l’épreuve des faits et des évènements, on a beau être le meilleur avocat du monde, on est non seulement obligé de plaider coupable, mais on ne peut, non plus, revendiquer la moindre circonstance atténuante pour leur compte. Bien avant l’arrestation de Mohamed Sidi Mohamed, conseiller spécial du président de l’Assemblée nationale et militant d’un parti politique de la majorité, avec sa cargaison frauduleuse de cocaïne, d’autres officiels nigériens ont été cités dans des affaires de drogue. Il y en a à l’Assemblée nationale, au Cabinet du Premier ministre, à la présidence de la République, à la Direction générale de la sureté de l’Etat (DGSE), un service d’espionnage et de contre-espionnage rattaché à la présidence de la République, bref il y en a partout si l’on s’en tient à l’étendue et à la gravité du fléau. Outre les saisies de drogue récurrentes sur des bus de transport en commun, les Nigériens ont découvert que Niamey est devenue la plaque tournante du trafic de drogue depuis qu’un entrepôt de plusieurs tonnes de résines de cannabis a été … par la police, après un échange nourri de coups de feu, dans la nuit du 14 au 15 juin 2018.

Non seulement le président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale ne sont pas débarrassé de leurs conseillers cités dans des affaires de drogue, mais la justice ne les a jamais inquiétés. Ce qui indique clairement que ce sont des intouchables, des hommes de main dont on connaît parfaitement, au sommet de l’Etat, les attaches et les protections..

Comment peut-on protéger un trafiquant de drogue et prétendre lutter contre le terrorisme et le banditisme transfrontalier ? Cette question pourrait être attribuée sans bavure à Mohamed Bazoum, ministre de l’Intérieur, président du Pnds et candidat à la présidentielle, investi, hier, dimanche 31 mars 2019. Pour Bazoum, et c’est vrai, c’est l’argent tiré du trafic de drogue qui finance et entretient le terrorisme et le banditisme transfrontalier. Cette conviction, Bazoum l’a martelée lors d’une interview à Sahel-Dimanche. Une vérité centrale à partir de laquelle d’autres questions secondaires s’imposent..

1. Pourquoi le Président Issoufou n’a jamais fait du trafic de drogue un sujet de préoccupation alors qu’il a clamé partout que le Niger sera le tombeau de BokoHaram ?.

2. Pourquoi est-il si facile pour lui de limoger un HassoumiMassoudou alors qu’il ne peut pas et/ou ne veut pas se débarrasser de conseillers cités dans des affaires de drogue ?.

3. Pourquoi, en particulier, même le démantèlement d’un entrepôt de plusieurs tonnes de drogue à Niamey n’a pas troublé le président de la République, président du Haut conseil de la magistrature, président du Conseil national de sécurité, président du Conseil national de défense, chef suprême des armées ?.

Ces trois questions n’épuisent pas, loin s’en faut, les rapports troublants des autorités nigériennes avec des hommes avec lesquels, en principe, ils doivent impérativement prendre leurs distances et les combattre sans répit, avec hargne et détermination, afin de préserver la sécurité du Niger et des Nigériens. Cependant, ces trois questions suffisent amplement à comprendre le niveau de putréfaction morale de notre société, le degré de décadence de nos valeurs. A-t-on besoin de regarder plus loin pour voir et comprendre ? Lorsque des autorités politiques à qui l’on reconnaît une tendance à parler comme des pies se gardent pieusement d’aborder une question, c’est que le sujet les gêne considérablement. Pour le cas précise de Mohamed Sidi Mohamed, jusqu’à preuve du contraire, OusseïniTinni n’a pas publié un communiqué radiant l’intéressé de la liste de ses conseillers. De même, le gouvernement n’a pas fait la moindre déclaration, ne serait-ce que pour annoncer solennellement sa volonté de collaborer avec la DEA américaine et INTERPOLE afin de démanteler le réseau et de mettre hors d’état de nuire les commanditaires et complices éventuels de l’intéressé au Niger. Même Mohamed Ben Omar, ministre de …et président du PSD Bassira, si bavard d’ordinaire, n’a pas daigné faire la moindre déclaration pour faire plonger Mohamed Sidi Mohamed..

Le silence des autorités nigériennes sur cette question est d’autant plus troublante que des sources proches du pouvoir ont appris à l’opinion que Mohamed Sidi Mohamed n’est pas Nigérien, mais Malien ; qu’il serait lié au manitou du cartel de la drogue au Sahel et qu’il menait ses activités de trafic de drogue en direction de l’Algérie depuis belle lurette ; qu’enfin, il est impliqué dans l’affaire des tonnes de drogue saisies dans un entrepôt, à Niamey, etc. Des informations qui prouvent que l’intéressé est bel et bien connu au Niger et que ses activités criminelles ne sont pas non plus inconnues. C’est ce pouvoir politique qui règne sur le Niger et dont les tenants s’offrent, cerise sur le gâteau, le luxe de déclarer qu’ils sont majoritaires dans le pays..

C’est ce pouvoir qui nous parle de valeurs, d’ambitions pour le Niger, mais aussi d’émergence..

C’est ce pouvoir qui se prépare à passer le témoin à l’un de ses membres, en l’occurrence Mohamed Bazoum. Et selon toute vraisemblance, il ne s’agirait pas d’être élu par les Nigériens, mais plutôt grâce à la magie de la technique électronique. Car, s’il est vrai que l’élection présidentielle est une rencontre entre un homme et son peuple, il est tout autant vrai que l’homme désormais investi candidat du PndsTarayya n’a aucune chance de gagner une élection présidentielle. Il faut le dire, à chanque fois qu’il a été élu député à Tesker, une circonscription électorale spéciale, Mohamed Bazoum ne l’a été que grâce aux voix supplémentaires d’un parti allié. Et il faut sans doute être malhonnête pour croire et soutenir que l’homme est plus populaire ailleurs que chez lui. S’il n’a jamais été capable de réunir sur sa candidature, dans la localité dont il est originaire, le nombre de voix nécessaire pour se faire élire député, Mohamed Bazoum est certainement un poids plume dans le cercle des prétendants au fauteuil présidentiel..

Mahamadou Issoufou a passé le témoin à la tête du Pnds et il l’a imposé comme candidat au parti rose. L’imposera-t-il aux Nigériens comme président de la République ? Rien n’est moins sûr. Car, nous sommes au Niger, un pays dans lequel des trafiquants de drogue se permettent de se livrer à leurs activités criminelles en toute impunité, y compris en faisant pourchasser et tuer comme dans le cas de Koreini Ali, en laissant les autorités centrales de marbre..

Nous sommes au Niger, un pays dans lequel, des gens se disent ouvertement fiers d’appartenir à un pouvoir incarné par des hommes qui sont incapables de se déterminer clairement face au trafic de drogue..

La gouvernance de Mahamadou Issoufou n’a rien à voir avec une «renaissance culturelle», concept clamé et chanté pour charmer, elle est le venin qui tue. Et si Mohamed Bazoum compte assurer la continuité, l’on n’a pas besoin d’être un devin pour comprendre..

BONKANO

09 avril 2019
Publié le 1er avril 2019
Source : Le Canard en Furie

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