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La situation politique sous la 7ème République a franchi le seuil de tolérance

Salou-Gobi-Tous les indices le confirment. La situation de notre pays est extrêmement alarmante. Aucun secteur de la vie nationale n’est à l’abri des conséquences de la mauvaise gestion du régime actuel. L’indifférence du pouvoir face aux problèmes de précarité sociale et de la cherté de la vie a fini par convaincre plus d’un Nigérien du caractère dramatiquement incohérent de la gouvernance actuelle. Et c’est sans surprise donc que nous assistons pétrifiés à l’ensevelissement de l’espérance de tout un peuple, pris par les tourbillons d’une crise multiforme et multidimensionnelle, enfonçant inexorablement le Niger dans l’abîme devenu fatal à son émergence. Cette crise a gangrené le tissu économique, détérioré de manière drastique les finances publiques, installé le désœuvrement et la course effrénée vers le gain facile au sein de certaines formations politiques et fragilisé de façon draconienne la cohésion nationale. L’intérêt personnel et partisan a pris le pas sur l’amour de la patrie et le combat pour le développement. Les méthodes peu orthodoxes du régime pour se maintenir au pouvoir, telles que les manœuvres éhontées ayant présidé à l’accession controversée du Magistrat Suprême aux commandes de l’Etat lui ont fait perdre l’estime populaire.

 

 En effet, la confiscation du pouvoir à travers des élections présidentielles et législatives tronquées a suffisamment écorné la légitimité du régime dit de la Renaissance. Les tenants du régime de la renaissance doivent comprendre, qu’en plus du péché originel lié à la manière de leur accession au pouvoir, leur gouvernance sectaire et leur culture du clientélisme politique ont fini par jeter les honnêtes citoyens dans le désarroi le plus total. En effet, ces derniers ont la nette impression qu’être intègre et être soucieux du travail bien fait ne signifient plus rien sous le régime du Président Issoufou Mahamadou. Faire allégeance au pouvoir suffit à blanchir un délinquant ou un criminel et à conserver vierge son casier judiciaire et ses pratiques mafieuses et indécentes. Dans l’esprit des citoyens, le cercle du pouvoir est devenu un refuge de personnes indélicates et un sanctuaire de promus incompétents, une situation qui a forcément influé sur la mauvaise qualité de la gouvernance. Dans le même temps, appartenir à l’opposition est perçu par les partisans du pouvoir comme un crime de lèse-majesté. Non seulement la politique de division sur la base de l’appartenance politique déchire le corps social, mais elle tend même à ériger en délit ou même en crime la liberté d’opinion, d’expression ou de manifestation. Par ailleurs, les inégalités sociales et l’absence d’un espoir d’intégration professionnelle, pour une part importante de la jeunesse, sont devenues des bombes à retardement que le pouvoir se doit de désamorcer rapidement avant toute explosion. Après un premier mandat chaotique du Président Mahamadou Issoufou, le second mandat agonise déjà après seulement un an, pris par de profonds malaises. Le front social s’embrase. Les marches de protestations s’amplifient. La pauvreté et la misère éclatent les cellules familiales. La dépravation des mœurs désoriente et dérègle la société. L’exode des populations, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, s’accentue. Les grandes artères des centres urbains comme Niamey se peuplent de mendiants à la recherche de la pitance journalière. Des femmes, des enfants et quelques vieillards à la marche hésitante, faufilent, au risque de leur vie, entre des véhicules conduits par des gens au cœur endurci par l’ivresse du pouvoir ou par l’ambiance «tawriesque» générale (les deux se rejoignent curieusement), klaxonnant à tue-tête pour effrayer ces infortunés et se frayer un chemin. Ceux qui restent encore imbibés d’une certaine dose d’humanisme donnent quelques jetons à ces désespérés du régime et les gratifient d’un regard bienveillant comme pour leur dire «prenez patience chers concitoyens, il existe une justice divine».

Ceux qui vivent dans la misère se sentent constamment nargués par ceux dont l’enrichissement illicite s’affiche sans vergogne et avec arrogance sous la forme de véhicules de luxe «dernier cri» ou de villas somptueuses rivalisant de confort, à la mesure du niveau de spoliation des biens publics dont elles sont issues. L’insécurité, avec son lot de drames sociaux, prend de plus en plus une allure effrayante. Les scandales financiers et économiques se révèlent d’une façon abominable. Les maladresses du régime se multiplient. La souveraineté nationale semble être hypothéquée avec l’installation sur notre territoire des bases militaires étrangères. L’opinion publique nationale et internationale scandalisée, s’interroge devant la récurrence du bégaiement de l’histoire politique du Niger et la violence des répressions des manifestations pacifiques. Au-delà des détentions arbitraires, des harcèlements de tout genre, foulant par terre les valeurs sacro-saintes de la démocratie et de l’Etat de droit, la mémoire collective retiendra la répression gratuite de la manifestation pacifique des militants du Cadre Permanent de Réflexion et d’Action des Syndicats de l’Éducation (CPRASE), exprimant des revendications légitimes. De même, les évènements dramatiques ayant provoqué le lâche assassinat à Gaya, en février 2012, du jeune lycéen Zayanou Hassane hantent toujours les esprits. Les douloureux événements de Zinder intervenus le 6 et le 7 décembre 2011, ayant occasionné là aussi, le lâche assassinat de Madame Aïchatou Mani Machalélé dite Kollé et de l’élève Maman Laminou Maï Kanti habitent toujours les pensées. L’on se rappelle que le gouvernement s’était engagé à faire toute la lumière sur ces événements à travers une enquête transparente et indépendante, afin de rechercher les auteurs et châtier les coupables. A ce jour, le peuple nigérien attend toujours les résultats de l’enquête annoncée il y a de cela six ans. Et comme pour renouer avec cette sombre série, la manifestation des étudiants de l’Université Abdou Moumouni de Niamey du 10 avril 2017 est réprimée sauvagement avec comme bilan: un tué, plusieurs blessés et des centaines d’arrestations. Les funérailles de l’étudiant Malah Bagalé, assassiné froidement, ont drainé dans les rues de la capitale une marée humaine tout au long du parcours du cortège accompagnant la dépouille du martyr au cimetière musulman de Yantala. Une telle mobilisation des Scolaires, des Organisations de la société civile, des partis politiques, des citoyens, en somme des forces vives de la nation, doit faire comprendre aux gouvernants que la situation politique sous la 7ème  République a franchi le seuil de tolérance. Et les populations nigériennes, à travers ce gigantesque geste de compassion semblent envoyer un signal fort aux gouvernants. Celui du ras-le-bol. La presse privée dont certains de ses membres ont été violentés par les forces de sécurité et de défense au cours de la couverture médiatique des différentes manifestations de protestation, ont également fait savoir leur ras-le-bol au cours d’une audience tenue le jeudi 11 mai 2017 avec les responsables du Conseil Supérieur de la Communication. Par ailleurs, le Syndicat Autonome des Magistrats du Niger (SAMAN) a maintes fois tiré sur la sonnette d’alarme, à travers des déclarations rendues publiques, relativement aux tentatives du gouvernement d’instrumentaliser l’appareil judiciaire.

Ce ras-le-bol des Nigériens, les responsables de la police nationale l’ont aussi compris en faisant montre d’un geste d’apaisement à travers la décision de sévir contre ses éléments indélicats et auteurs des traitements inhumains et dégradants contre les étudiants. Il est vrai que le gouvernement a mis en place une commission d’enquête pour élucider cette affaire. Même si ces actes concourent à ramener la sérénité, néanmoins, il reste qu’ils demeureront notoirement insuffisants tant que les responsabilités politiques et morales ne sont pas clairement situées.Notre pays a connu par le passé de telles bavures, notamment celles du 9 février 1990, sous le régime du Président Feu Ali Saïbou, bavures qui se sont soldés par trois morts dans les rangs des scolaires. Les évènements du 10 avril 2017 sont identiques à ceux du 9 février 1990, de par la tragédie qui en a découlé. En effet, le pays se portait mal, car mis par le Fonds Monétaire International (FMI) en ajustement structurel et une crise économique sévissait avec sévérité sur notre pays. L’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger (USTN) s’est vigoureusement opposé aux dictats des Institutions Financières Internationales à travers un bras de fer qu’elle a engagé avec le gouvernement. Les scolaires ne seront pas non plus en marge des manifestations. Ils décident alors de s’opposer fermement à la mise en œuvre d’un nouveau système scolaire dit de double flux dans les écoles primaires dans le cadre du Projet Education III. C’est ainsi que dans la matinée du vendredi 9 février 1990, l’Union des Scolaires Nigériens (USN) descend et marche pacifiquement dans les rues de Niamey. Au titre de ses revendications, l’on peut noter en outre la reconnaissance juridique de l’USN et l’amélioration des conditions de vie des étudiants. Au cours des manifestations, trois scolaires furent mortellement touchés. Il s’agit de deux étudiants de l’Université, à savoir Abdou Maman Saguir et Alio Nahantchi et le collégien Issaka Kaïné.

Suite à ces douloureux événements, le Président de la République Ali Saïbou a été interpellé par la Conférence Nationale Souveraine. Il s’exprimait en ces termes devant les participants à ces assises: «Le 29 juillet 1990, j’ai suivi vos débats avec une attention soutenue, car il s’agit du devenir de notre pays. Vous aviez déjà adopté un certain nombre d’actes décisifs et comme je l’avais annoncé en ouvrant la conférence, je les accepte comme  émanant de la volonté souveraine de notre peuple. C’est dans cet esprit que je réponds volontiers à votre demande de venir exposer devant vous ce que je sais des préparatifs du maintien de l’ordre avant la journée tragique du 9 février que nous regrettons tous. Comme cela a été dit par un certain nombre d’intervenants, j’avais effectivement présidé une réunion du bureau exécutif national, élargie au ministre de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale ainsi qu’au recteur de l’université de Niamey, aux représentants des parents d’élèves et aux responsables de maintien de l’ordre: police, garde républicaine, gendarmerie et forces nationales. Il s’était agi pour moi de leur donner les consignes de sécurité à prendre avant mon départ sur la Guinée Bissau…. Je n’ai donné instruction à personne pour verser du sang et tirer sur les scolaires avec des balles réelles. Si aucun ordre direct ou indirect n’est venu de moi dans ce sens, il n’en reste pas moins, qu’en ma qualité de Président de la République, je suis prêt à assumer les responsabilités qui sont les miennes à cet égard. J’en assume la responsabilité politique et morale; parce que ceux qui ont agi, ce sont des agents de l’Etat et que je suis le Chef de l’Etat…».

Cette intervention du Président Ali Saïbou devant les conférenciers a été longuement applaudie. Elle a marqué les esprits et convaincu l’opinion publique nationale des qualités d’homme d’Etat du Père de la décrispation de la vie politique et sociale, voire de la démocratie. En effet, malgré les pressions de tout genre et les multiples humiliations dont il a fait l’objet tout au long des assises, le Président Ali Saïbou a soutenu la tenue de la Conférence Nationale Souveraine, car «on n’arrête pas la roue de l’histoire » a-t-il dit.

L’on se souviendra également que le PNDS-Tarayya, par la voix de son Président Issoufou Mahamadou, aujourd’hui Chef de l’Etat, avait à ce sujet fait une intervention musclée en ces termes: «…Dans tous les cas, nous pensons que les responsables politiques, les dirigeants de notre pays, qu’ils reconnaissent ou pas d’avoir donné l’ordre de tirer, ils sont politiquement responsables de ce qui s’est passé. Et c’est pour cela que nous sommes d’ailleurs étonnés que de manière miraculeuse, on a eu l’impression sur la base des témoignages recueillis, que pendant les heures où avaient duré les affrontements, que l’Etat nigérien avait cessé d’exister. Il n’y avait aucune coordination au niveau de l’Etat et qu’il y avait que des individus isolés, qui faisaient ce qu’ils voulaient, qui tiraient sur qui ils voulaient. Et là aussi, c’est une preuve de défaillance de nos dirigeants. Et cette défaillance politique doit également faire l’objet d’une sanction au niveau politique… Une des conclusions que nous tirons, c’est par rapport à la responsabilité politique du Président de la République. Et au niveau de la Constitution, on ne peut effectivement incriminer le Président de la République que pour haute trahison. Et donc, je demande à ce que plus tard, quand on va arriver sur les perspectives politiques, qu’on tienne compte de cet aspect qui sort de l’expérience et qu’on en tienne compte pour éviter à l’avenir qu’on soit confronter au même problème. C’est pour cela que le PNDS avait fait la proposition de prévoir dans la Constitution d’engager la responsabilité du Président de la République…».

Ironie du sort! Comme nous l’avons rappelé ci-dessus, ces genres d’événements regrettables se sont produits tout au long de la gouvernance actuelle. Les derniers en date ont été marqués par des actes d’une rare violence, comme peuvent témoigner les images de bastonnade et d’extrême humiliation, dont sont coupables des agents des forces de l’ordre et de sécurité à l’endroit d’un étudiant. Cette douloureuse séquence suivie en boucle par les internautes et diffusée par les chaînes de télévisions nationales comme internationales et le décès de l’étudiant Malah Bagalé ont ému et heurté la sensibilité des Nigériens et des observateurs de la scène politique nigérienne. C’est dire combien l’attente est grande relativement à l’identification des responsabilités politiques et morales dans cette affaire.

Pour l’heure, le Président de la République Mahamadou  Issoufou s’est contenté de faire défiler au Palais Présidentiel et devant les caméras de Télé Sahel, la famille de la victime à qui il a présenté ses condoléances. D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une opération de marketing politique ayant choqué l’opinion publique nationale. En effet, dans la culture nigérienne, c’est aux autres de se déplacer et se rendre au domicile du défunt pour les présentations de condoléances et pas le contraire. Même si des raisons de sécurité du Chef de l’Etat sont avancées pour justifier cette attitude de sa part, il devrait dans ce cas recevoir en privé, et loin des projecteurs de la caméra, la famille du défunt.

Sur un tout autre plan, la société civile a voulu battre le pavé, le mercredi 9 mai 2017, pour fustiger les travers du Pouvoir. Le régime s’y est opposé à travers une note d’interdiction et le déploiement important des forces de l’ordre et de sécurité sur les lieux de la manifestation. Et pourtant, il s’agissait d’une marche pacifique. Dans tous les cas, le régime doit retenir des messages des différentes marches de protestation comme un appel à la République des proximités, un appel qui redonne vie aux valeurs républicaines.

Les motivations des organisations de la société civile visent l’intérêt supérieur de la nation à travers une lutte implacable pour la sauvegarde des acquis démocratiques. La société civile est consciente de la nécessité absolue d’envisager une réponse d’avenir à la récurrence de la mauvaise gouvernance et son corollaire d’instabilité politique et institutionnelle. Pour ce faire, elle demeure convaincue  qu’il faut anticiper les mutations à venir et faire comprendre que les affaires de la Cité, en démocratie, appartiennent à tous.

Le régime doit se convaincre aussi, que le citoyen nigérien ne se contente plus du rôle social qu’il jouait il y a cinquante ans. Il s’est affirmé comme un acteur à part entière et veut comprendre et se faire entendre. Il faut tenir compte de cette mutation de l’espace public, de ces représentations et de ces normes qui structurent dorénavant l’action politique au Niger.

Le Niger reste à la traîne dans le concert des nations. Pour reconstruire notre maison commune, il faut faire appel au génie créateur de tous les Nigériens qui ont pleinement conscience des efforts que notre pays doit consentir pour satisfaire aux critères de croissance économique, un essor devant nécessiter un élan de solidarité et susciter une adhésion massive des populations.

En vérité, dans un monde globalisé où la compétition est rude et sans pitié, il s’agira de résister ou de se soumettre aux conditionnalités de coopération d’exploitation ou d’asservissement des grandes puissances du monde. Ces dernières, il ne faut pas être dupe, n’ont pas d’amis, elles ont surtout des intérêts à préserver. A nous aussi, de défendre courageusement les nôtres.

La Constitution nous rappelle constamment le caractère sacré de l’inviolabilité de notre espace territorial et notre devoir de garantir à tout prix la souveraineté nationale. Les pouvoirs de nos forces de défense et de sécurité doivent être par conséquent renforcés pour qu’elles s’acquittent efficacement de ce rôle régalien dévolu à l’Etat.

De même, notre armée dont on ne compte plus les morts dans le cadre de la défense de la patrie, veut se sentir soutenue par la force invincible que dégagent la cohésion sociale et la concorde nationale. Saluons au passage l’héroïsme et le courage des forces de défense et de sécurité qui ont permis à notre pays d’être toujours débout, dès lors que le peuple est confronté à des périls majeurs.

Le Niger doit renouer avec les valeurs de la République. Il est possible de rendre l’espoir et le sourire au peuple nigérien, en conjurant  notamment les démons de la haine, de la division et de la mauvaise gouvernance.

Par Salou Gobi
Journaliste-Ecrivain et Professionnel de la Communication

16 mai 2017 
Source : Le Canard en Furie

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