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Gestion de la 7ème République : Savoir investir

Niger investissements internationauxCertaines réalisations forcent l’admiration. Surtout quand elles sont là pour rappeler à ceux qui excellent à faire de mauvais choix que les actions méritent d’être mûrement réfléchies avant d’être exécutées. La parenthèse s’ouvre ici sur certains ratés qui ont émaillé la gestion de la 7ème République. Comme on le sait, notre pays vit des moments difficiles du fait de la crise financière qui sévit un peu partout dans le monde. Cette crise se durcit de plus en plus du fait de la sécheresse financière qui mine les caisses de l’Etat ; une crise qui aurait pour principale raison (entres autres) le gaspillage incontrôlé de l’argent pendant le premier mandat dans des options souvent inutiles ou qui pourraient encore attendre. En effet, au lieu de s’attaquer aux priorités, le gouvernement a vite fait de faire le choix d’investir dans les grands chantiers. Certes, certaines réalisations en matière d’infrastructures routières notamment sont pérennes et à très long terme. Cependant, elles présentent le désavantage d’être trop onéreuses par rapport à certaines exigences de la gestion du quotidien des citoyens. Faisons juste le constat qu’aujourd’hui tous les fronts sociaux sont en ébullition dans le pays. Il n’y a pas un secteur qui ne souffre pas de revendications de ses travailleurs. Des secteurs clés comme l’éducation, la santé, l’agriculture… connaissent des situations de débrayage comme cela ne s’est jamais passé dans notre pays. Et partout, les préoccupations restent les mêmes : le désengagement de l’Etat quant au respect des clauses qu’il a librement arrêtées avec les travailleurs dans le cadre de l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Le refrain quotidien, tout le monde le connait : l’Etat n’a pas les moyens de subvenir aux demandes des syndicalistes.

Cet argent qui manque ne se trouve nulle part qu’enfoui sous des tonnes de ciment, de goudrons ou de rails. En effet, notre pays a enregistré, à partir de l’accession des socialistes au pouvoir, des entrées de capitaux comme cela ne s’est jamais effectué. Outre la mise en exploitation du pétrole, de l’or et l’augmentation des permis uranifères, le gouvernement de Brigi Rafini a signé une pléthore de conventions et accords de prêts. Des milliards sont rentrés mais très vite orientés dans des secteurs et des actions pas tout à fait prioritaires. Passons sur l’argent dilapidé par des hommes et des femmes qui se sont enrichis illicitement en un temps record. Comment comprendre qu’un individu dont la masse salariale annuelle n’excède pas 40 millions puisse se retrouver en une année avec deux ou trois villas de plus de 100 millions chacune ? De tels exemples sont monnaie courante dans la gestion de la 7ème République. Nonobstant cet argent évaporé par le truchement des prédateurs, il y a l’orientation des capitaux ; là aussi certains analystes n’ont pas manqué de relever que le dessein premier de ce choix repose sur la cupidité des acteurs. En effet, un responsable qui signe des contrats de réalisation d’une action bénéficie toujours de ce que l’on nomme ristourne à des degrés divers. Par exemple quand vous octroyez un marché d’un milliard, vous êtes sûr et certain de bénéficier d’au moins 10% de la part de l’entrepreneur ; et cela fait 100 millions, une somme faramineuse au Niger, en Afrique même. Après cette première manifestation de la cupidité des acteurs, il y a la seconde que la rumeur populaire a très bien démasquée : il s’agit des entrepreneurs bénéficiaires des marchés. Pour l’essentiel, ce sont des gens proches du régime qui investissent dans le fonctionnement du parti au pouvoir. Les exemples sont légions.

Comme on le voit, l’orientation des investissements n’est pas toujours innocente. Pendant ce temps, certains secteurs clés, notamment sociaux, restent en souffrance. Les conséquences sont là aujourd’hui, presque ingérables. En effet, les uns et les autres ont bien rempli leur contrat ; l’objectif poursuivi a été largement atteint, même de façon excédentaire. Quand des comptes bancaires individuels affichent des milliards, on ne sait plus comment apprécier une telle soi-disant réussite. Le compte est exagérément bon avec des individus plus riches que l’Etat. Tout est alors OK sauf le bouillonnement des fronts que l’on arrive plus à contenir. Il faut injecter de l’argent mais où le trouver ? On a fini de signer les conventions et accords si l’on se rappelle du trop-plein réalisé par le spécialiste ABC. On ne peut plus en demander aux prédateurs car ils l’ont dilapidé dans des travaux de construction et aussi de conquête du second mandat.

La vérité est très amère mais elle mérite d’être dite. Notre souci premier est d’amener les uns et les autres à réviser leur conduite, leur choix. Nous avons un pays extrêmement fragile sur tous les plans. La moindre action mal conçue peut avoir des conséquences désastreuses. Pour l’heure, l’on ne s’aperçoit peut-être pas très bien de là où peut nous mener cette crise en partie due à nos mauvais choix qui ont déréglé notre système d’alimentation et de circulation de l’argent. C’est justement là où le bât blesse. Les secteurs dans lesquels l’argent a été investi ne favorisent absolument pas la circulation de la monnaie. On ne retrouve l’argent que chez les élites qui investissent eux aussi dans des secteurs sélectifs. Combien sont-ils les ministres et autres barons du régime qui se ravitaillent dans les marchés et magasins de la place ? Et ce sont justement ces grossistes qui alimentent les détaillants qui tiennent des kiosques et des boutiques. Alors, si le grossiste est en crise de mévente, que dire du détaillant ? L’inverse est aussi vérifié. De plus avec le concassage de plus de 70% des infrastructures commerciales à Niamey, la morosité économique s’est davantage accentuée. Rien ne va ; ils sont très peu les nigériens qui voient régulièrement la couleur de l’argent.
Tobo SIDIKOU

 

 

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