Amères vérités : À propos de l’IDH, Mahamadou Issoufou n’a pas compris ou refuse de comprendre que les choses se construisent, elles ne se décrètent pas

idhÀ dire vrai, il y a beaucoup de questions à se poser à propos de ces projets successifs, incohérents et budgétivores du Président Issoufou. En huit ans, il a construit et cassé, fait et défait, érigé et détruit les mêmes ouvrages, sans que l’on sache exactement ce qu’il vise comme objectifs. En l’espace d’un an, il a fait construire des monuments à coups de centaines de millions pour les détruire presque aussitôt et faire, en lieu et place, tout autre chose. C’est le cas du rond-point Adamou Moumouni Djermakoye ou encore le rond-point Maourey, entre autres. On l’a vu faire détruire des centaines de boutiques et établissements commerciaux au prétexte qu’ils sont établis le long de murs de services publics et que cela ne saurait être tolérable. Le gouverneur de l’époque, un certain Hamidou Garba, a été investi de cette mission sordide qu’il exécuta avec zèle et dévouement. Au nom de cette logique surprenante, l’affaire a pris rapidement des allures de destruction massives, sans discernement. Puis, moins d’un an plus tard, aux mêmes endroits ont ressurgi, parfois, les boutiques et établissements saccagés. On l’a encore vu, plus convaincu que jamais, sur le chantier de construction d’un chemin de fer, promettant à qui veut l’écouter, que le 18 décembre 2014, il se rendrait à Dosso en train. On était alors à quelques mois de la date indiquée. Comme s’il s’agissait d’un jeu d’enfant. Non seulement, c’est à l’entrée de Dosso qu’il a embarqué dans un vieux wagon fatigué des années 45 tracté, mais il a arrêté, du jour au lendemain, de parler de ce projet incroyablement démentiel, laissant aux Nigériens de vieux vestiges de ferrailles dangereuses pour la circulation routière. On est loin d’avoir fini d’égrener le chapelet. Sur le plan énergétique, on a vu le Président Issoufou s’empresser, avec enthousiasme, de faire la centrale thermique diesel de Gorou Banda. Dans ce projet sans lendemain, il a investi, selon les informations officielles, plus de 75 milliards de francs CFA, promettant la fin des délestages. Puis, moins de deux ans après, alors que personne ne s’y attend, il fait commander, pour quelques six milliards de francs CFA, deux groupes d’une capacité de 16 mégawatts pour sa conférence de l’Union africaine. Et comme il n’y a jamais deux sans trois et que le pilotage à vue est le propre du Président Issoufou, il fait adopter, en conseil des ministres, une convention de partenariat public privé avec une société dénommée ISTISTHMAR WEST AFRICA pour la production et la fourniture d’énergie électrique. Pendant ce temps, il claironne à tous vents que le barrage de Kandadji est sa priorité.

Dans le domaine de l’insécurité, il a proclamé que le Niger sera le tombeau de Boko Haram, mais, paradoxalement, il a mis, au fil du temps et d’une façon ou d’une autre, hors du jeu sécuritaire, un très grand nombre d’officiers valeureux des Forces de défense et de sécurité. Voici, pour mémoire, la liste de ces officiers jugés indésirables : les colonels-majors, Abdoulaye Badié, Sanda Boubacar, Diallo Amadou, Abdoulkarim Goukoye, Abdoulaye Adamou Harouna, Salifou Modi, le colonel Tahirou Arouna Zarma, le capitaine Hassane Amadou Chekaraou, le capitaine Issa Amadou, le chef de Bataillon Issifi Oumarou, l’adjudant Abdoulaye Mounkaïla, le capitaine Ousmane Awal Hambali, le colonel Idi Abdou Dan Haoua, le colonel Narey, le général Salou Souleymane, le colonel-major Soumana Zanguina, le lieutenant-colonel Oumarou Hima, le capitaine Kafougou Maï Manga, le lieutenant Djibrilla Amadou Aoui, le général Mahamadou Mounkaïla, etc.

Cette façon de conduire les affaires de l’État, faite d’errements, a coûté très cher au Niger et nous sommes loin de voir le bout du tunnel. Pourquoi tant de tâtonnements ?

En vérité, dans la plupart des cas de ces chantiers entrepris et vite abandonnés, Mahamadou Issoufou n’a aucune maîtrise de ce qu’il fait faire. Il semble agir en fonction de conjonctures précises liées, souvent, à des desiderata émanant d’amis étrangers plus soucieux de se faire de l’argent que du sort des Nigériens. C’est le cas avec les rails dont il a concédé la construction à Vincent Bolloré, pour un écartement d’un mètre alors que le Bénin voisin envisageait de faire reprendre son chemin de fer en le conformant aux normes internationales, soit 1234 mm. C’est le cas également avec ces ouvrages réalisés et surfacturés sur les ronds-points et qui sont en train d’être engloutis, un an après, dans le projet de voie express. C’est enfin le cas avec cette valse d’actes incohérents posés dans le domaine de l’énergie électrique.

Où se trouve la vision que chantent ses thuriféraires ?

Il est clair que si l’on mettait les présidents à l’épreuve avant d’être élus, Mahamadou Issoufou ne serait jamais président du Niger, y compris dans les conditions que l’on sait. L’école, la justice, la santé, l’agriculture, l’eau, l’électricité, la démocratie, les libertés publiques, tout, absolument tout, est dans le rouge. Par contre, des individus, et ils sont très nombreux, se sont enrichis, le trafic d’armes et de drogue s’est développé, le terrorisme s’est amplifié, la corruption a atteint des sommets incroyables. Et les choses vont de mal en pis, faisant dégringoler davantage, chaque jour qui passe, un pays qui est déjà dernier de la planète au classement de l’Indice de développement humain (IDH).

Avec la situation de pénuries d’eau et d’électricité, dans presque tout le Niger’, il est certain que cette fois-ci, le Niger sera plus que dernier. Et dire que le Président Issoufou, qui manque terriblement de fil conducteur, a mis en place un comité qu’il préside personnellement sur l’IDH. Il n’a pas compris ou il refuse de comprendre que les choses se construisent, elles ne se décrètent pas. Il affecte des montants misérables aux secteurs sociaux de base et met un comité interministériel qu’il préside, sans se rendre compte qu’il est en train de chercher à faire une toiture sans charpente.

Bonkano  

26 mai 2019
Publié le 13 mai
Source : Le Canard en Furie

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