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Lettre à Mahamadou Issoufou : Après Tahirou Harouna en 1994, vous avez à présent sur les bras Mala Kelloumi Bagalé et Mali Agaly. Qui d’autre, demain ?

images/Marche_Boko_H_16_02_15_Issou.jpgJ’ai arrêté de vous écrire en tant que président de la République au lendemain du hold-up électoral qui explique que vous soyez encore au pouvoir, un an après ces élections de la honte. Aujourd’hui, à la lumière des dramatiques évènements survenus sur le campus universitaire, je viens subitement de me rendre compte que je devais carrément arrêter de vous écrire. Car, lorsqu’on peut violer délibérément la Constitution comme vous l’avez maintes fois fait et qu’on est capable de s’attribuer une victoire électorale que l’on a obtenue hors des règles du jeu électoral, on ne mérite pas d’être à la tête d’une République. La raison essentielle de ma position de principe est que, pour être président de la République, il faut être respectueux des lois de la République. Conduite dont vous avez, en plusieurs occasions, donné la preuve du contraire. Ce lundi 10 avril 2017, j’ai ressenti une sorte de révolte contre moi-même. Je m’en veux d’avoir passé tant d’années à vous écrire alors que ça ne valait pas la peine. Je m’en veux d’avoir même essayé de jouer au conseiller officieux alors que vous viviez sur une autre planète, avec des règles de conduite qui n’ont rien à voir avec la loi fondamentale de votre pays ; des règles de conduite qui ignorent totalement le respect des libertés individuelles et collectives, la sacralité de la vie humaine ainsi que les limites à ne jamais franchir lorsqu’on gouverne. Je m’en veux d’avoir passé tant de temps à consacrer à un décryptage de la vie de la nation en pensant pouvoir influer, d’une façon ou d’une autre, sur la gestion de la cité. Je m’en veux d’avoir naïvement cru pouvoir susciter en vous une raison, celle qui est fondée sur les aspirations légitimes du peuple nigérien et sur le respect des engagements pris. Je constate, hélas, que vous êtes toujours enfermé dans une bulle qui vous empêche de voir et d’entendre afin de vous remettre en cause et de pouvoir corriger les erreurs. Vous n’avez jamais compris ou voulu comprendre que gouverner, c’est d’abord écouter, des oreilles mais aussi des yeux, afin de se remettre constamment en cause. Vous avez continuellement ignoré, voire, méprisé les avis et les considérations du peuple nigérien auquel vous n’avez donné que des larmes, des regrets et des lamentations. Votre gouvernance est sans aucun doute la pire de l’histoire politique du Niger depuis un quart de siècle de démocratie multipartiste. 

 

Monsieur Issoufou, c’est donc la toute dernière lettre que je vous adresse. En ce lundi 10 avril 2017, ce sont des éléments de maintien de l’ordre qui ont investi les franchises universitaires et qui ont sauvagement gazé et battu, dans certains cas, à mort, des étudiants. J’ai écouté à ce propos Mohamed Ben Omar qui parlait des évènements comme s’il parlait d’un banal évènement. On aurait dit que ces violences policières lui semblaient normales et justifiées. Il n’y avait aucun remords dans sa voix. Du reste, il n’a fait aucune allusion aux morts enregistrés. Pourtant, à ce jour, il y a, au moins, deux morts confirmés : MalaKelloumiBagalé et Mali Agaly. C’est à peine si Ben Omar ne disait pas « Tant pis pour vous ! Vous l’aurez cherché ». Ces jeunes gens tués dans la fleur de l’âge sont le Niger de demain que vous étouffez. C’est l’avenir que vous avez poignardé dans le dos. La perte est immense, car la vie humaine est sacrée. Pourquoi cette violence aveugle ? De mon point de vue, rien ne justifie cette violence aveugle que l’incapacité de votre gouvernement à apporter des solutions à des problèmes que vous avez créés. Ces enfants n’ont ni détourné des milliards ni vendu des tonnes de riz pour s’enrichir. Ils n’ont ni transféré 200 milliards pour leurs comptes personnels ni carabiné des transactions dans lesquelles l’Etat a été spolié de plusieurs milliards de nos francs. Leur tort, c’est d’avoir revendiqué de meilleures conditions de vie et d’études dans un contexte intolérable où des individus font impunément main basse sur les ressources financières de l’État. Ils ne demandaient qu’à construire leur avenir et celui du Niger dans des conditions acceptables. Les Nigériens, je dois le dire, sont outrés. Ils ne comprennent pas que des forces de l’ordre soient utilisées contre les populations nigériennes à chaque fois qu’il est question de libertés, de justice et de droits. Comme tant de compatriotes, j’ai été choqué de constater que votre gouvernement ne semble pas avoir été heurté par ces blessures graves et ces morts. Je suis d’autant choqué que pour votre part, c’est la seconde fois que sous votre gouvernance, des étudiants sont tués pas les forces de l’ordre. La première fois, c’était en 1994, avec l’étudiant Tahirou Harouna alors que vous étiez Premier ministre et chef de gouvernement. Est-ce un simple hasard ou la résultante d’une conception de la gouvernance ? Moi, je ne crois pas, en l’espèce, au hasard. D’ailleurs, la violente répression de la manifestation des étudiants et scolaires que l’Usn [Ndlr : Union des scolaires nigériens] a clairement dit démocratique dans son mot d’ordre, n’est-elle pas consécutive à ce « Trop, c’est trop » du Pnds Tarayya ? La menace n’a pas été vaine et les Nigériens le constatent. Outre l’embastillement de Baba Alpha et de MaïkoulZodi, c’est à présent les morts dans les rangs des étudiants et scolaires.

Monsieur Issoufou, un régime qui s’en prend à son propre peuple est symptomatique d’un régime malade et dangereux. Les violences policières ne sont pas un programme de gouvernance. Elles sont la manifestation d’un pouvoir qui a perdu les pédales et qui mélange tout. Elles sont la manifestation du drame que vivent des gouvernants qui rament à contre-courant et qui savent qu’à l’instar de Sisyphe, ils vivent un supplice terrible. Car, c’est une souffrance d’échouer à tous les coups. C’est surtout une souffrance de savoir que le peuple a compris et qu’il n’existe aucun artifice susceptible de retourner la situation. Le choix de la violence aveugle ne mène nulle part qu’à la violence. Car, contrairement aux faucons du régime qui pensent qu’il suffirait de faire tuer quelques uns par des forces de l’ordre manquant manifestement de formation, la vague ne fera que monter. Et de répression en répression, un jour, ce sera le tsunami. Oui, je disais que les forces de l’ordre manquent manifestement de formation. Ce lundi 10 avril 2017, elles ont encore donné l’impression d’avoir été dressées contre leurs propres populations. La violence inouïe avec laquelle ils ont réprimé les manifestations des étudiants et scolaires donne certainement la chair de poule. Mais voir des policiers chanter et crier à tue-tête en rentrant à l’école de Police comme s’ils venaient de remporter une victoire sur BokoHaram est plus qu’insupportable. Peut-être qu’à l’inverse du choc que j’ai ressenti en vivant de telles scènes, quelque part, ce sont des félicitations qui ont plu. En tout cas, Mohamed Ben Omar n’a pas donné l’air d’avoir regretté quoi que ce soit.

Monsieur Issoufou, l’Histoire a donné raison à tous ceux qui ont toujours pensé et soutenu que votre gouvernance ne sera que désastres, misères et drames. Chacun a pu s’en rendre compte aujourd’hui. Quant à moi, je suis fier de ma position et de mes jugements sur votre gouvernance et sur vous-même.

MallamiBoucar

13 avril 2017 
Source : Le Monde d'Aujourd'hui 

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