lundi, 22 septembre 2008 19:42

3ème MANDAT DU PRESIDENT TANDJA : UN DEBAT STERILE ?

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A presque un an de la fin du mandat légal de l’actuel président de la république, l’opinion publique nigérienne s’est véritablement emparée d’un débat  fort passionnant du reste, sur l’éventualité d’un prolongement du séjour de Tandja à la tête  de l’Etat. Plusieurs  factions ont ainsi vu le jour avec à la clé autant de thèses en faveur ou contre ce qui à tout point de vue s’apparentera à une usurpation du pouvoir dans toute démocratie qui se respecte.
D’une part il y’a les faucons du régime partisans du « Tazartché nouvelle formule » de Tandja qui depuis que les prémisses de la fin du régime ont commencé à pointer, ont engagé une véritable opération de propagande visant à saper l’esprit les nigériens et les convaincre qu’on ne change pas une équipe qui gagne et que Tandja mérite bien qu’on lui permette de rempiler encore, dans l’intérêt supérieur de la nation bien sûr. Et pour arriver à cette fin, qu’importe de triturer la constitution ou même de changer de république, la fin justifie les moyens peu importe donc l’entorse qui sera faite à la loi fondamentale du moment qu’elle traduit  l’émanation de la volonté générale. Aux antipodes de cette position s’aligne celle des démocrates, garants des principes constitutionnelles et de  nos sacro-saints acquis démocratiques  qui s’oppose à tout sursis pour le président après les deux mandats légaux que le peuple nigérien a bien voulu lui octroyé. Cette frange parait relativement plus importante et ses adeptes se recrutent dans le giron de l’intelligencia nationale, la société civile et certains partis politiques dont les prétentions présidentialistes pour 2009 ont été de tout temps clairement affichées. A un niveau intermédiaire se trouvent les indécis qui planchent tantôt pour l’une ou l’autre des positions en fonction des arguments en présence. Pour ces accros de la politique à géométrie variable, aucun mal à ce que Tandja continue de diriger le Niger pour finir ce qu’il a commencé bien qu’on reconnait que cela n’est qu’une exception sinon un faux jeu démocratique la règle étant de se conformer aux dispositions de la constitution du 9 aout 1999.
Le débat fait rage au sein de l’opinion nigérienne et comme il fallait s’y attendre commence à comptabiliser ses premières « victimes collatérales » dans les trois factions et même au sein des hommes de médias d’ordinaires sévèrement critiques en pareille circonstance. C’est surtout au sein de la classe politique et des organisations de la société civile que des dissensions ont clairement vu le jour tant les justificatifs mis en exergue de part et d’autres paraissent tangibles. La bénédiction tacite du pouvoir et particulièrement du principal intéressé qui brille par un silence que certains jugent complice n’est pas sans donner un coup d’accélérateur à cette sorte de frénésie collective. D’ailleurs à juger de près cette situation arrange bien Tandja qui au moment opportun pourra saisir la perche selon l’évolution des discussions et surtout la configuration qui sortira de ce « choc des idées. »
Pour le citoyen ordinaire, en dehors de ces agissements qui demeurent le plus souvent confinés dans les salons feutrés de la capitale ou par médias interposés, il n’y a l’ombre d’aucun doute que Tandja se représentera après 2009. Les signes ne trompent pas justifie t-on. En effet la fin du deuxième mandat de Tandja coïncide bizarrement avec le lancement de plusieurs chantiers d’envergure en faveur du développement du pays : barrage de kandadji, exploitation du pétrole et du charbon, deuxième pont à Niamey auxquelles s’ajoutent des initiatives sociales conduit le plus souvent à travers le fameux Programme Spécial à l’image de l’opération ramadan de vente de sucre et de riz à prix modérés, la reprise du dialogue social avec les fonctionnaires et les étudiants. Comme si Tandja avait attendu expressément cette fin de mandat pour réaliser son programme de campagne bâtit sur sa profession de foi fétiche : « accordez-moi cinq minutes de votre temps et en retour je vous consacrerai les cinq prochaines années de ma vie pour votre bonheur ! » c’était on se souvient à la veille des consultations électorales générales de 1999. Les électeurs ayant accomplis leur part du contrat en accordant non pas cinq mais dix minutes équivalant à dix ans de pouvoir, Tandja voudrait peut être remplir le sien avant de tirer sa révérence hasarde t-on à avancer pour expliquer le réveil du vieux. En tout cas en moins d’un an, depuis la chute de l’ancien premier ministre et futur candidat Hama Amadou, Tandja à qui on a longtemps reproché son laxisme coupable semble définitivement sorti de sa torpeur et avait finit par s’imposer dans le commun des nigériens comme l’homme de la situation par qui passe incontournablement le salut du Niger. Même l’opposition semble séduite par cette opération de charme en adoptant désormais une attitude dite responsable qui s’aligne d’une certaine façon derrière le président. La valse n’a d’ailleurs pas épargnée les agitateurs du mouvement insurrectionnel qui sévit dans le nord et dont l’hostilité envers le régime de Tandja n’a jamais constituée un tabou. Vu du nord il est clair que si Tandja et ses partisans font perdurer et entretenir le conflit c’est dans le dessein de prétexter un prolongement de mandat pour cause d’insécurité. Les partisans de la continuité n’ont pas raté l’occasion qui leur a été offerte sur plateau et profitent de chaque occasion pour relayer leur propos assez trompeur en faveur d’un prolongement de mandat pour Tandja acculés dans leur théorie sans cesse vénérée mais jamais avouée : « TANDJA OU LE CHAOS !» L’histoire est d’ailleurs assez évocatrice car dans plusieurs pays de la sous région, les chefs d’état galvanisés par les mêmes intentions ont emprunté cette passerelle pour parvenir à leur fin. En politique tout comme en physique on a l’habitude de  dire que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.
Pourtant le Président Tandja a expressément déclaré qu’il quittera son fauteuil au terme de son dernier mandat légal. « Je suis un démocrate et je m’en irai comme prévu » a-t-il affirmé à un journaliste français. Le débat aurait du s’arrêter là mais les nigériens ne sont pas apparemment si dupes qu’on le croyait. Tandja a déclaré qu’il partira en 2009 et on pouvait le croire sur parole ; mais si maintenant c’est le peuple qui voulait de lui ? A première vue cela changera inexorablement la donne. Surtout qu’il y’a autour du Président tout une galaxie de prébendiers plus que d’hommes politiques qui n’ont rien à perdre mais tout à gagner dans l’éventualité d’un prolongement de mandat. Sous d’autres cieux la situation aurait paru rocambolesque. D’un coté un président qui s’engage à passer le flambeau  légalement, et de l’autre une opinion nationale partagée entre le doute. Objectivement analysé on pourrait prétendre que Tandja respectera sa parole car –n’en déplaise aux détracteurs, le risque est trop élevé au cas où le Président se hasarde à s’aventurer dans une entreprise vouée d’avance à l’échec. En homme politique avisé, Tandja sait bien et plus que n’importe quel autre homme politique du pays ce qui l’attend au premier tournant s’il se laisse séduire par l’idée d’une prolongation de mandat. Il le sait d’autant plus qu’il a été témoin direct de l’histoire du Niger démocratique. Le Président Tandja a eu le loisir de vérifier à l’occasion qu’on ne badine pas facilement avec les acquis démocratiques des nigériens dont certains ont été arrachés au prix du sang (douloureux événements du 9 février 90). Les récents évènements qui ont émaillé le sacre démocratique de notre pays ne se sont pas encore complètement effacés de la mémoire collective des nigériens et sont évocateurs à plus d’un titre. Malgré leur docilité apparente, Tandja sait que le peuple n’hésitera pas à descendre dans la rue, à boycotter élections et institutions pour rendre le pays ingouvernable au travers des désormais célèbres villes mortes et autres marches de protestation. Comme dans les années 90 pour l’instauration du multipartisme démocratique ou comme sous l’ère Baré pour la défense et la restauration de la démocratie ; les nigériens sont capables de tout lorsqu’on s’offre le luxe de bafouer leur droit élémentaire eux qui récemment en 2005 n’ont pas hésité à contraindre le gouvernement de Tandja de surseoir à sa loi de finance rectificative quelques mois seulement après lui avoir renouvelé leur confiance en le reconduisant président pour un nouveau mandat à près de 60% des suffrages exprimés. Surtout qu’en 2009, le peuple nigérien dans l’ensemble et la société civile auront encore plus gagné en maturité donc difficile à manipuler.
Le Président Tandja s’est forgé au fil des années dites démocratiques du Niger, une notoriété d’homme politique intègre  ce que personne ne lui conteste d’ailleurs jusqu’à ce jour. D’ailleurs il avait juré sur le Saint Coran de respecter la constitution rappelle un cacique du régime. Nul doute que le Président Tandja réfléchira par dix fois avant de prendre un envol dans l’inconnu. Des lors convaincu de la valeur de l’homme et des risques que le pays encourt, on peut aisément affirmer avec forte conviction et cela sans s’aligner sur quelconque des positions que Tandja s’en ira au terme de son mandat. Il s’en ira comme il l’avait promis et servira le pays autrement lorsque du monde entier et des quatre cotés du pays les apprentis démocrates défieront les ardeurs du soleil africain pour se bousculer aux portes de sa maison jusqu’aux confins de son Manga natal ou au bord du boulevard Mali Béro. Qui sait si le monde qui l’aura entre temps érigé en démocrate type ne fera appel à sa sagesse de grand homme pour  présider une de ses organisations ou conduire des missions spéciales à l’image d’un Alpha Oumar Konaré, d’un Abdou Diouf…les exemples faisant légion.
En attendant ces échéances les spéculations peuvent bien continuer et de plus belle à moins que le Président juge utile d’y mettre un terme, chose qui arrangera bien des nigériens rendus maitres  dans l’art des rumeurs et débats sans fondement vers de nouvelles préoccupations qui n’en manquent pas d’ailleurs si on se fie au chambardement qui secoue notre classe politique. On aurait ainsi plus à gagner en faisant notre le dicton populaire qui prévenait : « laisse mouton courir, Tabaski viendra !» D’autant plus que comme le reconnait Sanoussi Tambari Djakou, Tandja n’a jusque là jamais dévoilé son intention de briguer un autre mandat. Le phénomène même s’il n’est pas nouveau au Niger n’est pas moins inconnu car caractérisant toute fin de mandat dans une Afrique ou la politique relève plus de la superstition que de la science. Néanmoins force est de constater qu’il traduit l’aspiration du peuple nigérien à une veritable culture démocratique. Pour la première fois en effet notre pays vit la fin d’une décade de stabilité politique et institutionnelle chose rare dans notre monde. Il est grand temps de nous laisser savourer les dividendes de l’alternance. Mais peut être qu’il est encore trot tôt pour s’en lécher les babines…
Aboubacar Yacouba BARMA
22 Septembre 2008
Publié le 22 Septembre 2008
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15

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