Sanef 2018

Idées et opinions

Niandou Ibrahim 01 Aux hommes champions : c’est vous qui êtes dans le vrai.
Au Niger, les relations des femmes avec les pouvoirs et avec les espaces des pouvoirs sont appréciées diversement, selon les circonstances en question et les référentiels historiques, politiques, sociaux, religieux…du milieu et des personnes en présence. Chaque fois qu’une femme a pris un pouvoir au Niger, quel qu’en soit l’échelle et l’époque, des lignes ont bougé et de la salive a coulé. Chaque émergence extraordinaire d’une femme est tantôt applaudie, tantôt houspillée, mais n’a jamais laissé l’opinion indifférente. Pourquoi donc tant de passion vis-à-vis de l’apparition (somme toute logique) des femmes dans les espaces d’influence ? Comment est perçue et traitée la conquête de ces espaces par les femmes, notamment dans les partis politiques ? Quelles leçons en tirer ?

Statistiquement, les femmes représentent plus de la moitié de la population du Niger (50,3% selon le rapport du recensement général de 2013, INS). Les études antérieures exhibaient à peu près les mêmes proportions, sinon d’avantage aux femmes. L’Islam, la religion majoritaire au Niger, donne d’immense champ de pouvoir aux femmes. Ces donnes devront suffire à elles seules pour garantir une omniprésence des femmes, partout et en tout, dans la gestion de la cité. Pourtant, tous les arguments possibles sont érigés, au fil de l’histoire, pour tenter de les tenir loin, le plus loin possible des centres de la gouvernance, dès qu’il y a un enjeu de visibilité, de gains financier, matériel, politique ou social. Etre femme apparait en soi comme un handicap à la réussite politique au Niger. On aurait dit que cette ardeur (d’in-équité de genre) s’inspire plus de l’histoire de la France post-révolution (jusqu’à la 2e guerre mondiale) plutôt que de l’histoire du Niger et de l’Islam. Quel qu’en soient l’ampleur et les ancrages historiques des thèses et dénégation qui soutiennent cette volonté de relégation des femmes en seconde zone, on constate, en les scrutant de prés, qu’elles (les thèses) ne tiennent pas solidement. Mieux, de nombreuses voix s’élèvent pour démontrer que le silence des savants porte autant de responsabilités en cette injustice, que le bruit exalté de ceux qui ne savent mais s’expriment. Les phénomènes contemporains de réplication (des velléités) de marginalisation des femmes dans les espaces publics sont difficilement défendables mais ses adeptes semblent fournir plus d’énergies à les justifier. Parmi les espaces publics actuels d’expression et de gestion, on compte les sphères de la société civile nationale et locale (institutions communautaires), des structures gouvernementales, des médias (y compris réseaux sociaux), des partis politiques et cadres assimilés, etc Partout en leur sein, on continue de façon diverse, délibérément ou inconsciemment, de prôner le silence de toute tonalité divergente des mères ; l’obéissance absolue des sœurs (faisons la différence entre respect et obéissance), la servitude éternelle des filles. On s’investit becs et ongles à maintenir aveuglement des privilèges phallocratiques (patriarcaux) et ancestraux; On duplique inconsciemment des stéréotypes malsains ; on prétexte la religion pour écraser celles qui nous ont tous enfanté ; on réplique les causes des misères sur nos filles ; on participe à ce qui semble être le plus grave crime contre l’humanité qui ait pu se faire. Les partis politiques, au vu et au su de tous, deviennent petit à petit le pire réceptacle de cette culture nauséabonde de ségrégation. Les partis politiques devront être parfaits sur ce terrain de la culture de l’équité et de l’égalité entre toutes les diversités nationales. Paradoxalement, ces espaces de tous les espoirs réunissent et tolèrent l’ensemble des épars, évidents et révoltants facteurs de cette horrible discrimination. Les injustices à l’égard des femmes ne sont certes pas une invention des partis politiques mais ces derniers restent critiquables non seulement pour leur (les injustices) maintient mais également pour leur exacerbation. Ils ont deux circonstances aggravantes : Les partis politiques doivent être des espaces d’apprentissage et de culture de la démocratie et de l’égalité citoyenne d’une part. D’autre part, les partis politiques se targuent tous d’avoir des projets de défense des droits humains dans la besace. Comment alors comprendre qu’ils tolèrent et/ou entretiennent cet abus ? Si les nigériens avaient opté pour un autre régime que celui dit démocratique, le débat ne se serait posé. On saurait que ce serait une autre force que les desiderata des citoyens qui imposerait ses choix dans la gouvernance du pays. Encore qu’aucun type de régime connu, aussi affreux soit-il, n’ait encore brandi de l’anti-féminisme comme projet politique. Nous avons choisi un état d’égalité des citoyens donc nous n’avons pas le droit de continuer à assister, comme impuissants, à cette aberration inhumaine. Sur 9 élections législatives étalées de 1970 à 2016 (manque les données de celles de 1996), on constate que le taux moyen de femmes élues est inférieur à 10% et, malgré les 13 et 17% respectivement en 2011 et 2016, n’a jamais atteint 20%, et même avec le bond lié à l’application de la loi sur les quota (Nom donné à la loi n° 2000-008 du 07 Juin 2000 et son l’article 3 alinéa 2 qui dispose que « Lors de la proclamation des résultats définitifs, la proportion des candidats élus de l’un ou de l’autre sexe, ne doit pas être inférieure à 10% ». On devrait tous se sentir coupable de constater que le groupe social majoritaire au Niger n’a jamais atteint le quart de présence à la représentation nationale !!! J’accuse la représentation nationale de n’avoir pas pris les dispositions (et c’est de son pouvoir) pour imposer la justice de la présence équitable des femmes en elle.

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