jeudi, 26 mai 2016 05:55

Lettre à mes compatriotes : S’il faut compter sur Mahamadou Issoufou, eh bien, le Niger ne serait plus qu’un vaste champ de ruines

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Issou ConvictionChers compatriotes,Le Niger vit actuellement, aux plans financier et économique, des jours extrêmement difficiles. Un passage obligé pour Mahamadou Issoufou, tant il a mis beaucoup d’imprudence, voire d’inconstance sinon d’insouciance face à ses responsabilités constitutionnelles dans la gestion du formidable potentiel financier et économique dont il a hérité.

Ces difficultés financières ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le fruit d’un pilotage à vue inimaginable mais que vous pouvez appréhender aisément au travers de ces ronds-points dont l’aménagement n’émane pas du ministère de l’Equipement, encore moins de l’énigmatique ministère de « la ville et de la salubrité urbaine » de Mahamadou Salissou Habi. Ces réalisations sont financées par des sociétés d’Etat et d’économie mixte telles que la Sopamin qui a ouvert le bal avec le modeste ouvrage de la Place de la concertation pour un coût, modeste pour la « Renaissance », de 400 millions de FCFA, la Nigelec qui serait derrière le grand rond-point de la Justice, etc. Un véritable détournement de deniers publics qui rattrapera, un jour, les auteurs qui, on le constate, n’ont pas certainement lu « Chroniques judiciaires » d’Amadou Ousmane. S’ils le lisent, ils sauront tout de suite qu’ils ont volontiers accepté de se mettre la corde au cou. Si, comme le soutiennent beaucoup de compatriotes ulcérés, notamment, par le coût de l’ouvrage de la Place de la concertation, l’opportunité de financer ces ouvrages a été une belle occasion de se remplir les poches, c’est que ces gestionnaires ne savent pas qu’on ne peut tirer les marrons du feu sans se brûler les doigts. Ils l’apprendront à leurs dépens, un de ces jours. Bref, c’est pour vous dire que la discipline budgétaire n’existe plus sous Mahamadou Issoufou et si vous voulez vous en convaincre, échangez avec des agents du ministère des Finances ou du Trésor national. On dépense ce qu’il y a sous la main et pour ce qui passe dans la tête. À force de persister dans ce pilotage à vue, sur fond de fausses statistiques destinées à faire croire à un succès économique sans précédent, Mahamadou Issoufou s’est planté dans sa gouvernance, obligé qu’il est aujourd’hui à opérer des coups de poing pour mobiliser des recettes internes volatilisées à coups d’exonérations et même d’annulations de redressements fiscaux par le Secrétaire général du gouvernement lorsqu’il ne s’agit pas encore pour Mahamadou Issoufou de se voir contraint de courir le monde à la recherche effrénée d’argent. Pour votre information, jusqu’au 15 mai dernier, le comité de trésorerie nationale n’a pu consigner que quelques maigres six milliards. Une goutte d’eau dans l’océan de la trentaine de milliards qu’il faut pour payer les salaires. Ces derniers jours, vous avez dû remarquer la fébrilité et l’intransigeance avec lesquelles la police traque les usagers de la route qui ne sont pas en règle avec le fisc. Il faut à tout prix éviter le naufrage en réunissant les conditions – pour combien de temps ? – d’une garantie de la Bceao. Ce n’est pas gagné d’avance et vous pouvez être certains que la chute amorcée est irréversible. Une certitude : le choc évité aujourd’hui se produira, demain, avec encore plus d’ampleur.

Mes chers compatriotes, vous avez sans doute souvenance que depuis 2013, en homme d’Etat parfaitement avisé, Hama Amadou a vite fait de tirer sur la sonnette d’alarme. En effet, lisant dans les malheureuses tendances de la gouvernance financière et économique de Mahamadou Issoufou, les signes avant-coureurs d’une catastrophe économique qui risque de nous précipiter dans le gouffre des années 90, une période noire du travailleur nigérien, Hama+ a averti contre cette gestion calamiteuse des ressources nationales qui ne répond qu’à une seule préoccupation aussi hypocrite que malhonnête : « ce n’est pas le Niger qui manque de ressources, ce sont les autres qui sont méchants ». Auparavant, c’était Christine Lagarde qui avait mis en garde Mahamadou Issoufou contre toute légèreté dans la gestion des ressources pétrolières qui devaient, en principe, donner des ailes pour le développement du Niger. C’était amplement suffisant pour qui veut bien faire. Mais Mahamadou Issoufou avait un autre objectif, éloigné bien entendu d’une gestion orthodoxe qui mettrait le Niger à l’abri de ces mauvais souvenirs d’un Etat incapable d’assumer pleinement ses charges de souveraineté. Il lui fallait distribuer l’argent public à tous vents en créant un nombre inimaginable de conseillers et chargés de mission et en fermant les yeux sur les actes crapuleux de ses proches qui ont fait main basse sur les deniers publics. En un mot, il a privilégié une politique populiste, croyant ainsi pouvoir inhiber toute opposition à ce qu’il aura décidé de faire du Niger. Mal lui en a pris car, non seulement il a gaspillé l’argent public, mais il n’est jamais parvenu à ses fins. Vous l’avez vécu, le monde entier en a été témoin : il a été réduit à faire un holdup électoral à l’issue duquel il s’est fait proclamer élu, exactement comme celui qu’il a pourfendu au point de l’assimiler à un vulgaire bandit d’Etat qui ne mérite aucun respect. Il paie aujourd’hui le prix de son intransigeance et de bien d’autres choses. J’ai la certitude qu’il est convaincu que la succession des malheurs qu’il vit à la tête de l’Etat relève plutôt du sort divin que de capacités intrinsèques de la personne. On va faire comme Khalid ALHASSANE, le directeur général de la Nigelec et déclamer la formule d’impuissance qui sied : « personne n’y peut rien. Seul Dieu peut solutionner son problème ».

 

Mes chers compatriotes, l’aveu d’impuissance du directeur général n’estil pas simplement dramatique ? Par delà la sincérité que recouvrent ses propos, il faut bien se rendre compte que Khalid ALHASSANE a tout déballé. En disant à ses compatriotes de s’en remettre au Tout Puissant, il veut sans doute dire qu’il ne s’agit pas de problèmes techniques qui relèveraient de la compétence de la société qu’il dirige, mais de contraintes structurelles liées à des capacités que l’Etat n’a pas aujourd’hui ni demain. Monsieur le directeur général, on vous a bien compris. Lui au moins a eu le mérite de faire des aveux que refusent Mahamadou Issoufou, Brigi Rafini, Bazoum Mohamed, Hassoumi Massoudou. L’échec est patent, indiscutable sur tous les plans, mais les Nigériens ont affaire à une race de lutteurs qui ont beau mordre la poussière, ne s’avouent pas vaincus. Il faut les avoir «enterrés» pour cela. Les termites continuent à ronger de plus belle, les poutres craquent, mais le maître de la maison y ajoute encore au poids, dans l’ignorance totale des dangers qu’il amplifie. Le Fonds monétaire était dans nos murs il y a un peu plus d’une semaine. Nous attendons d’avoir connaissance de son rapport. Mais laissez-moi vous dire que, contrairement aux bruits savamment propagés qui laissent entendre que l’institution de Christine Lagarde est sceptique. Peut-être même trop sceptique au regard du questionnaire, dense et total, qui laisse clairement transparaître certaines certitudes du Fmi. Un exemple : le questionnaire indique à la page 6, point Ce, que « Nous avons noté des dépassements importants aussi bien au niveau des salaires que des investissements financés sur ressources intérieures ». Et le Fmi de demander à ce qu’il lui soit fait le point avec l’exhaustivité la plus complète que possible sur la part de ces dépassements ». Mes chers compatriotes, le Niger va mal. J’espère que beaucoup d’entre vous ont eu des échos du drame silencieux qui se joue dans la région de Diffa. Des milliers de nos compatriotes vivent la plus sombre période de leur histoire, une bonne partie de notre pays est en train de sombrer dans une situation désastreuse, l’école ne survit que grâce à la bienveillance des organisations humanitaires mais, le gouvernement s’y complaît. Mahamadou Issoufou, si fort en théorie et en discours, ne nous pas encore dit ce qu’il compte faire pour faire en sorte que le Nigérien de Diffa vive et travaille comme son concitoyen de Dosso ou de Zinder. Le gouvernement est-il d’ailleurs sur le terrain ? La semaine dernière, la télévision Saraounia a diffusé un reportage sur un camp des réfugiés, dans la région de Diffa. Les gens, là-bas, doivent pratiquement tout aux organisations internationales. Les tentes pour les classes, les matériels didactiques, les fournitures scolaires, etc.

 

Mes chers compatriotes, vous avez compris, après les révélations des fraudes au concours professionnel de la santé et l’identité des vrais commanditaires desdites fraudes, que le Niger de Mahamadou Issoufou est lamentable. Découvrir que son épouse personnelle, des ministres de son gouvernement, des conseillers de la présidence, son secrétaire général adjoint, sont trempés dans des fraudes à un concours professionnel, n’a pas surpris outre mesure. Tout son magistère est parsemé de scandales. Prédire qu’ils seront protégés aussi longtemps que Mahamadou Issoufou restera au pouvoir n’a rien de sorcier. C’est dans l’ordre normal des choses. Voyez aussi ce scandale de plusieurs milliards nigérians détournés et logés dans deux banques de la place (Bsic et Sonibank) grâce à de grandes complicités de l’Etat. Alors, remettons-nous à Dieu et prions pour notre pays. Moi, ma sentence est claire : s’il faut compter sur Mahamadou Issoufou, eh bien, le Niger ne serait plus qu’un vaste champ de ruines.

Mallami Boucar

26 mai 2016
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

Dernière modification le vendredi, 27 mai 2016 23:54

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