dimanche, 12 octobre 2008 10:45

Humeurs et divagations

Évaluer cet élément
(0 Votes)
AfriqueLà où je vis actuellement, à chaque fois que je rencontre un Africain, dans les rues, on se salue, et cela même si on ne se connaît pas. La peau constitue, ici un lien identitaire relativement fort et permet des fois de se rapprocher plus facilement et d’engager une discussion fraternelle.
Je passerais sur le fait, que certains de ces Africains ont une notion de géographie assez approximative sur le Niger, mais ce n’est pas le but de mon propos aujourd’hui.

C’est ainsi que cette semaine, je me suis retrouvé à parler, avec un ‘’frère’’, de la crise financière qui ‘’squatte’’ tous les écrans de toutes les télévisions de cette planète, ces derniers temps et de la manière dont les médias nous transmettent l’information. Il est quand même à mentionner qu’au début, ce ‘’frère’’ voulait que nous parlions de l’emprisonnement de Moussa Kaka, mais je ne l’ai pas encouragé sur ce point. On a plutôt parlé de ce journaliste de télévision qui commentait la crise financière. Il l’avait présentée comme une épidémie planétaire et chaque zone infectée était représentée par  un point rouge. Chose curieuse, il n’y avait aucun point rouge sur l’Afrique. Et c’est seulement l’Afrique qui était épargnée par cette maladie. Il n’a même pas sous-entendu que c’était la bonne santé, des institutions financières africaines, qui expliquerait cela. C’est cela qui a attiré mon attention, et celle de mon vis à vis, selon ce qu’il m’a dit. En effet, c’est plutôt au contraire que l’on nous avait habitués, quand il s’agissait de guerres et de maladies.
Nous avons vite fait de conclure que ce n’est pas que l’Afrique était épargnée, mais en réalité l’Afrique était tout simplement ignorée du fait que rien d’intéressant sur ce point ne s’y passerait. Voilà un comportement désolant qui, même s’il n’est pas loin de la vérité, n’en demeure pas moins très subjectif.

Et puis il n’était pas nécessaire de remuer le couteau dans la plaie. En tout cas, cela nous a fait mal et on a taxé ce journaliste comme étant certainement un de ces ‘’incultes’’ qui, fortement influencés par les médias occidentaux, pensent que l’Afrique rime seulement avec guerres et sida. On a conclu assez rapidement à son manque criard de
professionnalisme.  Car il peut, tout de même, se rappeler que l’Afrique du Sud est  en Afrique, s’est-on dit. Et dans ces moments, on ressort, inconsciemment, tout notre arsenal de noir victime séculaire, pour justifier cet état de faits. On en veut à l’esclavage, à la colonisation et au néocolonialisme. On en veut à nos dirigeants actuels (et aussi ceux d’avant), qui traînent des comportements d’esclaves ayant besoin d’être asservis. On les a rendus responsables de tous les maux dont nous sommes victimes.

Généralement, on s’inscrit, inconsciemment aussi, dans une globalisation du continent noir, qui dans ce cas précis, n’est pas du tout subjective car mon interlocuteur est un autre africain. On a ainsi formulé toutes nos récriminations dans une optique purement raciale.  On s’est trouvé, très facilement, des arguments à l’échelle du continent pour fustiger les comportements racistes que le reste de la planète aurait à notre égard, nous les noirs.  Et c’est à ce moment que l’on a repensé aux vieux clichés des préjugés qui font dire  à Nicolas Sarkozy, le Président français, que ‘’l’Afrique n’est pas assez rentrée dans l’histoire’’, aux clichés des malédictions telles celle de Ham, fils de Noé et qui serait l’ancêtre des Noirs, où parait-il, Noé l’aurait maudit, et que c’est cela qui nous poursuivrait jusqu’ à maintenant.
On va être, certainement révolté si quelqu’un supposait un seul instant que l’on est en train de légitimer cette légende, alors qu’au contraire on ne faisait que supposer que beaucoup de comportements y auraient leur source. On a vociféré contre les clichés, en général, et contre ceux qui sont aveugles devant les évidences. On a pris des exemples de noirs ayant eu une certaine visibilité pour pourfendre les clichés. Il est descendu de l’autobus en me lançant ‘’ à la prochaine, mon frère’’.

Je suis resté seul avec les rémanences de tout ce que l’on s’est dit, pour le  restant de mon parcours. Et je me suis surpris à me demander ce qui nous a pris de nous énerver tout seul devant un écran de TV, car après tout, nous n’avons fait  qu’échanger nos énervements solitaires. C’est tout de même une attitude ridicule, n’est-ce pas? Mais surtout, est-ce qu’il a tort, ce journaliste, qui aurait les comportements que nous avons décriés plus haut?  Mais enfin, doit-il, pour faire plaisir à des gens comme nous, dire des contrevérités? Il est certain qu’au-delà de tout ce qui peut être dit sur les racistes et leurs semblables, et Dieu est témoin qu’il y’en a, il faut reconnaître que nous leur servons assez fréquemment, sur un plateau,  les munitions. Car les coups d’état, les impunités, les maladies, les dépendances monétaires inqualifiables comme celle de nos pays vis à vis de la France, les guerres et les rébellions ne sont pas des inventions, tout de même. Le manque de compétitivité des économies africaines, excepté celle notable de l’Afrique du sud, n’est pas une simple vue de l’esprit, non plus, c’est une réalité. Finalement, je me rends compte que je ne suis plus totalement d’accord avec les arguments que l’on a développés. On s’est, apparemment, donné le bon rôle dans notre emportement. Car après tout, toute personne sensée sait que cette posture de victime ne résout aucun problème. Surtout qu’elle ne dépeint pas complètement la vérité. 

Je me suis promis de lui parler de cela, la prochaine fois que je le verrai. Si évidemment, je le revois. D’ici là, vous voudrez bien partager, avec moi, cette interrogation sur la problématique du développement en Afrique.
Elle porte sur nos élites qui sont en général constituées de très bons élèves et étudiants. En effet, la plupart de nos technocrates ont obtenu leurs diplômes dans des écoles et universités prestigieuses d’Europe et d’Amérique du Nord. Mais alors pourquoi ils n’arrivent pas à mettre en pratique leur savoir comme leurs condisciples de ces pays où ils ont obtenu ensemble leurs diplômes?
A part le fait que le rôle de victime est certainement le plus court chemin, pourquoi beaucoup d’autres nous, comme mon interlocuteur et moi, se complaisent dans cette posture de victime, et s’en tiennent mordicus à ça, pour tout expliquer?
Pourquoi, s’engager dans des débats stériles, par exemple sur le discours de Sarkozy,  quand la mauvaise foi des interlocuteurs est manifeste? Dans cette histoire, il est clair que leur idée est définitivement faite. Et puis, pendant combien de temps encore devrons-nous continuer à nous baser sur ce que les autres diraient de nous pour nous faire une opinion de nous-mêmes?
Et dire que le Professeur Cheick Anta Diop a passé sa vie de chercheur à tenter de démontrer aux Africains qu’ils n’ont pas à ‘’rougir’’ de leur histoire.
Force est de reconnaître que cette leçon de Cheick Anta Diop n’est pas encore, réellement, bien intégrée. 

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15

Idées et opinions