samedi, 21 mai 2016 15:01

Lettre à mes compatriotes : Un ascenseur qui monte finit toujours par descendre

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 campagne electorale Niger 01Depuis son hold-up électoral du 20 mars 2016, Mahamadou Issoufou s’est senti pousser de nouvelles ailes, de plus grandes ailes, pour anéantir toute opposition politique à sa personne et au Pnds Tareyya qui, vous avez pu le constater à plusieurs égards, se confond dangereusement à l’État. On ne fait plus de différence entre l’État et le Pnds Tareyya et c’est peu de dire que nous sommes en face d’une dictature en gestation.

La dictature est déjà là, écrasant sous ses bottes, suivant une planification digne des anciens régimes communistes d’Europe de l’Est, tous ceux qui représentent un danger direct ou potentiel à la pérennité du pouvoir en place. Soumana Sanda, Oumarou Moumouni Dogari, Seyni Mereda, Issoufou Issaka et dix autres hier ; Idé Kalilou, Bakari Saïdou et Malla Ari aujourd’hui, l’injustice continue, des hommes tombent, des familles entières sont déstabilisées, le Niger s’enfonce de plus en plus dans les profondeurs insondables d’une gouvernance liberticide, mais l’opposition politique continue, dans le meilleur des cas, son sommeil ; dans le pire des cas, elle apporte caution et soutien à Mahamadou Issoufou dans ce qu’il fait de ce pays et de ses hommes. Si des hommes comme Hamid Algabit, Moussa Moumouni Djermakoye, Abdou Labo qui passent tout leur temps à confier à des proches que c’est le régime le plus sale de l’histoire du Niger mais qui se rendent, dans les faits, complices de ce pouvoir dans tout ce qu’il fait comme méfaits, crimes et dérives, que peut-on ressentir face à l’attitude démissionnaire des leaders de l’opposition ? Du dégoût ? De la révolte ? Ou peut-être même de la pitié ? Je vous laisse répondre. Pour ma part, je constate simplement qu’ils sont en train de manquer à leur devoir vis-à-vis du Niger et de son peuple. On ne peut pas être leader politique, accepter librement de faire de l’opposition et se taire face aux graves dérives que connaît le Niger du fait d’un homme qui a fait pire qu’Ibrahim Maïnassara Baré pour gagner des élections. Aussi bien ceux qui l’ont aidé dans cette entreprise, à commencer par ceux qui ont longtemps gesticulé et insulté avant de passer à la caisse, que ceux qui gardent un profil bas en se disant que tant que ça concerne les autres… sont coupables au même degré. Hitler, Mussolini ou encore tout près de nous, Sékou Touré, Idi Amin Dada ou Bokassa ne sont pas nés d’euxmêmes. Ce sont les peuples qui créent leurs monstres.

 

Mes chers compatriotes, la liberté, tout comme la démocratie et l’État de droit, s’arrache, se défend. En fin de semaine dernière, j’ai été déconcerté d’apprendre que malgré l’impopularité incontestable de ce pouvoir issu d’un hold-up électoral et la tenace volonté des citoyens nigériens de ne pas courber l’échine face aux intimidations et chantages et aux menaces de toutes sortes, la conférence publique initiée et organisée par le collectif Résistance citoyenne sur « Enjeux et défis de la résistance citoyenne » n’a pas enregistré grand-monde. En tout cas, ce n’était pas, m’a-t-on appris, à la hauteur des attentes des leaders du collectif Résistance citoyenne dont la motivation tient à cette vérité pourtant admise par la majorité écrasante des Nigériens : « la nécessité et l’urgence à se battre pour le respect des droits et libertés fondamentales au Niger. Il est bien vrai que le collectif Résistance citoyenne n’a pas suffisamment exploité les possibilités de communication qui s’offrent à elle pour atteindre le maximum de publics. Une négligence dont ils ont constaté le résultat amer et qui, selon des sources bien informées, ses leaders ont décidé de corriger. Cependant, votre soutien au combat citoyen ainsi engagé est d’une importance que vous pouvez apprécier à l’aune des arrestations ciblées et planifiées qui se poursuivent, en dehors de tout cadre légal. Comme dans les anciens régimes communistes d’Europe de l’Est, il suffit, pour faire tomber des têtes, inventer une histoire et mettre en branle la machine de l’État, au besoin en extorquant ou en inventant des «preuves». Le Niger est malheureusement en train d’être englouti sous les eaux nauséabondes d’un système politique qui a étendu ses tentacules dans tous les secteurs de la vie publique, à commencer par la justice qui lui permet d’anéantir tout refus de ce nouvel ordre politique dans lequel l’État n’existe que pour le Pnds Tareyya et ses intérêts. Avez-vous lu et comparé l’arrêt n° 003 du 25 avril 2016 de la cour de Kadidatou Ly à propos du contrôle de constitutionnalité du Règlement intérieur et ce qu’elle a dit en mai 2014, relativement à la liberté de candidature des députés aux postes du bureau du parlement ? Allez sur le site de la cour de Kadidiatou Ly et téléchargez les deux arrêts. Vous en serez pour vos frais. C’est la preuve ultime de ce qui s’est toujours dit à propos de cette cour. Partagez l’information, car c’est cela aussi, la lutte pour la légalité républicaine : s’informer pour mieux agir.

 

Mes chers compatriotes, vous avez pu constater que le hold-up électoral a donné de belles assurances à beaucoup de monde. Tous ceux qui se sont terrés un moment refont surface, histoire de ne pas se faire oublier. La Ceni de Boubé Ibrahim et de Kadri Oumarou Sanda reprend du poil de la bête et annoncent le rendez-vous du prochain hold-up électoral pour le 8 janvier 2017 tandis que Malam Oumarou et Sabiou Gaya se font féliciter pour le travail de qualité qu’ils ont abattu et sans lequel le Pnds Tareyya n’aurait jamais obtenu 75 sièges au parlement. Pour une insulte aux Nigériens, c’en est vraiment une. En effet, rendre hommage à des hommes dont la médiocrité du travail n’a pas connu son pareil dans l’histoire des élections au Niger est une façon de reconnaître qu’ils ont travaillé pour le Pnds. Et comme le Pnds, c’est l’État et vice-versa, il y a de quoi leur reconnaître le mérite d’avoir confectionné un fichier électoral dans lequel il a été décelé 322 bureaux de vote fictifs. Bravo Boubé Ibrahim ! Bravo Kadri Oumarou Sanda ! Bravo Malam Oumarou ! Bravo Sabiou Gaya ! En attendant, bien sûr, le retour de l’ascenseur, car un ascenseur qui monte finit toujours par descendre.

Mallami Boucar

21 mai 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le samedi, 21 mai 2016 16:06

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