mercredi, 11 mai 2016 12:14

Lettre à mes compatriotes

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Marche Rotab 2Image d'illustrationChers compatriotes, Mes chers compatriotes, notre pays, le Niger, vit des moments dramatiques, conséquences de l’insouciance d’hommes qui savent qu’ils doivent les stations qu’ils occupent, non pas à une légitimité populaire, mais à un coup d’État électoral qu’ils ont perpétré pour se maintenir au pouvoir. Un pouvoir inique qui se gargarise d’avoir réussi là où le bilan, aux plans politique, économique et social, frôle la catastrophe. Tout va à-vau l’eau mais les saigneurs du pays continuent à voir les choses dans un prisme révoltant, présentant la situation sociale, politique et économique scandaleuse de notre pays comme un des plus beaux succès en Afrique.

Mahamadou Issoufou a plongé notre Niger dans un gouffre que nous mettrons au moins une décennie à combler. J’étais, pas plus tard que la semaine passée, en tournée à Zinder, Maradi et Diffa où j’ai profité pour échanger avec les populations et les cadres régionaux de certains secteurs sociaux de base, sur les réalités du pays. Elles sont poignantes simplement. Savez-vous qu’à l’heure actuelle, malgré les fanfaronnades de ceux qui gouvernent depuis le coup d’État électoral, que le problème d’eau persiste avec la plus grande acuité à Zinder ? Savez-vous qu’en plus de Diffa et Zinder, Maradi est aujourd’hui en proie à de graves problèmes d’eau ? J’ai eu l’occasion de vous rapporter la situation économique et financière dans laquelle le pilotage à vue de Mahamadou Issoufou a plongé le Niger. Vous avez, vous-mêmes , votre idée de cette situation qui pourrit davantage au fil du temps, l’asphyxie dont l’État est victime se compliquant avec, d’une part des charges qu’il trouve toujours les moyens de multiplier, d’autre part, les ressources financières qui s’amenuisent du fait de détournements jamais égalés. On ne compte plus les fonctionnaires qui ne perçoivent plus leurs salaires à la fin du mois. Un exemple : à Maradi, c’est pratiquement en fin avril que les fonctionnaires inscrits au «billetage» ont pu rentrer dans leurs droits de mars. Pour avoir le salaire d’avril quand ? Quant aux contractuels qui représentent plus de la moitié des effectifs enseignants, ils pataugent, pour la plupart, dans des arriérés de deux mois à trois mois. C’est dire que l’école est ruinée. Mais une telle situation, qui aurait alarmé n’importe quel gouvernement sérieux, n’émeut pas outre mesure les saigneurs. Moi, je les comprends. Pour se soucier de telles situations, il faut disposer d’une légitimité populaire. Et pour disposer d’une légitimité populaire, il faut être un homme bien du point de vue social et travailler effectivement pour la communauté. Le noeud cornélien est là. Ceux qui gouvernent savent comment ils sont au pouvoir. Ils ne le doivent pas à vos suffrages pour accorder l’attention naturelle qui sied aux problèmes que vous vivez. Vous pouvez vous en convaincre aisément en observant ce qui se passe dans les secteurs de la vie publique. L’eau devient de plus en plus une problématique partagée dans plusieurs régions du Niger ; plus de deux millions de personnes sont en insécurité alimentaire là où, discours criminel, on nous claironne que la famine est désormais un vieux souvenir au Niger grâce, nous dit-on, à une initiative dite 3N qui n’est jamais allée au-delà du slogan. Ces derniers jours, c’est le courant électrique qui fait défaut, anéantissant davantage les capacités de résilience d’une économie mise à sac par les saigneurs qui nous gouvernent.

Mes chers compatriotes, outre la légitimité qui fait défaut à ceux qui nous gouvernent et qui explique ce fossé qui les sépare d’avec vos préoccupations, il y a le fait que pour ceux qui croient véritablement en Dieu – je ne parle pas de ceux qui font semblant de croire mais qui sont en vérité des disciples de Bacchus qui n’ont foi qu’en la force de l’alcool – ces difficultés qui s’enchaînent sans discontinuer viennent, pour une part, de ces serments confessionnels non respectés, voire ignorés et méprisés. Comment un peuple dont le chef (qu’il soit légitime ou pas) viole régulièrement la Constitution, par conséquent son serment coranique, peut-il aspirer aux bonnes grâces du Tout Puissant, particulièrement lorsque ce peuple, dans ses différentes composantes, se complaisent dans cet état de fait sans broncher ? N’est-ce pas cette attitude que Dieu, dans le Saint Coran, appelle l’hypocrisie, l’attitude la plus détestable et la plus détestée de Dieu ? Pas plus tard que lors de la formation de son gouvernement post-coup d’Etat électoral, Mahamadou Issoufou a encore violé la Constitution, donc, son serment coranique en refusant de se conformer au quota des femmes, tel que fixé par la Constitution. Rappelez-vous de ces deux paroles fortes de l’Emir des croyants, celui-là même que Mahamadou Issoufou a dit être son modèle mais il a pris plus que le contre-pied. Il a dit que « Celui qui pense qu’il ne pourra gagner la guerre qu’en ignorant ses valeurs morales échouera forcément ». Il a dit également que « Mal s’exprimer pour défendre la vérité est mieux que de bien parler pour défendre le faux ». Or, nous sommes dans ce cas où, d’une part, les saigneurs qui nous gouvernent ont révolutionné la pratique politique en lui conférant des dimensions récusées par la morale et la religion ; d’autre part, le faux, le mensonge et la malhonnêteté ont pris le dessus sur le vrai, la vérité et la probité, plongeant le Niger dans une culture de contrevaleurs les plus détestables. Mais, ne nous attardons pas sur des détails, qui relèvent de l’ésotérique pour ceux qui ne croient pas, pour regarder en face les réalités dans lesquelles baigne notre pays mais que, curieusement, Mahamadou Issoufou et ses partisans ne voient pas. Je l’ai déjà dit, ils ne comprennent pas et n’ont pas conscience que plus de deux millions de Nigériens sont en insécurité alimentaire et que l’eau, source de vie, devient de plus en plus problématique. Je l’ai davantage compris avoir lu la fantastique lettre-réponse d’un certain Harouna Abdouramane, par ailleurs biographe du président Issoufou pour avoir publié Les boutures de manioc, un ouvrage tout aussi fantastique qui raconte une histoire …plus que fantastique. Bref, cet homme a cru devoir répondre à J.P. Olivier de Sardan, c’est son histoire. Je ne me mêle pas de cette polémique même si, le pamphlet dont il a accouché, d’une traite, dit-il, mérite des réponses appropriées de la part de tous ceux qui savent la vérité du Niger. La seule vérité que je tiens, ici, à marteler, c’est que l’ouvrage de référence cité à son compte, à savoir les Boutures de manioc, est un ouvrage sur lequel il y a plein à redire, à commencer par la première partie intitulée « Issoufou Mahamadou, ses parents, sa famille ». Voici, pour amorcer un débat nécessaire pour une Histoire vraie et non triturée, une question de simple information : quels sont, en 1962, soit deux ans après la proclamation de l’indépendance du Niger, les dix plus hauts gradés de l’armée nigérienne ?

 

Mes chers compatriotes, beaucoup de rumeurs circulent, ces derniers temps, sur l’état des finances publiques et sur bien d’autres choses. C’est le propre des pays qui vont mal et où les citoyens, pour oublier leurs misères ou pour noyer leur impuissance à mettre fin à un pouvoir qu’ils n’ont pas choisi démocratiquement, se perdent en conjectures à longueur de journée. J’ai, quant à moi, un conseil à vous prodiguer : armezvous de patience et d’abnégation dans la défense de vos principes et de vos positions pour le Niger. Un peuple a toujours des ressorts insoupçonnés. Gardez donc cet espoir qui vous a guidés jusqu’ici, nourrissezle à la sève de votre foi en Dieu. Vous devez vous rappeler qu’il n’y a pas de force qui soit supérieure à celle de Dieu et que lorsque vous vous trouvez en face de plus fort que vous, invoquez Dieu. Ce n’est pas un sermon, ni un prêche. C’est du réalisme tiré d’abord de la culture populaire qui enseigne, depuis la nuit des temps, que « face au plus fort, il faut user d’intelligence », que braver un fort impénitent relève de la témérité et que le téméraire n’est pas loin du fou. La résistance citoyenne peut être envisagée sous plusieurs coutures. Et si j’étais le collectif « Résistance citoyenne », je multiplierai les villes mortes et autres demandes de manifestation, pratiquement, chaque semaine, sans me préoccuper du reste. Je sais que plus je multiplie ces initiatives, plus le pouvoir s’épuise car en panne de ressources financières pour contrer mes actions. En fin de compte, il va finir par se planter tel un cardiaque soumis à un exercice insoutenable. Si j’étais, donc, le collectif « Résistance citoyenne », je poursuivrai de plus belle mes activités en me disant que le plus beau, le plus satisfaisant, c’est de savoir que je me bats pour le peuple nigérien qui n’a pas voté le 20 mars 2016 pour élire ceux qui sont actuellement à la tête de l’Etat. Si j’étais le collectif « Résistance citoyenne », je me ficherais de ce que serait le résultat immédiat mais inscrirait mon combat dans le long terme en me disant que le peuple nigérien a de belles excuses. Il ne peut ni se battre contre des forces de l’ordre toujours mieux équipées pour le contraindre au silence et à l’acceptation de l’inacceptable, ni changer le cours de l’histoire par un coup de baguette magique. Je me dirais que l’on n’est pas leader pour rien et que dans un combat, l’on n’attend jamais d’avoir tout le monde dans son camp pour s’engager.

Mers chers compatriotes, si je vous ai exhortés à user d’intelligence et de discernement quant aux moyens de lutte contre ce pouvoir issus d’élections d’un autre âge, ce n’est pas dans l’intention – loin s’en faut – de vous dégonfler ou d’emboucher une trompette de défaitisme. Mon but est de vous dire que la boxe se fait selon des catégories de poids qui correspondent. Vous ne pouvez pas mettre en face d’un poids lourd, un poids plume dans l’arène. Jusqu’à preuve du contraire, les combats sur les rings ont été organisés de cette façon. Vous ne pouvez ni changer ces règles ni y déroger sans vous faire du tort. Mais, revenons sur terre, au Niger, dans notre pays qui semble aujourd’hui plombé, on ne sait par quoi, depuis le coup d’État électoral du 20 mars 2016. L’argent se fait rare et la mobilisation des ressources internes flanche. Les institutions chargées de la collecte de ces ressources, notamment la direction générale des impôts (DGI) et les douanes, connaissent des difficultés énormes pour remplir leurs missions. La raison est simple : tous ceux qui sont astreints de payer et qui peuvent payer, au regard de leurs chiffres d’affaires, bénéficient d’exonérations que l’on ne peut considérer qu’étant criminelles. Beaucoup de sociétés, étrangères et nigériennes, ne paient presque plus rien à l’État parce qu’elles sont autorisées à payer, parfois, le ¼ de ce qu’elles doivent. Ainsi, des sociétés qui doivent payer deux milliards à l’État sont appelées à payer 500 millions. En contrepartie, bien entendu, elles versent des pots de vin énormes à leurs aimables serviteurs à la tête de l’État. Rappelez-vous l’année dernière des annulations extraordinaires obtenues par les compagnies de téléphonie cellulaire objets de redressement par la DGI auprès de…oh scandale, du secrétaire général du gouvernement qui n’a aucune compétence dans ce domaine. Manifestement, il s’agit, sous Mahamadou Issoufou, de se servir comme on peut et à partir de son secteur d’intérêt. Eh bien, le même manège serait en cours cette année aussi. Un acte criminel qui a offusqué tellement les vérificateurs de la DGI qu’ils ont décidé de croiser les bras et de laisser faire. Le Niger, il faut le répéter, se meurt à petit feu à cause de… je préfère dire qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que quelqu’un qui sait qu’il n’est pas au pouvoir grâce à une légitimité populaire se comporte ainsi. Que Dieu sauve le Niger de la formule du journal « L’Evènement » qui a titré, la semaine dernière, « le pire est derrière nous » en montrant Mahamadou Issoufou et Brigi Rafini sur un radeau en perdition vers une chute.

Mallami Boucar

11 mai 2016
Source :  Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le mercredi, 11 mai 2016 14:27

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