lundi, 16 mai 2016 10:00

Amères vérités : Le Niger serait-il devenu un Etat voyou ?

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Niger ETAT Depuis quelque temps circulent sur les réseaux des documents d’une gravité extrême, aussi bien pour ceux qui sont directement concernés que pour le Niger dont l’image respectable est en train d’être souillée les actes crapuleux d’une pègre dont le pays de Seyni Kountché n’a pas besoin. Les médias et les citoyens nigériens outrés par la duplicité d’un Nouhou Arzika ont, donc, rapidement, trouvé de plus important que de continuer à parler du fameux chèque du président du MPCR même s’il représente un véritable pavé dans la mare.

Bref, laissons Nouhou ravaler sa rage d’avoir été pris la main dans le sac pour nous intéresser à ces colossales sommes d’argent qui appartiendraient à l’Etat du Nigeria mais qui, magie digne de la mafia sicilienne, se seraient finalement retrouvés dans certaines banques de la place de Niamey. Il s’agirait, selon le document qui circule sur les réseaux sociaux, d’une part, de la BSIC (Banque sahélo-saharienne pour l’industrie et le commerce) pour un montant de 10 millions de dollars, soit 15 milliards de francs CFA à raison de 500 FCFA le dollar sur le compte bancaire NE 110, SWIFT Code BSAHNENI, Account 020383700112 ; d’autre part, de la Sonibank (Société nigérienne de banque) pour les montants suivants :

  • 38 millions de dollars sous le code H0064B0100125111123981/22 CODEBIC du 20 mai 2014;

  • 16 millions de dollars répartis sur plusieurs comptes de la banque sous le code H0064B0100125111123981/41 CODBIC du 20 mai 2014 ;

  • 1,401,869 • transférés à la Sonibank le 2 octobre 2013.

  • 1,395 346,84 • dans un autre compte de la Sonibank du 11 décembre 2013 ;

  • 2,252,252.25 • virés à la Sonibank en avril 2014.

Malgré l’extrême gravité de ces informations, assorties de codes bancaires qui ne peuvent être que vraies ou fausses, aucune de ces deux banques incriminées n’a pipé mot de cette affaire qui nuit à leur image de marque. Comment une banque de bonne réputation peut accepter de se taire lorsque, par des agissements frauduleux, certains de ses clients entachent sa notoriété, bâtie le plus souvent sur la rigueur de la gestion financière ? Une banque comme la Sonibank, qui a forgé son destin dans un environnement économique difficile au Niger, ne risque-t-elle pas de perdre tout crédit, et par conséquent, de grosses parts de marché car la clientèle attachée au sérieux et à la rigueur risque d’aller voir ailleurs ? La Sonibank, tout comme la Bsic, ne peut continuer à garder le silence. Elle doit parler, soit pour démentir les informations en circulation parce que totalement erronées ; soit pour dégager toute responsabilité dans cette opération mafieuse qui risque de tourner au contentieux d’Etat. Elles doivent parler, car ne pas le faire laisse du champ à ceux qui estiment qu’à bien des égards, constatables et vérifiables, le Niger serait devenu un Etat voyou. Quant à l’homme d’affaires qui serait impliqué dans cette affaire, il semble qu’il a pactisé avec des intouchables et qu’il ne risque rien jusqu’à preuve du contraire. Si l’ancien ministre de la Défense est clairement cité dans le document qui circule, les commentaires distillés soutiennent toutefois qu’il ne peut être que le maître d’ouvrage et non le maître d’oeuvre. Vous aurez remarqué que je ne me suis pas préoccupé de connaître la position de Mahamadou Issoufou et de ses hommes dans cette gravissime affaire qui doit être le mobile du récent séjour de la haute délégation militaire nigériane à Niamey. C’est que Je n’ai aucun respect pour un pouvoir issu d’un coup d’Etat électoral.

 

Depuis quelque temps, Niamey bruit également de fortes rumeurs relatives à un projet insensé. Il semble que des bâtiments administratifs de très grande importance, notamment la direction générale des impôts (DGI), la direction générale des douanes ainsi que d’autres, encore plus importants, doivent être rasés bientôt pour y construire sur le site un centre international des conférences ; que ce projet démentiel s’inscrirait dans la perspective d’un grand rendez-vous panafricain ; que des sommations ont été faites à l’endroit des grands services de l’Etat qui seraient concernés pour trouver des locaux de location et déguerpir dans un délai de 30 jours. Le Niger ne serait-il pas sérieusement malade pour se mettre à détruire des bâtiments administratifs alors qu’il fait face à une crise de bâtiments pour caser ses services ? N’estil pas trop absurde pour être compris et accepté ? Ces bâtiments administratifs ont-ils été catalogués chargés de périls pour les occupants ? N’est-il pas, en définitive, une décision irréfléchie qui compliquerait la situation financière déjà chaotique de l’Etat ? Le Niger doit-il se suicider pour si peu ? Une rencontre panafricaine qui ne mérite pas de se tenir au Palais des congrès est une rencontre sans intérêt pour le Niger. L’extérieur, en particulier nos amis et frères africains doivent nous respecter pour ce que nous sommes. S’il faut nous mettre la corde au cou pour leur faire plaisir, alors l’Union africaine n’a qu’à aller voir ailleurs. Le Niger est un pays dont plus de deux millions de citoyens sont actuellement en insécurité alimentaire. Au lieu d’investir le peu dont dispose l’Etat pour les sauver de la faim et de la souffrance, on veut faire dans les dépenses de prestige qui frisent la démence. Dans ce projet, il y a pour beaucoup d’Africains de quoi se moquer du Niger et de son peuple. Mais, s’ils en rigolent, pardonnez-leur cette méprise car c’est sans doute parce qu’ils ne savent pas le drame que vivent les Nigériens.

 

Autre sujet de préoccupation sur lequel nous avons déjà martelé nos petites vérités amères, c’est cette détention arbitraire et politique dont sont victimes Soumana Sanda, Oumarou Dogari, Issoufou Issaka, Maman Issa et les autres qui croupissent en prison depuis plusieurs mois. Pour peu qu’on soit de bonne foi, on doit reconnaître qu’ils sont les prisonniers politiques de Mahamadou Issoufou. Aucun juge véritable, imbu de sa dignité et de son honneur, fier de ce qu’il représente dans l’architecture institutionnelle et sociale, ne peut retenir en prison des citoyens contre lesquels, en vérité, la justice n’a aucune charge. Nous sommes dans quel pays et sous quel régime ? Alors que des citoyens de mauvaise moralité trônent, quelque part, à la tête de l’Etat, avec un immense fardeau de crimes économiques et divers sur le dos, ceux qui n’ont commis aucun délit véritable sont embastillés et jetés en prison. Nous sommes dans quel pays et sous quel Etat de droit bizarre pour que des personnalités de premier plan soient directement citées dans une scabreuse affaire de fraudes massives à un concours professionnel et que des juges, à commencer par le procureur de la République, se bouchent les yeux et les oreilles ? Malika Issoufou Mahamadou, Mano Agali, ancien ministre de la Santé, Laouali Chaïbou, ancien ministre de la Fonction publique et bien d’autres personnes ont été nommément citées comme étant les commanditaires des fraudes au concours professionnel de la santé. Pourquoi le Parquet, si prompt à donner des explications sur certaines affaires dont il reçoit probablement instruction de parler n’est-il pas revenu pour informer l’opinion nationale des derniers développements de l’affaire ? Remarquez ce que la Cour constitutionnelle a dit, entre 2014 et 2016, sur une même question dont elle a été saisie. En effet, saisie aux fins de la voir se prononcer sur les possibilités offertes par le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et la Constitution aux députés d’un groupe parlementaire dont ledit groupe n’a pas retenu la candidature à un poste du bureau du parlement, la Cour dit ceci : « « Considérant que les arrêts 004/CC/MC du 2 mai 2014 008/CC/ MC du 30 mai 2014 de la Cour font obligation au groupe parlementaire et à son président de ne pas faire obstacle à la liberté de candidature garantie par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui font partie intégrante de la Constitution » ; « considérant que l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel se réfère le préambule de la Constitution qui reconnaît à chaque citoyen le droit et la possibilité « de prendre part à la gestion des affaires publiques… » « …de voter et d’être élu… » ; « considérant que face au refus du président du groupe parlementaire ARN d’accepter une candidature au poste de président de l’Assemblée nationale et au regard des dispositions de l’article 5, alinéas 1 et 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Viceprésident, président de séance, a l’obligation de recevoir ladite candidature [ndlr : candidature de Amadou Salifou] ; qu’en le faisant et en l’absence d’une disposition contraire du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, il y a lieu de dire qu’il n’y a pas violation de la constitution ». C’était pour rendre possible l’élection de Amadou Salifou à la présidence de l’Assemblée nationale.

 

Ressaisie par l’Assemblée nationale en …2016 pour avis de conformité à la Constitution, la même Cour déclamé ceci : « Considérant que la modification apportée à l’article 13 tient à l’ajout d’un 3e alinéa ainsi libellé « Lorsque la candidature d’un membre du groupe n’a pas été retenue par son groupe, l’intéressé peut déposer lui-même sa candidature sur le bureau de l’Assemblée nationale » ; « Considérant qu’aux termes du même article 13, point 2 « Les candidatures doivent être déposées, au moins une demi-heure avant l’heure fixée pour l’ouverture du scrutin , par les présidents des différents groupes parlementaires auprès du président du bureau d’âge pour l’élection du président de l’Assemblée nationale et auprès du président de l’Assemblée nationale pour les autres membres du bureau » ; « Considérant que l’article 13 point 3 qui vient d’être ajouté institue un mode de dépôt de candidature différent de celui préconisé par le point 2 du même article , consacrant ainsi une rupture d’égalité entre les candidatures présentées par les présidents des groupes parlementaires et celle présentée par le député dont la candidature n’a pas été retenue par son groupe parlementaire en ce que la candidature provenant du groupe parlementaire est déposée devant le président de l’Assemblée nationale et celle du candidat agissant en son nom est déposée sur le bureau de l’Assemblée nationale » ; « Qu’il y a lieu par conséquent de déclarer le point 3 (nouveau) de l’article 13 non conforme à la Constitution ».

 

N’est-il pas tout simplement décevant pour certains hommes chargés d’administrer la justice mais qui se laissent instrumentaliser au point de mettre la cohésion sociale à rudes épreuves ? Le Niger a besoin d’hommes de principe et de valeurs, pas d’hommes de carton prêts à tout pour gagner une promotion ou quelques piastres. Il n’y a pas plus grand désastre pour un pays que de voir ses juges travestir leurs serments pour se mettre au service d’un tiers ou d’un groupe. L’injustice n’a jamais été un abri solide et durable pour ses auteurs.

 

17 mai 2016
Source : Canard Déchaîné

Dernière modification le mardi, 17 mai 2016 09:35

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