Amères vérités : Le pire est à venir avec ce régime

 Amères vérités : Le pire est à venir avec ce régime. Sous Mahamadou Issoufou, le laid, le vulgaire, l’illégal, le délit, le temporaire, c'est-à-dire le précaire, le vulgaire, semblent réunis dans la marque de fabrique du régime. Si ce qui est fait semble irréprochable du point de vue de la qualité et de la résilience comme dans le cas de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, il est néanmoins fait dans la transgression de la loi. Au lieu de 20 ans tel que prescrit par la loi, Mahamadou Issoufou a cédé la gérance au turc SUMA pour 30 ans, soit dix années supplémentaires au détriment du Niger. Sinon, en général, tout est vulgaire et précaire. À Dosso, les travaux entrepris dans le cadre de Dosso Sogha n’ont jamais été achevés, notamment en matière de voirie. À Agadez, à Maradi, à Zinder, ce qui est réalisé semble s’écrouler, laissant l’Etat avec ses dettes et des ruines tandis que les bénéficiaires des marchés se la coulent douce, tranquilles pour avoir partagé avec ceux qui pourraient menacer leur liberté en leur demandant des comptes. Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a eu aucune sommation de reprise des travaux constatés défectueux, encore moins de poursuite judiciaire à l’encontre des indélicats. N’estce pas un indice grave de corruption ?

Pendant que l’argent public est dilapidé par le biais de projets qui ne durent pas plus que la rosée, sans reddition de comptes pour les auteurs, co-auteurs et complices, la haute autorité de lutte contre les infractions et délits assimilés (HALCIA) roupille en ronflant en plein jour. Incapable rendre véritablement service à la nation en épinglant les auteurs de ces actes scélérats de grande flagrance, ses responsables sont chèrement payés à ne rien faire. Depuis des années qu’elle est installée, la HALCIA n’a fait que de la propagande. Si elle a eu à conduire des enquêtes, cela n’a presque servi à rien puisqu’elle n’a pas, à ce jour, justifié sa raison d’être à travers un bilan de dossiers judiciaires dont elle est l’auteur et qui ont connu un aboutissement heureux pour l’Etat. Entendu ainsi, la HALCIA, en réalité, n’a pas de bilan. Au contraire, elle coûte trop cher pour ne pas être dissoute ou à contrario, qu’on ne demande des comptes à ses responsables. Si vous êtes incapables de faire le boulot pour lequel l’Etat vous verse des émoluments importants, d’autres feront le leur en vous demandant de justifier, un jour, l’argent que vous avez perçu, à l’aune de la mission qui vous a été donnée.

En vérité, la HALCIA n’a aucune excuse. Se prévalant de peu de pouvoirs pour mener à bien sa mission, le gouvernement a initié un projet de loi qui lui donne des pouvoirs étendus ; un projet de loi que l’Assemblée nationale s’est empressée d’adopter, sans avoir préalablement exigé d’apprécier objectivement un résultat quelconque qui justifierait une prime d’encouragement. On lui a donné un chèque en blanc. Malgré tout, elle peine à faire la preuve que ses responsables ne sont pas payés à ne rien faire.

La HALCIA continue donc à roupiller comme tous ces pantins politiques qui ne servent que ceux qui les créent. Toutes ces infrastructures qui s’écroulent constituent en soi des interpellations de la HALCIA et du Parquet bien entendu. Mais, selon toute vraisemblance, la HALCIA et le Parquet n’entendent pas le fracas de ces effondrements ou plutôt, pour être prosaïque, ne veulent pas l’entendre. Par contre, ils entendent bien les murmures qui ne plaisent pas en haut lieu. Des murmures qui, s’ils constituent, dans certains cas, des dérives que l’on ne peut cautionner et encourager, n’en constituent pas moins les conséquences des abus de pouvoir que subissent les auteurs, de la justice à double vitesse qu’on leur oppose, en un mot, de la gouvernance scandaleuse qui a cours sous Mahamadou Issoufou.

Le laid, le vulgaire, l’illégal, le délit, le temporaire, c'est-à-dire le précaire, le vulgaire, constituent la marque de fabrique du régime. C’est ce moule que s’est fabriqué le pouvoir actuel et c’est dans cette logique qu’il gouverne, sans se préoccuper du sort des Nigériens. Lorsqu’on a vu le jour dans la boue et qu’on y a toujours vécu en se sentant dans son monde, il n’y a guère de surprise pour les autres que l’on veuille y demeurer et y faire carrière. C’est dire que les autorités actuelles, issues d’un hold-up électoral, ne comptent pas, pour rester au pouvoir en2021, sur le renouvellement d’une confiance populaire qui n’existe pas. Par contre, elles ont amassé des fortunes colossales, acquises en huit années de gestion sur le dos du peuple nigérien, adopté des lois sur mesure et placé des hommes sûrs à des stations stratégiques de prise de décision et de justice. C’est la plus grande assurance pour des gouvernants qui se savent impopulaires et condamnés, en cas d’alternance à la tête de l’Etat, à des redditions de comptes redoutables. C’est cette éventualité de rendre compte de l’usage fait de l’argent public, de ces violations délibérées des lois de la République, de ce trafic de drogue qui finance le terrorisme et le banditisme transfrontalier, de la compromission des intérêts du Niger dans des scandales politicofinanciers et des contentieux sciemment provoqués et entretenus…qui justifie chez les autorités actuelles la détermination à maintenir, quoi qu’il advienne, le code électoral. Avec cette loi électorale et le dispositif institutionnel en place, l’on a beau être impopulaire et détesté du peuple, l’on se fait "élire haut la main". C’est cette assurance qui donne des ailes à un Mohamed Bazoum et qui fait rêver le soldat Salou. En dehors de ce contexte apprêté qui ferait gagner un âne, même Mahamadou Issoufou ne pourra se faire élire. En 2016 déjà, c’est grâce à un holdup électoral qu’il s’est maintenu au pouvoir. La loi électorale, les institutions chargées de gérer le processus électoral ainsi que le fichier électoral en cours d’élaboration, représentent ainsi une sorte de bouée de sauvetage que Mahamadou Issoufou, Brigi Rafini, Mohamed Bazoum et les autres n’accepteraient jamais de lâcher de si bon coeur. Car, lâcher c’est périr.

Le Moden Fa Lumana Africa de Hama Amadou, Le MPN Kishin Kassa d’Ibrahim Yacouba, le RDR Tchandji, le MNRD Hankouri et même le MNSD Nassara de Seïni Oumarou qui a milité, le 23 mars 2019, lors de son 9e congrès statutaire à Tahoua, pour un code électoral consensuel, doivent se rendre à l’évidence qu’aucun délinquant ne se livre de bon gré à la justice pour aller croupir en prison. Le PNDS Tarayya fera adopter, sans désemparer, le code électoral, car il représente la pièce maîtresse de son échafaudage. S’ils entendent ne pas accepter le fait accompli, ces partis politiques doivent dès à présent s’y préparer, le projet étant à l’Assemblée nationale qui n’a plus que trois semaines de travaux avant la fin de la présente session.

Il n’y a plus d’élections locales avant la fin du mandat actuel de Mahamadou Issoufou et pourtant, il n’y a pas eu la moindre levée de boucliers. Un indice sérieux de la volonté du pouvoir en place de faire les choses à sa seule convenance en vue d’imposer au peuple nigérien des résultats électoraux dont il n’est pas l’émanation. Ainsi, pourrait continuer, au grand bonheur de ses parrains locaux et étrangers, ce trafic de drogue, source et explication de tant d’insécurité au Niger et dans la sous-région. Ainsi pourrait se poursuivre la compromission des intérêts du Niger et de son peuple au profit de sociétés obscures auxquelles, hélas, sont liées des personnalités publiques nigériennes. Ainsi pourrait se répéter ces infrastructures financées à grands frais et qui s’écroulent au moindre coup de vent ou sous la plus fine pluie. Le Niger va continuer sa descente aux enfers, de plus en plus livré aux appétits insatiables de multinationales sans scrupule, la classe dirigeante continuera à s’enrichir de pots de vin et de rétro-commissions tandis que la misère des populations s’accroît. Le pire est à venir avec ce régime.

BONKANO

19 juin 2019
Source: Le Canard en Furie

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