vendredi, 03 octobre 2008 06:23

Kindo Hamani ou l’honneur d’un ministre

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Kindo_HamaniIl est arrivé, je suppose à plusieurs d’entre nous, de s’entendre redemander « Nigeria ? » après que l’on ait annoncé à un interlocuteur, qui nous demandait d’où l’on vient, que l’on est du Niger. Et en général, cela finit par nous agacer après que l’on ait été surpris, puis étonné. C’est peut-être simplement le fait  de se rendre compte que notre cher pays soit si méconnu, qui nous irrite.
 Ce qui devient agaçant, c’est quand cette même personne oublie assez rapidement ce qu’on lui a dit quelques jours auparavant, parce qu’elle ne se gène pas pour reposer la même question. 
J’ai, tantôt, dit ‘’agacer’’; je devrais dire ‘’désoler’’.  En effet, il faut dire que c’est toujours désolant de se rendre compte que le reste de la planète n’est pas au courant de notre existence, surtout que nous sommes au courant de la plupart de leurs mésaventures. 
C’est certainement là une dure réalité, mais on ne peut pas, en toute objectivité, leur en vouloir. On finit bien évidemment par trouver quelques raisons valables qui expliqueraient cette situation qui, en fin de compte, n’est pas une fin en soi, diront certains. 
Je suis disposé à être du même avis qu’eux. Seulement, je pense que la question devrait être abordée plus sérieusement et que  l’on ne peut pas esquiver du revers de la main cette réalité. 
En effet, je pense qu’elle pourrait expliquer un certain nombre de comportements lamentables, ou s’expliquer par ces comportements,  dont le dernier a été le limogeage du ministre des transports, Kindo Hamani. 
Le débat sur la manière, assez cavalière, dont le pouvoir a traité cette question, doit à mon avis se poursuivre. On ne va pas, ici, s’abaisser à la diversion qui consisterait à chercher à savoir qui, de notre ministre ou du pilote sénégalais, aurait raison. 
Il faut souligner, simplement, qu’il est tout de même surprenant que, dans ce monde, où la règle d’or de tous les dirigeants (en l’occurrence ici, les  dirigeants sénégalais), est la défense des intérêts de leurs concitoyens, qu’un gouvernement continue à agir de façon aussi désinvolte. Il faudrait, en effet, que l’on m’explique les intérêts que le Niger a, à perdre dans cette affaire, quand on les met en balance avec une dignité de tout un pays. Quels intérêts, économique et politique, peuvent expliquer ce comportement?  Et surtout, pour comprendre l’absurdité de cette décision, il faut, un tant soit peu, inverser les rôles et supposer que c’est un ministre sénégalais qui serait aux prises avec un pilote Nigérien. Pensez-vous, sincèrement, qu’il allait être limogé par un remaniement ministériel si grotesque? 
On pouvait tout de même essayer de sauver les apparences et ne pas donner l’impression d’avoir obéi à une injonction.
 
Mais franchement, je ne pense pas que le président Tandja l’ait compris comme cela.
Si je devais me hasarder à une pseudo-analyse psychologique, je dirais que Tandja a voulu faire honneur à l’honneur en démettant ce ministre qui n’aurait pas eu un comportement digne de son rang.
Et C’est assurément, là, une attitude assez révélatrice de la personnalité du président Tandja qui est, tout simplement, un chef déphasé par rapport à son époque. Je ne suis pas en train de sous-entendre que c’est une mauvaise chose, je voudrais simplement souligner que c’est là une attitude qui ne serait pas compatible avec les aspirations et les fonctions d’un président d’un pays qui a tant de défis à relever.
 Il ne faudrait pas transposer un comportement, d’un bon chef de famille, à celui d’un chef d’état. Le président Tandja est certainement un bon chef de famille, avec un sens élevé de la responsabilité et de l’amitié. Ce sont, là, des qualités indéniables qui doivent, tout de même, être utilisées avec parcimonie dans les fonctions de chef d’un état démocratique. J’ai juste l’impression que ce n’est pas le cas présentement.  
C’est aussi, cet aspect de la personnalité qui peut en partie expliquer le comportement du PNDS. Tandja a dû donner sa parole et Mahamadou Issoufou a jugé qu’il serait plus bénéfique et plus économique d’avoir l’attitude qu’il a présentement plutôt que de s’inscrire dans la confrontation. Evidemment, ils ont minimisé les contrecoups de ce comportement, de faire valoir, auquel ils sont confinés. Dans tous les cas, il est trop tard, pour le PNDS, de faire machine arrière. Ils prient, donc, chaque jour et espèrent à chaque instant qu’ils ne se sont pas trompés.  
En effet, le moindre écart pourrait remettre en cause les supposés acquis.
Le cas de Kindo Hamani, loin d’être anecdotique, vient au contraire mettre en lumière un aspect de la mauvaise gouvernance, d’un genre nouveau. Et le pire, c’est surtout que l’on ne  nous reconnaisse rien en retour. 
Malheureusement, le charme dans la posture de chef de famille n’a pas, encore, fini d’opérer. Mais, il faudra nécessairement, se réveiller. 
Paté Boubacar
02 Octobre 2008
Publié le 02 Octobre 2008
      
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15

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