lundi, 23 mai 2016 05:14

Billet - Le Niger va mal : Vérité, justice, égalité…

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Niger Carte 2Le Niger va mal. Depuis quelques temps, un silence pesant, de son dard mortel, endolorit le tissu social. Le malaise s’amplifie et le silence pèse de son poids écrasant sur un Niger qui va très mal, divisé, blessé. On aurait cru que les hommes sont dépassés par les événements, tant les rancoeurs sourdes, laissées en « jachère » se durcissent. Dans les frictions des haines stratifiées, les hommes ont appris à se détester, à se vouer les pires méchancetés.

 

Le Niger va mal : il n’y a plus de vérité, plus de justice, plus d’égalité. Le mensonge a pris plus de place dans le pays. Le mensonge est vérité, la vérité est mensonge. C’est ainsi qu’on peut vous accabler de fomenter un coup d’Etat et vous avez beau vouloir crier votre innocence, vous devez rester coupable et garder prison sur le faux. L’essentiel est d’être accusé, pas d’être coupable. Et cette situation place tout le monde en insécurité, surtout quand on est un opposant déclaré. Personne n’est à l’abri d’une condamnation expéditive pour connaitre les profondeurs obscures du goulag socialiste. Pire, gare à vous si vous avez l’audace de vouloir réserver en grande pompe à un leader opposant qui s’appellerait Hama Amadou, un accueil des grands jours. Dans le droit nouveau de la renaissance, c’est un crime qui vous conduit aussi en prison pour des procès sans cesse reportés afin de retarder votre libération.

Le Niger va mal : la justice est en souffrance. Elle est sélective et roule à deux vitesses. Une pour les privilégiés de la république dont les crimes sont « exonérés », et une autre pour les pestiférés qui n’ont droit qu’à l’enfer, à l’humiliation, au bannissement, à l’exclusion. Tant pis si un opposant devait être cité dans une affaire quelconque. Mais quand les autres sont cités, le processus judiciaire est louvoyé, raccourci, trafiqué, arrangé pour leur éviter une comparution déshonorante. C’est d’ailleurs pourquoi le SAMAN ne peut qu’être impuissant à faire mettre à sa disposition des hommes puissants à qui la Justice reprocherait des impairs. Le pays vit dans cette fracture, dans cette injustice. On ne pouvait donc pas croire à cette intention de lutter contre l’impunité et de rendre gorge à ceux qui ont volé surtout quand on voit encore des malfrats tapis dans l’ombre de la renaissance, encore intouchables, pendant qu’on escamote la 6ème et la 7ème Républiques, pour chercher dans la lointaine 5ème République quelques faux dossiers pour harceler des opposants et faire croire que l’opération « Maï boulala » serait en marche. Zakaï a raison de s’exiler au Guriland : il est en paix depuis qu’il a été prévoyant en allant se faire un grand griot de la renaissance et un laudateur du Prince. Mais sans doute qu’aujourd’hui, il ne peut avoir le courage de se revendiquer du côté d’un Karidjo Mahamadou qui serait dans le collimateur de son régime. Ainsi va la vie… Le Niger va mal et c’est connu depuis cinq ans. Les Nigériens ne sont plus égaux devant la loi, devant les marchés publics. Ils sont nombreux à vivre ce sentiment de l’exclusion. Ils sont devenus des parias, des citoyens de seconde zone. Cette situation n’a fait que renforcer les frustrations et cristalliser les malaises. On a comme l’impression qu’il y a des bons nigériens et des mauvais. L’auto-saisine ne fonctionne que contre certains Nigériens. Suivez mon regard…

Les exclus se terrent, ruminant leurs douleurs. Dans le silence, ils soupirent.

Et depuis, ceux qui savent lire les silences savent que ça ne va pas dans le pays. Le Niger vit des déchirements qui peuvent à terme exploser car acculés, les hommes n’auront d’autres choix que de revendiquer leur place dans un pays où on les renie. Le Niger va mal, il faut s’en inquiéter…

24 mai 2016
Source : Le Canard Déchaîné

Dernière modification le mardi, 24 mai 2016 08:21

Idées et opinions