vendredi, 02 octobre 2015 15:42

Lettre ouverte au président de la République : Monsieur le Président, Vous ne pouvez pas décréter un deuil de trois jours consécutif au drame qui a frappé le Niger à Mina et prendre l’avion pour aller assister à une cérémonie de réjouissances

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Issou Alha Conde 2015C’est avec consternation que j’ai appris la bousculade meurtrière survenue sur les lieux saints de l’islam, lors du rituel de lapidation des stèles de Satan, dans la vallée de Mina ; bousculade qui s’est soldée par la mort de plus de 700 pèlerins et plus de huit cent blessés. 22 de nos compatriotes font partie de ce bilan macabre. Aussi voudrais-je présenter, à leurs familles, à vous-même, le président de la République, ainsi qu’au Niger tout entier, mes condoléances fraternelles et mes prières afin que le paradis soit leur demeure éternelle.

C’était écrit ainsi et nous n’y pouvons rien. Le Niger est en deuil et je ne voudrais pas polémiquer au sujet d’un évènement aussi douloureux et regrettable. Cependant, je manquerais à mon devoir en oubliant de relever qu’à ce jour, notre pays est le seul qui ne connaisse pas encore le bilan exact de ses victimes. C’est d’autant plus déplorable que cette situation d’incertitude plonge des familles entières dans une angoisse terrible. J’espère que le séjour du super flic Massoudou Hassoumi en terre sainte d’Arabie Saoudite mettra rapidement un terme à leur angoisse, et du coup, à la spéculation qui a cours actuellement sur ce bilan. Monsieur le Président, j’ai appris que vous avez été, lundi passé, l’hôte du Président Alpha Condé de Guinée qui a inauguré le barrage hydroélectrique de Kaléta. Je me disais que c’était une blague, une de ces informations fausses, car infondées, lancées par des journalistes aimant le sensationnel mais qui sont malheureusement mal informés. Je me disais que vous ne pourriez pas décréter un deuil de trois jours consécutif au drame qui a frappé le Niger à Mina et prendre l’avion pour aller assister à une cérémonie de réjouissances. Je me disais que ce deuil s’impose d’abord à vous, le président de la République, et qu’il n’est pas convenable que vous agissiez ainsi. Car, beaucoup de vos compatriotes s’interrogent sur la compréhension que vous avez du deuil national. Beaucoup de gens doutent que Alpha Condé, à qui vous avez fait cet honneur, puisse faire pareille chose s’il s’agissait du barrage de Kandadji et que les circonstances dramatiques de Mina concernaient son pays. J’en doute aussi. Vos compatriotes sont, donc, choqués et ils ne manquent pas d’argument. Ils disent que ce n’est pas la première fois que vous vous comportiez de la sorte. Ils rappellent que vous avez fait le déplacement de Paris, au lendemain des attaques terroristes qui ont frappé le journal Charlie Hebdo, alors que vous n’avez pas daigné vous rendre à Karamga où plusieurs dizaines de vos compatriotes ont trouvé la mort dans des conditions tragiques que l’Histoire clarifiera certainement, un jour. Ce déplacement de Guinée est, donc, politiquement et moralement inopportun, inconvenant et fâcheux pour le candidat que vous êtes. Ah, le barrage hydroélectrique de Kaléta ! Un beau succès guinéen que j’applaudis, même si la nouvelle a fait un certain effet en moi. Ce n’est pas de la jalousie, mais j’avoue avoir eu un pincement au coeur tout de même. J’aurai tant voulu que ce soit lui qui soit votre hôte, à l’inauguration officielle du barrage de Kandadji. Hélas, si Alpha Condé a pu réaliser le barrage hydroélectrique de Kaléta, chez nous, on ne parle même plus du barrage de Kandadji dont les financements étaient pourtant acquis totalement lorsque vous entriez en fonction, en avril 2011. C’est indiscutablement votre plus grand échec.

 

Monsieur le Président, la fuite de capitaux se poursuit et je ne prendrai pas de gants pour le dire : c’est un trafic organisé au sommet de l’État, car pour avoir accès au salon d’honneur de l’aéroport de Niamey, il faut être UN TEL. Le scandale des neuf milliards saisis n’a pas encore fini de faire parler que la Douane nigérienne a encore mis la main sur une douzaine de kilos d’or dont la valeur est estimée à 200 millions de nos francs. Notre pays, c’est triste de le constater, est en proie à une véritable saignée et il n’y a aucune exagération à dire ce qu’un confrère a dit : sous votre magistère, le Niger est devenu un Etat-voyou, un espace de liberté et de sécurité dédié aux trafiquants de tous bords, pourvu qu’ils aient la nationalité nigérienne ou qu’ils soient associés à quelques voyous transfrontaliers nigériens bien connus de vos compatriotes. Je ne vous poserai pas la question de savoir pourquoi vous cautionnez de telles pratiques. Mohamed Bazoum, ministre d’État à la Présidence et Président du parti qui vous a porté au pouvoir, nous a donné les explications nécessaires. À Zinder, dans la capitale du Damagaram , Il a ainsi expliqué à propos de cette sordide histoire de neuf milliards saisis sur des trafiquants à l’aéroport Diori Hamani de Niamey, mais restitués sur instruction personnelle du ministre des Finances qui a dû, lui-même, recevoir instruction d’une autorité plus élevée, qu’ils l’ont délibérément décidé ainsi parce qu’il s’agissait de commerçants nigériens (hic) et qu’ils ne sauraient appauvrir des compatriotes en les délestant d’une partie de leurs fonds de commerce ; que ces trafiquants notoires se sont toujours baladés à travers le monde avec de telles fortunes par devers eux et qu’ils n’ont, nulle part au monde, y compris dans des pays tels que la France, rencontré le moindre problème. Et bla bla bla… N’est-ce pas des stupidités ? Pour avoir le culot de raconter de telles choses à propos de ces trafiquants pris en flagrant délit, avec de l’argent qui pourrait provenir du commerce de la drogue ou de la haute criminalité, il faut être sans aucun respect, à la fois pour ses compatriotes et pour la législation. Ce que Mohamed Bazoum a déclaré n’a surpris personne, au Niger. Il n’a fait que dire ce que le Niger vit depuis bientôt cinq ans Monsieur le Président, dois-je vraiment m’attarder sur ce discours effronté de Mohamed Bazoum ? Je crois que oui. Des trois trafiquants appréhendés, il n’y avait qu’un seul Nigérien. Les deux autres sont de nationalité nigériane, avec des passeports nigérians. Leurs identités ont été formellement établies et consignées dans le procès-verbal de saisie. Il s’agit de Bardé Abdulahi Salifou (Nigérian), Elhadji Idi Abdou (Nigérian) et de Ibrahim Alhadji Mohamed (Nigérien). Mohamed Bazoum n’a pas rendu service à votre image, encore moins à celle d’un gouvernement qui a fait tellement de boucan autour d’un combat qu’il est à mille lieues de mener. Par ses propos délirants, il ne dit pas autre chose que ceci : votre gouvernement apporte soutien et concours à des malfaiteurs transfrontaliers parce qu’ils seraient Nigériens alors que leurs butins pourraient, éventuellement, servir à financer le terrorisme et autres activités mafieuses. Etre Nigérien est-il un sauf-conduit pour un trafiquant ? Vouloir se défendre sans arguments mène au ridicule, sans toutefois effacer la faute. Mohamed Bazoum a juste omis de préciser, en parlant de commerçants nigériens, qu’il ne fait nullement allusion à ceux qui sont fichés par Hassoumi Massoudou comme étant des « ennemis ». Ne nous occupons pas trop de Mohamed Bazoum dont les militants du Pnds Tareyya, eux- mêmes, redoutent les sorties médiatiques à cause de ses bourdes habituelles. Monsieur le Président, la saisie de ces milliards à l’aéroport de Niamey est un coup dur pour votre image à l’extérieur. Le fait d’avoir ordonné la restitution de ces milliards aux trafiquants est pratiquement perçu comme la preuve d’une connexion politico-mafieuse dont se doutaient beaucoup d’observateurs. Aujourd’hui, ce doute n’existe plus et Mohamed Bazoum doit être chaudement félicité pour avoir éclairé la lanterne de nos compatriotes sur les relations de ces trafiquants avec le pouvoir en place. Combien de milliards, d’or et autres pierres précieuses sont sorties du Niger ou du Nigeria voisin par l’aéroport de Niamey grâce aux mêmes connexions politicomafieuses ?

 

Monsieur le Président, dans quelques jours, la justice rendra son délibéré dans le fond sur la vraie-fausse affaire Mnsd Nassara. Cette affaire, ainsi que d’autres qui ont été suscitées et entretenues pour des desseins politiques, ne peut grandir la démocratie, l’État de droit et la République sous votre magistère. Au contraire ! Aux dernières nouvelles, le clan Albadé et consorts, puisqu’il s’agit d’un clan, aurait l’intention de créer leur parti politique. La date de lancement probable serait le 15 octobre prochain, dix jours après le verdict que les Nigériens attendent et que vous souhaiterez personnellement infructueux pour le clan Albadé et consorts. La malheureuse suggestion de Mohamed Ibn Chambas que je ne vais pas ébruiter pour ne pas écorner l’image de ce diplomate onusien est apparemment en train de prendre forme et vie. Tout ce que j’ai à dire, c’est d’abord que je comprends mieux à présent comment il arrive à la communauté internationale de commettre des fautes parfois irréparables. Je comprends mieux à présent pourquoi des chefs d’État africains persistent à mort dans des voies pleines de périls pour leur peuple. Dans le cas de notre pays, satisfaire quelque peu à la demande de Mohamed Ibn Chambas n’est pas la solution et vous le savez. J’espère que le diplomate onusien reviendra et qu’il rectifiera le tir, en se limitant aux premières vérités qu’il vous a dites.

 

Monsieur le Président, j’ai suivi avec beaucoup d’attention le feuilleton de la crise burkinabè et n’ai pas compris que le Président sénégalais et Président en exercice de la Cedeao, Macky Sall, n’ait pas fait le déplacement de Ouagadougou pour la réinstallation des autorités de la Transition interrompue le 17 septembre 2015. Me fondant sur les positions tranchées des chefs d’État de la Cedeao, je me suis demandé si Macky Sall n’était pas sorti profondément déçu du sommet extraordinaire d’Abuja. Il a de bonnes raisons de l’être. Car, il n’a fait que suivre la voie de la sagesse et de la paix sociale pour le Burkina Faso. Ceux qui, pour des raisons obscures et insensées, soutiennent une tout autre voie, celle de la fermeté et de la logique d’exclusion, m’a-ton dit, sont absolument dans l’erreur. Leur préconisation mènera inévitablement le Burkina Faso dans l’impasse. Une crise pareille ne se règle pas sur le dos et au détriment d’une partie. C’est un passif de l’histoire politique du Burkina Faso qu’il faut solder avec tact, sagesse et maturité. Pays voisin et frère du Burkina Faso, le Niger ne peut qu’agir à éteindre le feu qui couve. Vous êtes notre porte-flambeau. C’est à vous d’être le premier allié de Macky Sall dans ce combat pour la paix sociale au Burkina Faso. Les ressentiments de la rue, précisément du Balai citoyen, ne sauraient être le fil conducteur d’un chef d’Etat, tenu à plus de responsabilité. Le Balai citoyen ne représente pas tout le Burkina Faso ; il n’en représente qu’une partie qui exprime de vieilles rancoeurs. Tenez compte de cette donnée et vous rendrez grandement service au Burkina Faso.

 

Monsieur le Président, surprenez agréablement votre monde en prenant le contrepied de ce que les gens pensent et disent. Beaucoup de gens vous disent adversaire du Président Macky Sall dans cette crise burkinabè. Si cette information est avérée, le Burkina Faso est mal parti et je serais personnellement surpris que les choses ne soient un peu comme les rails gondolés de Vincent Bolloré au Niger. Que Dieu inspire le Président Michel Kafando pour plus de sagesse dans la conduite de cette transition politique. Pour le bien du Burkina

Mallami Boucar

 

02 octobre 2015
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Dernière modification le samedi, 03 octobre 2015 20:58

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