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La fin du CFA et la Monnaie commune de la CEDEAO : Entre réalisme et utopie

Franc CFA BCEAODepuis un certain temps, plusieurs acteurs de la société civile à travers l'Afrique francophone montent au créneau pour dénoncer les accords monétaires qui lient la France et ses anciennes colonies au lendemain des indépendances. Des accords qui selon leurs détracteurs, maintiendraient encore l'Afrique francophone dans le gouffre de la colonisation ou dirait on, du néo-colonialisme. Au delà des émois que peuvent susciter cette question à tort ou à raison, il convient de l'étudier avec lucidité. Nier les bienfaits d'une véritable indépendance monétaire en Afrique relèverait d'un manque de réalisme, tout comme croire en sa capacité à l'assumer avec succès dans l'immédiat l'est d'autant plus. Il ne s'agit pas en effet, de mettre simplement fin au franc CFA par coup de baguette magique, et voir une Afrique prospère. Mais faudrait il que ces pays soient dans les conditions économiques et structurelles nécessaires  pour fonctionner dans une union monétaire indépendante et performante. Laissant de coté l'aspect économique, on va s'en tenir à l'aspect structurel.
A écouter les tenants de la lutte anti CFA, on aurait cru que l'ambition manque pour aller vers cette union monétaire. Ce qui n'est pas vrai, aussi bien la technocratie d'Addis Abeba que celle d'Abuja ont songé il y a bien longtemps à une monnaie africaine. Le projet figure en bonne place dans les Traités fondateurs de l'Union Africaine et de la CEDEAO entre autres. Il est en effet prévu de parvenir à une monnaie commune par blocs sous régionaux avant de converger à terme vers une monnaie unique sur tout le continent. A s'en tenir à la CEDEAO, voyons ce qu'il en est.


La conférence des chefs d'Etats de la CEDEAO s'est dotée depuis 1987 d'un Programme de Coopération Monétaire. Ce programme a donné naissance à une deuxième zone monétaire en Afrique de l'ouest la ZMAO ( Zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest). Celle-ci devrait regrouper les pays membres de la CEDEAO ayant chacun sa propre monnaie, il s'agit du Nigéria, du Ghana, de la Guinée, du Cap vert, du Libéria et de la Sierra Léone. Est ainsi créé  un cadre de coopération qui devrait permettre à ces pays d'aboutir via des critères de convergence à une monnaie commune à l'horizon 2015. Quant à l'autre zone monétaire, à savoir l'UEMOA, elle devait rester telle qu'elle en attendant l'opérationnalisation de la ZMAO. Ces deux zones monétaires ainsi constituées devraient permettre à l'horizon 2020 la création de la monnaie unique de la CEDEAO.
Nous sommes en 2017 mais force est de constater que la monnaie commune des pays  de la ZMAO n'a pas encore vu le jour.
Le même constat se dresse quant à l'intégration intra-régionale du commerce. Depuis janvier 2015, les pays de la CEDEAO ont adopté le tarif extérieur commun vis à vis des pays tiers.  A ce stade, on devrait se dire en toute logique que la suppression des barrières tarifaires entre les pays membres est déjà acquise. A ce niveau également, les règles  rétablies souffrent du non respect des Etats membres. La faute aux besoins  financiers  des ces Etats dont les recettes dounières constituent les plus importantes sources de revenu.
 Ce n'est pas le lieu de faire le procès de la volonté politique des dirigeants  qui connaît déjà un développement suffisant sous d'autres plumes , il est plutôt question de la viabilité d'une indépendance monétaire durable et efficace en l'état actuel des choses. L'exemple de la Guinée, du Nigéria ou au meilleur des cas celui du Ghana ne sont pas de nature à encourager une aventure en solo des pays de la zone CFA. Cela n'est d'autant pas possible que nombre de ces pays ne sont pas à la hauteur du Ghana en matière de bonne gouvernance. La prospérité économique de l'Afrique de l'ouest n'est envisageable que dans une perspective communautaire. L'initiative est louable mais le réalisme commande d'envisager en aval les conséquences d'un tel engagement. Le niveau d'intégration du continent ne permet pas pour l'instant de concrétiser de tels projets réalisables qu'à des niveaux d'intégration très avancés. La crise de la zone Euro doit servir d’exemple. Egalement, le fonctionnement de l'Union Africaine qui souffre par ailleurs d'une extrême carence financière nous démontre à suffisance l'incapacité des chefs d'Etats africains à regarder dans une même direction. En cause, les postures géopolitiques diverses  de chaque Etats ne permettent pas un dépassement des clivages. En Afrique francophone par exemple, chaque Etats entretient une relation particulière avec la France, de telle sorte qu'il est difficile pour ces derniers de se positionner sur une même  ligne  vis à vis de celle-ci.
En dernier lieu, il faut noter les menaces sécuritaires principalement celles islamistes qui prend une ampleur grandissante en Afrique de l'ouest. Les efforts de défense tant en matière de politique intérieure qu'en matière budgétaire qui s'imposent aux Etats n'est pas sans conséquence sur leur capacité à gérer une question aussi sensible que celle de la monnaie qui suggère la stabilité à tous points de vue. Du reste, les choses deviennent plus compliquées quand on s’aperçoit que le fléau islamiste est exacerbé par la mauvaise gouvernance.
Cependant, une classe d'intellectuels qui se réclament des  inconditionnels de l'indépendance africaine, dont l'historien le Professeur Téophile Obenga  ou encore le docteur Nicolas Agbohou économiste plaident pour  un abandon sans délais du CFA et un passage immédiat à une monnaie commune. Une proposition dont seuls les auteurs en détiennent le secret mais qui méritent une attention tout de même . Il faut toute fois relever que la question du CFA  jadis tabou, s'invite aujourd'hui à l'ordre du jour des rencontres entre chefs d'Etat africains mais également avec la métropole. «  Si la CEDEAO n'existait pas, il fallait l'inventer » s'exprimer le Professeur Cheikh Anta Diop, pour souligner les affinités naturelles qui existent les pays d'Afrique de l'Ouest.
                                    
AMADOU TIDJANI Ismaël, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Université de Nice

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