Forfait Albarka

Amères vérités : La belle prime d’encouragement du FRDDR à Mahamadou Issoufou

Amadou Ali Djibo Max CopaAmadou Djibo dit Max est un homme plein d’intelligence, mais aussi de prévenance. Le vendredi 12 mai 2017, à l’occasion du 8e anniversaire du Moden Fa Lumana Africa, le parti de Hama Amadou, il a dit, avec tact et diplomatie, d’amères vérités aux militants de ce parti. Il a particulièrement plaint les cadres lumanistes, incontestablement très nombreux à travers le pays, mais curieusement si silencieux qu’on les prendrait pour de jeunes talibés chez un Cheikh ou de jeunes séminaristes  en présence d’un évêque. Max leur a mis, en pleine figure comme on dit, les platitudes de leur combat politique, limité, dans la plupart du temps, aux réseaux sociaux. WhatsApp et Facebook en particulier ont été pris d’assaut, devenant le terrain privilégié de la lutte politique des lumanistes tandis que les médias traditionnels sont presque royalement ignorés. Cette occupation des réseaux sociaux, aussi anarchique qu’elle soit, n’est pas un mal en soi. Au contraire ! Et certains, sur cet espace, il faut le dire, se sont signalés par leur intelligence, leur engagement et leur combativité. Des militants de cette envergure, il y en a combien ? Mais il faut regretter toutes ces compétences qui, pour se donner bonne conscience, ont choisi les voies de communication populistes, tout en évitant soigneusement les sujets qui fâchent. Incapables de se déterminer face aux vrais problèmes, ils passent leur temps à raconter, dans un cercle fermé qui fait sourire, la « grandeur » de leur parti. Hama Amadou y est au quotidien encensé alors qu’il n’en a nullement besoin.

 

Leur devoir est ailleurs. Leur devoir, du moins pour le moment, c’est de mouiller le maillot comme on dit, sans triche et sans atermoiements. Leur devoir du moment, c’est de mettre le doigt là où ça fait mal, en dénonçant les malversations financières qui ont ruiné le bel espoir qui pointait à l’horizon pour le Niger en 2011. Ce que Hama Amadou et les Nigériens attendent d’eux, c’est de jouer leur partition en toute responsabilité, avec abnégation, afin de donner à leurs compatriotes, l’assurance d’une alternance possible, crédible et apte à assumer ses responsabilités.

Dans ce combat politique qui ne demande qu’à suivre les médias et les actes de communication du pouvoir en place pour s’engouffrer dans les brèches éventuelles et faire mal, la plupart des cadres du parti de Hama Amadou refusent obstinément de livrer bataille, se contentant des réseaux sociaux pour dire, parfois dans un cercle fermé qui n’apporte rien en termes d’impacts, ce qu’ils pensent de tel ou tel évènement, fait politique ou scandale. C’est une grave carence politique qui fait le lit de Mahamadou Issoufou, confiant et tranquille quant aux capacités de nuisance limitées de l’opposition politique. Trois personnes, voire quatre ou même cinq, ne peuvent suffire à faire un combat politique qui nécessite des compétences diverses, des voix multiples et une certaine synchronisation des actions afin de tracer la ligne directrice à suivre, de définir les stratégies appropriées, etc. La lutte dans le désordre n’a jamais rien apporté  que misères et désolations. Il faut un minimum d’organisation interne, une discipline indiscutable et des cadres qui s’engagent à aller au charbon.

Quatre faits attestent de l’attentisme maladif de l’opposition politique et le Moden Fa Lumana Africa en est pour beaucoup. Car il ne donne pas le tempo afin d’entraîner, dans le « bogou », pour reprendre l’expression de Max, les partis alliés qui se sont engagés à ses côtés pour sauver le Niger du désastre. Voici ces quatre faits :

  1. La Soraz est pillée, avec plus de six milliards de matériels dilapidés et vendus par des individus connus. Presque aucune voix ne s’est faite entendre au sein de l’opposition, encore moins de Lumana, pour dénoncer le fait, le condamner et fustiger l’acte de mépris vis-à-vis du peuple nigérien, que Mahamadou Issoufou a pris en nommant Issaka Assoumane, directeur général des Douanes à l’époque des faits, ministre conseiller à la présidence.
  1. Des milliers de tonnes de vivres sont détournées et vendues pour leurs profits personnels, par des individus, également connus, dans un pays où chaque année, ce sont pratiquement, des millions de personnes sont en insécurité alimentaire. Là aussi, silence total. Aucun cadre de l’opposition, singulièrement de Lumana, ne s’est manifesté pour dénoncer, protester et exiger des comptes.
  1. Massoudou Hassoumi transfère 200 milliards de francs CFA d’un compte public de l’État vers un compte privé. Manifestement, ce n’est suffisant pour sortir l’opposition politique, Lumana en tête, de sa torpeur. À l’exception notable de Soumana Sanda, vice-président de la commission d’enquête parlementaire mise en place par l’Assemblée nationale, aucune voix notable ne s’est faite entendre au sein de l’opposition et de Lumana. Il a été esseulé, seul au front, comme si c’était son combat, à lui et non celui de l’opposition politique.
  1. Le Pnds Tarayya s’est même permis d’assimiler ouvertement le parti de Hama Amadou à une secte, Lumana est resté muet comme une carpe, se cachant honteusement derrière le FRDDR pour ne pas répondre à cette frontale agression verbale.

On peut multiplier à profusion les exemples que Max n’a pas voulu évoquer et qui étalent les insuffisances, mais aussi les incohérences du Moden Fa Lumana Africa en particulier, locomotive d’une oppoistion qui attend qu’il montre la voie à suivre, qu’il donne des exemples et incitent les autres à faire de même. Pourtant, des réunions se tiennent, de longues palabres, manifestement inutiles, se font, mais rien de concret n’y sorte.

Bref, ce mutisme du Moden Fa Lumana Africa, inquiète. Car, le combat politique, c’est la communication dans une logique de proactivité. Et contrairement aux idées savamment distillées dans certains milieux, occuper  l’espace public, singulièrement l’espace médiatique, n’exige pas d’avoir 200 milliards de côté.

L’opposition politique et le Moden Fa Lumana Africa ont choisi de jouer la carte de la victime impuissante et résignée. Or, en politique, à chaque fois que vous vous taisez ou que vous vous contentez de déclarations éloignées des évènements ciblés et insipides du point de vue des contenus alors que vous devez réagir de façon spontanée, vous enrichissez le champ de l’adversaire.

Le bureau politique du parti de Hama Amadou est frappé par une sorte de léthargie maladive qui est d’une gravité extrême. Ils ont déserté les plateaux de télévision, évitent les studios des radios et snobent les colonnes des journaux. Pourtant, en de telles circonstances, les médias sont férus d’informations et n’attendent que la demande de politiciens pour nourrir leurs «journaux» et donner plus d’éléments d’appréciation aux Nigériens. Du reste, le rôle d’une opposition politique est de veiller, de surveiller et de dénoncer. Pas de dormir.

En faisant référence aux forces de l’ordre dont dispose Mahamadou Issoufou et conséquemment aux répressions sauvages dont les militants pourraient être victimes, Max veut signifier simplement que ce n’est pas une affaire de muscles et de force. C’est d’abord une question d’intelligence, de démarche et de méthodes de lutte. Lorsque vous opposez la force à plus fort que vous, vous faites son jeu et il va fatalement prendre le dessus. L’arme efficace contre Mahamadou Issoufou, c’est la communication. Or, les cadres, jeunes et ambitieux pour la plupart, ne mouillent pas le maillot.

Les propos de Max ne sont pas un leurre. Ce sont de profondes vérités qu’il a effleurées en espérant que les conducteurs de la locomotive de l’opposition politique, c’est-à-dire les membres du bureau politique du Moden Fa Lumana Africa en priorité, sauront rapidement prendre le taureau par les cornes et poser les jalons d’une lutte politique qui laisse entrevoir leurs intentions et leurs capacités à ne pas tomber dans les mêmes travers et dérives que Mahamadou Issoufou.

En principe, ils doivent nécessairement, et rapidement, tirer les leçons de ces vérités de Max. Toute autre posture est sans avenir. Et si, malgré l’alerte sonnée par Max, le curseur ne bouge pas au sein du bureau politique de Lumana et de l’opposition politique,  c’est que c’est grave dèh.  En se taisant sur des faits extrêmement graves, l’opposition politique offre une prime d’encouragement à Mahamadou Issoufou pour faire ce que bon lui semble. Le résultat de cette belle prime ? Il a introduit un projet de modification de l’article 47 de la constitution. Autant dire, pour faire sauter les verrous qui l’empêchent de demeurer au pouvoir.

16 mai 2017 
Source : Le Canard en Furie 

Imprimer E-mail

Idées et opinions